Les marées font respirer le littoral

Washington — Les millions de vacanciers dans le monde qui se prélassent sur les plages n'imaginent pas que, sous leurs pieds, le sol respire sous l'effet des marées, montre une nouvelle étude publiée dans la revue Geophysical Research Letters.

Le mouvement des marées provoque un changement de pression dans le sol entraînant l'aspiration et l'expulsion d'air et d'humidité le long de la côte, a découvert Jui Jiao, de l'université de Hong-Kong, en étudiant les zones côtières près de son établissement. Si le changement du niveau de l'eau dans le sol lié aux marées dans les régions côtières était connu, celui de la pression de l'air n'était pas aussi bien établi, souligne-t-il.

Cette «respiration» du littoral est généralement imperceptible pour les vacanciers. «Les gens ne peuvent sentir le processus que dans des conditions très spéciales», précise Jui Jiao. «À Hong-Kong, des gens ont vu des bulles d'eau sortant des anfractuosités d'un revêtement en asphalte et ont entendu le bruit de l'air passant au travers.»

Mais cette observation a eu lieu dans des conditions particulières, avec un mouvement de marée rapide et le passage de l'air et de l'eau par un nombre limité de chemins dans le sous-sol. «Dans des conditions normales, les gens ne peuvent généralement pas détecter ce phénomène. C'est probablement la raison pour laquelle il n'a pas été étudié jusqu'à récemment», souligne le chercheur.

Échange d'air et d'humidité

Selon Jui Jiao, la respiration se traduit par un échange d'air et d'humidité constant. Les changements de pression continus dans le sol pourraient avoir un effet sur les bâtiments, les structures des aéroports et des ports et les routes côtières. Puisque l'asphalte et les bâtiments peuvent bloquer ce flux d'air, la respiration côtière pourrait exercer des pressions répétées vers le haut et vers le bas sur ces structures.

«Il est bien connu que la résistance des matériaux soumis à des conditions cycliques est sensiblement plus basse que pour une pression [dans une seule direction]», souligne Jiao. «La performance du béton et de l'asphalte sous une pression cyclique provoquée par les marées [...] doit être évaluée.»

Douglas Inman, de l'Institut océanographique Scripps à La Jolla, en Californie, estime que l'étude «sera très importante pour les ingénieurs des zones côtières travaillant dans des secteurs de terres défrichées où il est important d'éviter de construire des routes et des structures».

Inman, qui n'a pas participé à l'étude, estime que l. «Il devrait y avoir beaucoup moins de "respiration" le long des zones côtières naturelles», sauf dans certains cas, dit-il.

Jui Jiao souligne de son côté que le phénomène est plus faible quand il pleut, mais qu'il vaut pour toutes les zones côtières dans le monde. Il a réalisé l'étude avec son collègue Hailong Li, de l'université chinoise des sciences de la Terre, à Wuhai.