Proposer des modèles féminins inspirants en sciences

Mélanie Gagné
Collaboration spéciale
Après avoir été inspirée par des femmes dans son domaine, la doctorante Laurence Savignac souhaite motiver à son tour les jeunes filles.
Photo: UQAM Après avoir été inspirée par des femmes dans son domaine, la doctorante Laurence Savignac souhaite motiver à son tour les jeunes filles.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Pour Laurence Savignac, doctorante en chimie à l’UQAM, voir des femmes persévérer et réussir dans leur domaine a été une grande source de motivation dans la poursuite de ses études.

D'après l’UNESCO, seulement 30 % des chercheurs dans le monde sont des femmes. Au Canada, selon des données de l’UQAM, les femmes représentent moins du quart des effectifs qui œuvrent dans le domaine des sciences et des technologies. Lorsque Laurence Savignac a amorcé son baccalauréat en chimie à l’UQAM en 2014, elle était dans un environnement homogène : « En tant que stagiaire, j’étais la seule femme dans le laboratoire. J’étais un peu intimidée. Au fil des ans, d’autres filles se sont ajoutées. Ç’a créé une dynamique vraiment différente. C’est une atmosphère plus accueillante, même si j’ai été très bien acceptée par les hommes. »

Aujourd’hui, l’égalité de représentation des hommes et des femmes dans le domaine de la chimie n’est pas encore atteinte. Lorsqu’elle participe à des conférences internationales, la doctorante est principalement entourée par des membres de la gent masculine.

Laurence s’intéresse à la chimie des matériaux, à l’électrochimie, à la chimie inorganique, au développement des batteries au lithium. Sa passion pour les batteries s’est développée dans un laboratoire, au baccalauréat. Elle a ensuite entamé une maîtrise, puis elle est passée rapidement au doctorat. Elle déposera d’ici l’été sa thèse sur le développement de batteries au lithium. « Les batteries lithium-ion sont utilisées dans une foule d’applications technologiques, dans les communications — donc, les ordinateurs, les téléphones cellulaires, tous les gadgets. Ce sont aussi les plus utilisées dans les voitures électriques, et ça, moi, c’était ma motivation principale. » Une fois sa thèse déposée, Laurence pourra choisir entre l’enseignement, la recherche universitaire ou une carrière industrielle dans le secteur privé. Tout cela l’intéresse ; elle est actuellement en réflexion quant à son avenir.

Les travaux de la jeune scientifique vont sans doute faire évoluer l’industrie des voitures électriques. « J’utilise des matériaux recyclés pour fabriquer des batteries. Je regarde comment faire pour que les batteries fonctionnent très bien et restent prometteuses. Ça me motive beaucoup ! » La doctorante est reconnaissante d’avoir toujours reçu l’appui de ses parents. Elle a aussi obtenu plusieurs bourses d’études. Grâce à cela, fait-elle valoir, « j’ai pu garder mon attention sur le côté scolaire de ma vie. J’ai été chanceuse » !

30 %

C’est le pourcentage des chercheurs dans le monde qui sont des femmes, selon l’UNESCO.

Pour favoriser la rétention et la réussite des femmes dans le domaine scientifique, le Fonds pour les femmes en sciences a été mis sur pied à l’UQAM. Il permet de remettre des bourses aux étudiantes des cycles supérieurs inscrites à temps plein dans l’un des programmes de la Faculté des sciences. Les jeunes femmes peuvent donc se concentrer sur leurs études et se dépasser.

Donner le courage de foncer

L’étudiante en chimie confie que la découverte de femmes dans son domaine lui a donné confiance en ses propres moyens. « Quand j’ai vu des femmes qui avaient persévéré et percé, ces modèles ont été marquants pour moi. Je parle de Clare Grey, de l’Université de Cambridge, qui a une expertise énorme dans le domaine des batteries. Elle a une excellente compréhension de son domaine, elle a une reconnaissance. Il y a aussi Isabelle Marcotte. Je la vois dans mon département, je la vois faire de la recherche. Pour moi, c’est un modèle de persévérance. Le simple fait qu’elle soit au département m’a beaucoup apporté. »

La doctorante souhaite inspirer à son tour les jeunes filles. Elle participe chaque année à la Journée internationale des femmes et des filles de science au Centre des sciences de Montréal : « Ça me tient à cœur. Je leur présente des expériences ou mon parcours. Je trouve cela valorisant de les voir s’intéresser au domaine scientifique. Je souhaite que ça leur enlève la crainte d’aller dans le milieu. » La Faculté des sciences de l’UQAM souhaite augmenter le nombre de modèles féminins dans le domaine afin d’attirer plus de jeunes femmes dans les laboratoires.

Le rôle clé des femmes en sciences

Laurence Savignac se demande parfois où en serait la recherche mondiale en 2021 s’il y avait eu autant de femmes que d’hommes en sciences au cours des 100 dernières années. « Je pense que ç’aurait été extrêmement différent ! lance-t-elle. Ce que les femmes peuvent apporter à la science est essentiel. Je le vois en chimie, par exemple. Sans vouloir généraliser, les femmes sont très soucieuses de la façon de mener leurs expériences de laboratoire et d’élaborer leurs recherches. Parfois, ça détonne un peu avec ce que font les gars. Autre point qui peut paraître négatif, mais qui est positif : les femmes ont tendance à douter d’elles-mêmes. Aux cycles supérieurs, il faut être capable de confronter les idées de ses pairs pour avoir un point de vue éclairé sur un problème scientifique. Les femmes arrivent avec beaucoup de transparence, avec une capacité de remise en question, et ça peut être extrêmement important pour faire avancer les connaissances. »