Le vaccin sera-t-il efficace contre le nouveau variant du coronavirus?

La fermeture des frontières au Royaume-Uni est une très mauvaise nouvelle en cette période de Fêtes, puisque 10 000 camions font chaque jour la liaison entre Douvres et Calais, en France.
Photo: Adrian Dennis Archives Agence France-Presse La fermeture des frontières au Royaume-Uni est une très mauvaise nouvelle en cette période de Fêtes, puisque 10 000 camions font chaque jour la liaison entre Douvres et Calais, en France.

En cette fin d’année particulièrement éprouvante, la confirmation de la découverte d’un nouveau variant du coronavirus au Royaume-Uni a suscité de vives inquiétudes, au point où plusieurs pays ont décidé d’interrompre les vols de passagers en provenance de ce pays. Mais selon les premières informations disponibles, il n’existe aucune preuve que le vaccin développé par Pfizer ne serait pas efficace contre ce variant du virus.

Le nouveau variant, au sujet duquel le gouvernement britannique a tiré la sonnette d’alarme, comporte notamment une mutation, nommée N501Y, au niveau de la protéine Spike du coronavirus, la pointe qui se trouve à sa surface et lui permet de s’attacher aux cellules humaines pour les pénétrer, jouant donc un rôle clé dans l’infection virale.

« Le Royaume-Uni a été confronté ces dernières semaines à une augmentation rapide du nombre de cas de COVID-19 dans le sud-est de l’Angleterre » et les analyses ont montré qu’« une grande proportion de cas appartenaient » à la nouvelle mutation du virus, a souligné dimanche l’Agence européenne de contrôle des maladies.

Plusieurs experts sanitaires constatent aussi que la hausse du nombre d’hospitalisations dans cette région anglaise coïncide avec l’apparition de cette nouvelle forme du virus. « Les raisons de cette infectiosité accrue ne sont pas encore claires. Nous devons encore savoir si elle est due à une plus grande réplication virale ou à une meilleure liaison avec les cellules qui tapissent le nez et les poumons », a expliqué au Science Media Center Peter Openshaw, professeur de médecine expérimentale à l’Imperial College de Londres.

« Il faut savoir que cette région du sud-est de l’Angleterre avait été assez épargnée, l’immunité de groupe dans la population est donc faible et le virus a trouvé un terrain pour se développer », a expliqué à l’Agence France-Presse le directeur adjoint du Centre national de référence des virus respiratoires de l’Institut Pasteur à Paris, Vincent Enouf.

« Hors de contrôle »

Ce nouveau variant du virus est « hors de contrôle » au Royaume-Uni, s’est alarmé dimanche le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock. Le gouvernement de Boris Johnson a évoqué une contagiosité supérieure de 70 %, une annonce qui a conduit de nombreux pays en Europe et dans le monde, dont le Canada, à suspendre les arrivées par liaisons aériennes depuis la Grande-Bretagne.

Certains experts mettent cependant en garde contre la conclusion voulant que ce nouveau variant ait « une contagiosité supérieure de 70 % », puisque les estimations sont encore trop préliminaires. Lundi, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a aussi assuré que cette mutation du virus ne serait pas « hors de contrôle ».

Il est par ailleurs difficile d’affirmer que cette nouvelle forme est née au Royaume-Uni, selon Emma Hodcroft, épidémiologiste à l’Université de Berne, en Suisse. Selon l’OMS, des formes similaires ont été détectées en très faible nombre en Australie (un cas), au Danemark (9), aux Pays-Bas (1) ou en Afrique du Sud. L’Italie a également annoncé un premier cas détecté dimanche. De son côté, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, n’a pas exclu la possibilité que le variant circule déjà en France, même s’il n’a pas encore été détecté.

Des vaccins moins efficaces ?

Une meilleure résistance de ce variant de la COVID-19 aux vaccins qui ont commencé à être distribués aux États-Unis, au Royaume-Uni, et qui sont attendus dans le monde entier, représenterait un scénario catastrophe. Mais ce n’est pas l’hypothèse la plus probable aux yeux des scientifiques. « D’après tout ce que nous savons à l’heure qu’il est et à la suite d’entretiens qui ont eu lieu entre les experts des autorités européennes », la nouvelle souche « n’a pas d’impact sur les vaccins », qui restent « tout aussi efficaces », a déclaré le ministre de la Santé allemand, Jens Spahn.

« Rien n’indique pour le moment que cette nouvelle souche entraîne un taux de mortalité plus élevé ou qu’elle affecte les vaccins et les traitements, mais des travaux urgents sont en cours pour confirmer cela », a ajouté le médecin en chef de l’Angleterre, Chris Whitty, cité par l’Agence France-Presse. L’OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies sont parvenus aux mêmes constats, mais ajoutent aussi que des travaux complémentaires sont nécessaires.