Agir tôt sur le cerveau pour prévenir les problèmes de santé mentale

Gabrielle Tremblay-Baillargeon Collaboration spéciale
«On sait que les parents et les enfants se ressemblent physiquement, mais on oublie souvent qu’ils se ressemblent aussi au niveau de leur cerveau», fait remarquer Sylvana Côté.
Image: Getty Images «On sait que les parents et les enfants se ressemblent physiquement, mais on oublie souvent qu’ils se ressemblent aussi au niveau de leur cerveau», fait remarquer Sylvana Côté.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Sylvana Côté a remporté le prix Adrien-Pouliot pour la coopération scientifique avec la France pour l’ensemble de ses recherches sur la transmission intergénérationnelle des problèmes de santé mentale et des difficultés scolaires. Un sujet qu’elle creuse depuis près de vingt ans.

La professeure titulaire de l’École de santé publique de l’Université de Montréal travaille dans une perspective adulte-enfant assez large afin de mieux comprendre comment assurer le bon développement des générations futures. « On sait que les parents et les enfants se ressemblent physiquement, mais on oublie souvent qu’ils se ressemblent aussi au niveau de leur cerveau, de leur personnalité et de leur tendance à être d’une façon ou d’une autre », explique-t-elle, indiquant que les facteurs dits biopsychosociaux, c’est-à-dire génétiques, environnementaux et culturels, par exemple, peuvent influencer le développement des enfants.

Photo: Vadim Daniel Sylvana Côté

À travers ses nombreux projets de recherche, dont ceux de la Chaire internationale de l’IDEX à l’Université de Bordeaux et du Laboratoire associé INSERM France-Québec sur le développement de la santé mentale de l’enfance à l’adolescence, Mme Côté se penche ainsi sur les manières de prévenir divers problèmes qui pourraient survenir ou se cimenter en vieillissant : pauvreté, difficultés scolaires, violence domestique… Et pour ce faire, martèle la scientifique, il faut agir tôt — dès la grossesse, même. « Économiquement et socialement, ça a beaucoup de sens de commencer très tôt, parce que la capacité du cerveau à répondre aux expériences de l’environnement diminue radicalement avec l’âge », souligne-t-elle.

Sylvana Côté conduit présentement un projet de recherche qui vise à préparer psychologiquement les femmes à la parentalité et au post-partum, qui, indique-t-elle, peut être extrêmement difficile à traverser. « En tant que société, on doit faire le maximum pour entourer les femmes et leur donner les meilleures conditions pour vivre leur grossesse dans l’objectif de favoriser le bon développement de l’enfant. On met en place quelque chose d’hyper prometteur », dit-elle. Un autre chantier en cours ? Celui des effets de la pandémie sur les tout-petits, qui sont « très à risque de subir des conséquences ou des dommages collatéraux de la crise », dixit la chercheuse.

Deux nations, un seul objectif

La collaboration avec la France, entamée dès 2007, s’articule autour des études longitudinales effectuées par les équipes québécoises, mais aussi autour du partage de connaissances, afin de faciliter l’amélioration des services dans les garderies. « En France, on admire beaucoup notre programme d’éducation préscolaire, comme dans bien d’autres pays d’ailleurs. Ils veulent savoir comment on s’y prend tant pour le financement public que pour la main-d’œuvre qualifiée », précise Mme Côté. Les Français, eux, se spécialisent plutôt dans l’analyse et l’exploitation des résultats de recherche. Pour la professeure, l’association s’est faite naturellement. « Les questions qu’on étudie sont internationales », indique-t-elle, soulignant au passage que les deux pays se soucient immensément du bien-être de leurs enfants, mais également de l’émancipation des femmes, dont le retour au travail après l’accouchement est encouragé de part et d’autre de l’océan.

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