Souligner l’excellence des chercheurs d’ici

Catherine Couturier Collaboration spéciale
L'œuvre <em>Éclosions minérales</em> a remporté le Prix du Jury lors du concours Acfas – la Preuve par l’image 2020. Sur la photo, on aperçoit des cristaux en sel d’argent soumis aux effets d’un gaz ionisé à l’air.
Photo: Jacopo Profili, Université Laval L'œuvre Éclosions minérales a remporté le Prix du Jury lors du concours Acfas – la Preuve par l’image 2020. Sur la photo, on aperçoit des cristaux en sel d’argent soumis aux effets d’un gaz ionisé à l’air.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

« Malgré une année inédite à bien des égards, l’Acfas a décerné, comme elle le fait bon an, mal an depuis 1944, ses prix annuels… dans un gala virtuel. Le Devoir en a profité pour s’entretenir avec sa présidente, et faire un retour sur cette année scientifique inhabituelle.

« D’un côté, on a eu de bonnes nouvelles : on a vu la communauté scientifique se mobiliser de façon incroyable autour de plusieurs aspects liés à la COVID-19 », raconte Lyne Sauvageau, présidente de l’Acfas et par ailleurs présidente-directrice générale de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSTT). Si la pandémie a apporté son lot de défis, elle aura permis de donner un coup d’accélérateur pour les sciences ouvertes : prépublication, accès libre aux articles, diffusion rapide. « Le niveau de collaboration à cet égard a été extrêmement important », observe la présidente. On a ainsi pu voir la recherche se faire sous nos yeux.

La communication presque en temps réel de la recherche a toutefois mis en lumière une certaine incompréhension du public des mécanismes de la science. « Chaque expérience a une certaine limite dans son interprétation ; c’est l’accumulation qui donne les faits scientifiques », fait remarquer Mme Sauvageau.

La pandémie et le confinement ont également eu un impact sur la production scientifique des femmes. Avec l’arrêt de certaines recherches, la relève pourrait aussi être touchée. « Nous sommes préoccupés à l’Acfas par l’effet à terme sur les cohortes de chercheurs qui se développent en ce moment », précise-t-elle. Pour cela, l’Acfas a accentué ses activités en ligne pour les jeunes chercheurs, afin de leur permettre de briser leur isolement.

L’excellence de la recherche québécoise

« La qualité des chercheurs au Québec est très grande », affirme Mme Sauvageau. Le système de recherche québécois, établi depuis plusieurs décennies, est soutenu par les Fonds de recherche du Québec (FRQ). Les FRQ financent le développement de la recherche dans toutes les disciplines. « Cela fait en sorte qu’on a bien soutenu la relève de nos chercheurs au cours des 50 dernières années. Quand on compare la vitalité de la recherche québécoise au reste du Canada, on constate qu’on est bien positionnés », poursuit-elle.

On a fait la preuve qu’on est capables de collaborer face à un défi d’envergure mondiale [comme la COVID-19] ; ça donne beaucoup d’espoir

 

Les chercheurs québécois étaient par ailleurs bien placés pour prendre part à cette course contre la COVID, ce qu’ils ont fait en participant à des projets dans de multiples domaines. « Au Québec, on a toujours encouragé la collaboration entre les chercheurs, on a donc l’habitude de travailler en grande équipe », explique la présidente. Un atout qui s’est avéré particulièrement avantageux dans les recherches sur la COVID, menées dans de grandes équipes internationales. « On a fait la preuve qu’on est capables de collaborer face à un défi d’envergure mondiale ; ça donne beaucoup d’espoir », ajoute-t-elle.

Malgré cette année sous le signe de la COVID, pas de spécial coronavirus pour les prix de l’Acfas 2020 ! « Ce sont des prix qui veulent souligner toute une carrière. Encore cette année, c’est émouvant de constater les contributions importantes de tous les lauréats », mentionne Mme Sauvageau. Les dix prix remis cette année touchent à toutes les disciplines de la recherche. S’ajoute en 2020 le prix Jeanne-Lapointe en sciences de l’éducation. Ce prix est nommé en l’honneur de cette chercheuse en sciences humaines, membre de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec (commission Parent).

Faire de la science en français

Ces prix révèlent également l’excellence de la recherche qui se fait en français au Québec. Car même si la plupart des publications prestigieuses sont en anglais, il reste primordial de faire et de communiquer la science en français, selon Mme Sauvageau. « Les chercheurs ne font pas uniquement de la recherche pour la communiquer entre eux. Faire de la science en français, c’est aussi alimenter le dialogue et s’adresser aux citoyens, qui sont souvent ceux qui financent la recherche au bout du compte. »

Si publier en anglais, la lingua franca de la communauté scientifique, est important, la publication dans les langues nationales demeure fondamentale. « Même si on pense que les grandes revues sont internationales, ça reste des revues américaines ou britanniques, qui ont des perspectives nationales », rappelle Mme Sauvageau. Ainsi, certains sujets y seront privilégiés, réduisant progressivement l’éventail des sujets d’étude. « On doit être vigilants si on veut continuer à faire de la recherche sur des sujets importants pour nous, par exemple, sur des sujets touchant le milieu minoritaire francophone », poursuit-elle.

Sur le plan conceptuel, même, certains mots ou concepts ne trouvent pas d’équivalents dans une autre langue. « Il y a tout un bagage de concepts qui sont les blocs Lego de la connaissance. Il faut y avoir accès, pour nourrir la science », conclut Lyne Sauvageau.