Vulgariser la recherche auprès du grand public

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Le chercheur David Kysela dans le laboratoire du professeur Yves Brun, préparant des échantillons de bactéries. Des créations artistiques inspirées des images de ces bactéries seront ensuite exposées au grand public.
Photo: Yves Brun Le chercheur David Kysela dans le laboratoire du professeur Yves Brun, préparant des échantillons de bactéries. Des créations artistiques inspirées des images de ces bactéries seront ensuite exposées au grand public.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

La pandémie aura mis à l’avant-scène le travail des chercheurs et souligné l’importance de rendre accessibles leurs connaissances et leurs découvertes au grand public par la vulgarisation, estime la vice-rectrice à la recherche de l’Université de Montréal, Marie-Josée Hébert.

Avant, il y avait un peu moins d’appétit de la part de la population pour comprendre ce que ces nouvelles connaissances pouvaient leur donner », constate celle qui est aussi professeure titulaire à la Faculté de médecine de l’établissement universitaire.

Selon elle, la pandémie aura permis de révéler au grand public la capacité des chercheurs à faire rapidement de nouvelles découvertes. « Ça l’est tout le temps, mais c’est comme si, là, on le voit vraiment », ajoute-t-elle.

Combiner les savoirs pour mieux vulgariser

Mme Hébert est d’avis que « les connaissances doivent voyager plus vite que le virus ». Mieux outiller les professeurs pour les aider à vulgariser leur savoir est d’ailleurs « l’une des priorités à l’Université de Montréal », souligne la vice-rectrice.

Photo: Amélie Philibert La vice-rectrice à la recherche de l’Université de Montréal, Marie-Josée Hébert

Pour y arriver, elle prône le travail d’équipe, notamment en épaulant les scientifiques avec le soutien d’experts en communications. « Ce ne sont pas tous les chercheurs qui ont nécessairement l’audace de sortir de leur zone de confort. Quand on va parler avec des spécialistes des communications et des médias, c’est un autre monde, constate Mme Hébert. Tout le monde y gagnerait et ça peut même mener à des innovations qui sont tout à fait fascinantes. »

Elle cite l’exemple du microbiologiste et professeur titulaire au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal Yves Brun. L’expert a notamment invité le public à collaborer avec des artistes de la Société des arts technologiques (SAT) dans des ateliers pour produire et présenter des données. Les images de bactéries et les créations artistiques inspirées de ces photos seront ensuite exposées en collaboration avec la SAT et le Musée Armand-Frappier, à Laval, consacré aux sciences de la vie et de la santé. « C’est quelqu’un qui adore faire de la vulgarisation », souligne Mme Hébert à propos du chercheur qui enseignait à l’Université de l’Indiana, à Bloomington aux États-Unis, avant de venir au Québec.

La vice-rectrice explique qu’il désirait partager ses connaissances avec un public plus large que les lecteurs des revues scientifiques. « C’est super bien de publier dans Nature, mais ce n’est pas monsieur ou madame Tout-le-Monde qui va le lire. Il s’est dit “comment ça peut devenir une histoire qui fait rêver les gens ?” », raconte-t-elle. L’exemple du professeur Brun illustre, selon elle, l’une des manières de transmettre le savoir scientifique à la population générale dans une forme « qui sera plus pertinente pour elle ».

La pandémie aura également soulevé l’importance de diffuser et de vulgariser les découvertes scientifiques pour lutter contre la désinformation. « La nature, les médias et les réseaux sociaux ont horreur du vide. Ce vide va être comblé par des non-connaissances, par des a priori, des stéréotypes, des croyances, qui collectivement ne nous aident pas à relever des défis positivement », prévient Mme Hébert.

Épauler les jeunes chercheurs

La situation actuelle a eu l’effet d’un « réveil brutal » quant à la nécessité d’accroître le financement de la recherche, selon Mme Hébert. « Si l’on se compare avec d’autres pays de l’OCDE, les investissements en recherche, autant au niveau canadien que québécois, doivent augmenter », plaide la vice-rectrice, invoquant la « sécurité de la population » comme raison première.

Mme Hébert se dit d’ailleurs préoccupée par la « détresse » dans le milieu de la recherche avec la situation actuelle et souligne le besoin d’appuyer les chercheurs québécois.

« Les jeunes chercheurs qui commencent leur carrière doivent monter leur équipe en pleine pandémie. C’est un défi gigantesque, sinon insurmontable », observe-t-elle à propos de la difficulté des scientifiques à former un réseau. « C’est essentiel au XXIe siècle. La recherche ne se fait pas en étant isolé », soulève la vice-rectrice.

Afin de soutenir les chercheurs, Mme Hébert prône une association serrée entre les universités, les fonds de recherche et les conseils subventionnaires du pays : « Tout l’environnement doit être capable de bouger ensemble. » Elle souhaite également que les règles entourant la recherche soient revues pour favoriser la coopération entre les chercheurs. « On a à appuyer une science qui voyage, qui est partagée, et qui est collaborative. C’est ça qui a le plus d’impact. »

À voir en vidéo