40 ans au service des travailleurs

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
La présidente-directrice générale de l’IRSST, Lyne Sauvageau, espère favoriser un plus grand rayonnement des travaux de l’organisme auprès du public. 
Photo: Julian Haber La présidente-directrice générale de l’IRSST, Lyne Sauvageau, espère favoriser un plus grand rayonnement des travaux de l’organisme auprès du public. 

Ce texte fait partie du cahier spécial 40 ans de l’IRSST

L’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) est implanté dans la province depuis 1980. Cet organisme paritaire privé et sans but lucratif est reconnu pour l’expertise de ses équipes de recherche et la qualité de leurs travaux tant au Québec qu’à l’international. Rencontre avec sa présidente-directrice générale, Lyne Sauvageau.

Détentrice d’un doctorat en santé publique de l’Université de Montréal et d’une maîtrise en science politique de l’Université Laval, Lyne Sauvageau dirige l’IRSST depuis le mois d’août 2019. À l’aube des 40 ans de cette organisation financée en grande partie par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), elle revient sur ce qui fait sa particularité depuis ses débuts, tout en le projetant dans l’avenir.

Les composantes de l’IRSST

Lyne Sauvageau scinde en quatre volets interdépendants les activités de l’Institut : un centre de recherche, un laboratoire, un organisme subventionnaire et une équipe de veille, de valorisation et de transfert de connaissances. Bien que la vocation de chacun diffère, l’ensemble crée un écosystème unique. « Les gens qui ont conçu l’Institut étaient visionnaires, affirme Mme Sauvageau. Placer un laboratoire au sein d’une institution à vocation de recherche créait des synergies intéressantes et lui octroyait un rôle de référence. »

L’IRSST, dont le mandat principal est de mener et de financer des recherches pour éliminer les risques d’atteinte à la santé et à la sécurité des travailleurs et favoriser leur réadaptation, a aussi beaucoup appris de l’interdisciplinarité au fil du temps.« C’est comme ça que l’on transforme le regard que l’on porte sur la recherche, croit la p.-d.g. Le caractère interdisciplinaire est un effort à chaque projet, c’est une démarche qu’il faut entreprendre de manière explicite et consciente. »

Un avenir ouvert sur le monde

Ce qui a surpris Lyne Sauvageau à son entrée en poste, c’étaient assurément la quantité et la qualité des réalisations de l’Institut. Mais ce plongeon au cœur du seul organisme du genre au Canada a aussi mis en lumière un important paradoxe : « L’IRSST demeure peu connu du grand public. C’est pourtant incroyable, ce qui se fait ici depuis 40 ans. »C’est pourquoi, lorsqu’on lui demande de se tourner vers l’avenir, Mme Sauvageau indique que favoriser un plus grand rayonnement des travaux de l’Institut auprès du public se retrouve en tête de liste. « Nous souhaitons être plus présents et influents dans les milieux. Du même coup, on ferait en sorte que les retombées de nos recherches trouvent davantage d’écho dans les milieux de travail », assure la p.-d.g.

Toujours dans un esprit de collaboration propre à l’IRSST, Mme Sauvageau tend la main aux autres fonds de recherche québécois puisqu’il y a « un souci partagé d’équiper les milieux de travail d’outils concrets pour les aider à améliorer leur bilan organisationnel ». Les partenariats, les échanges et la concertation donneraient lieu à une meilleure gestion des données de recherche actuellement disponibles, et ce, sur plusieurs aspects des milieux de travail. Elle lance l’idée d’un observatoire de la santé et sécurité du travail, au sein duquel le fruit des travaux de recherche pourrait être centralisé, analysé et diffusé. « En situation de crise, comme c’est le cas avec la pandémie, nous pourrions aller puiser dans les connaissances et expertises disponibles. C’est en gardant un portefeuille d’investissements en recherche diversifié que l’on peut espérer être en mesure de faire face à des situations difficiles à anticiper », conclut-elle.

Pour 2020, deux marqueurs se sont ainsi ajoutés à la ligne du temps de l’IRSST. Ces quatre décennies au service des travailleurs québécois, bien sûr, mais aussi le grand effort collectif qui place depuis quelques mois la recherche et l’innovation en santé et sécurité des travailleurs au cœur du grand bouleversement que nous vivons depuis l’apparition du coronavirus. Les milieux de travail évoluent, l’IRSST se promet de rester à l’affût des transformations non seulement pour répondre aux besoins du moment, mais aussi pour les voir venir.

Une occasion de se réinventer

L’IRSST est hautement sollicité depuis le début de la pandémie. « Le contexte de la COVID-19 nous a obligés à travailler différemment », explique Lyne Sauvageau. Plus que jamais, l’IRSST teste, met en question et analyse. « Tout le personnel de l’Institut s’est retrouvé à travailler sur des questions de protection, à produire des avis concrets et reposant sur la connaissance internationale. Tout ça bien souvent en télétravail, en collaboration avec l’INSPQ et la CNESST, dans un esprit de concertation et de complémentarité. Et ça se poursuit encore aujourd’hui, avec un modus operandi qui nous a permis de développer une belle synergie dans tout le réseau de la santé et de la sécurité au travail. » Une situation qui, elle l’espère, laissera des marques positives une fois la tempête passée.