Le virus de la COVID-19 s’incrustera-t-il dans nos vies, comme ceux du rhume?

Photo: NIAID-RML via AP

Les responsables de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prédisent que le virus responsable de la COVID-19 pourrait bien devenir endémique — qu’il pourrait continuer à se propager au sein de la population à un rythme régulier, malgré les efforts de vaccination.

Mais certains scientifiques canadiens rappellent que l’avenir du nouveau coronavirus est loin d’être gravé dans le marbre. Ces chercheurs soulignent qu’il existe une variété de facteurs qui pourraient façonner la trajectoire de la maladie infectieuse.

Lors d’une conférence de presse à la fin de l’année 2020, plusieurs hauts responsables de l’OMS ont prévenu que le développement des vaccins ne garantissait pas l’éradication du virus SRAS-CoV-2, et qu’un objectif plus réaliste serait de réduire la menace de transmission à des niveaux plus faciles à gérer.

« Il semble actuellement que le destin du SRAS-CoV-2 est de devenir endémique », déclarait David Heymann, président du groupe consultatif stratégique et technique de l’OMS pour les risques infectieux, établi à Londres. « Mais son destin final n’est pas encore connu. Heureusement, nous disposons d’outils pour sauver des vies et ces outils, en combinaison avec une bonne santé publique […], nous permettront d’apprendre à vivre avec la COVID-19. »

Selon les Centres pour la prévention et le contrôle des maladies (CDC), aux États-Unis, une maladie est endémique lorsqu’elle est constamment prévalente au sein d’une population ou d’une région, ou que sa prévalence y est prévisible. Par exemple, la varicelle est endémique dans une grande partie de l’Amérique du Nord et elle se propage à un rythme constant chez les jeunes enfants.

À ce stade-ci, nous ne pouvons pas nous résigner à un scénario particulier : une grande partie du résultat réside entre nos mains.

 

Comme les rhumes saisonniers ?

Le docteur Gerald Evans, directeur de la chaire des maladies infectieuses à l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario, convient que le SRAS-CoV-2 est en voie de suivre plusieurs autres coronavirus humains qui sont effectivement devenus endémiques, mais qui causent le plus souvent des symptômes respiratoires bénins, comme ceux du rhume.

Le professeur Evans souligne que selon certains biologistes évolutionnistes, ces coronavirus endémiques, après avoir fait le saut des populations animales aux populations humaines, ont muté au fil des siècles pour établir un équilibre pathogène entre assurer une transmission efficace de personne à personne, sans être si virulents au point de tuer l’hôte — ce qui serait suicidaire pour eux.

Le coronavirus pourrait donc suivre un chemin évolutif similaire, mais le professeur Evans croit que ce processus pourrait être comprimé sur une période plus courte parce que « l’immunité collective induite par le vaccin » limiterait le bassin d’hôtes potentiels pour favoriser l’apparition de versions plus transmissibles, mais moins virulentes de la maladie.

« Nous pouvons accélérer le processus d’adaptation de la population au nouveau virus en utilisant des vaccins […] et ne pas avoir à attendre 100 ans pour que cela devienne une sorte de coronavirus endémique de faible intensité, qui provoque un petit syndrome de rhume en hiver dans le monde. »

Beaucoup d’inconnues

Mais Jean-Paul Soucy, doctorant en épidémiologie à l’Université de Toronto, croit que même si le SRAS-CoV-2 ne semble pas vouloir disparaître de sitôt, il y a trop d’inconnues pour pouvoir prédire maintenant à quoi ressemblera la maladie au bout du compte. « Je pense qu’il est juste de dire que [le coronavirus] continuera d’exister quelque part dans le monde dans un avenir prévisible », a déclaré M. Soucy. « Mais il reste à voir dans quelle mesure cela aura un impact direct sur nous. »

Alors que certains agents pathogènes mutent pour devenir moins mortels, M. Soucy rappelle que ce n’est pas le cas pour tous les virus. Et la distribution inégale des vaccins à travers le monde influencera probablement la « géographie » de la maladie, ajoute-t-il. Par ailleurs, on ne sait toujours pas si les premiers vaccins stopperont la propagation du virus ou empêcheront simplement le développement de symptômes.

Avec tant de questions en suspens, Jason Kindrachuk, virologue à l’Université du Manitoba, croit qu’il n’est pas impossible que le SRAS-CoV-2 devienne endémique. « Je sais que ce n’est pas très réjouissant […], mais ce n’est certainement pas la première fois que des populations se trouvent dans cette situation. »

Les campagnes de vaccination ont éradiqué les virus dans le passé, a-t-il rappelé, soulignant les efforts déployés depuis des décennies pour éliminer la variole dans le monde. Il est difficile de prédire si ce sera possible cette fois-ci, a déclaré M. Kindrachuk, étant donné que le coronavirus est vraisemblablement passé des animaux aux humains, et qu’il y a toujours un potentiel de contagion entre espèces.

Mais M. Kindrachuk craint que les prédictions plutôt sombres d’endémie puissent engendrer une certaine complaisance au sein de populations fatiguées des mesures sanitaires, alors que les Canadiens devraient au contraire travailler vers l’objectif ultime d’arrêter la propagation du coronavirus. « À ce stade-ci, nous ne pouvons pas nous résigner à un scénario particulier : une grande partie du résultat réside entre nos mains. »

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