Transmission confirmée de la COVID-19 entre l’humain et le vison

Ces derniers jours, on apprenait que le Danemark exigeait l’abattage de tous les élevages de visons de peur que ces animaux infectés par le SRAS-CoV-2 ne transmettent une forme mutante de la COVID-19 aux humains. Dans un article paru mardi dans la revue Science, des chercheurs néerlandais confirment bel et bien la transmission du SRAS-CoV-2 des humains vers les visons, ainsi que celle des visons vers les humains. Ils craignent que les visons et les espèces qui leur sont apparentées deviennent des réservoirs de coronavirus qui pourraient entraîner de nouvelles épidémies chez l’humain dans l’avenir.

Les auteurs de l’étude ont relevé que 66 des 93 (68 %) résidants, employés ou contacts des 16 premières fermes d’élevage de visons à avoir été infectées par le SRAS-CoV-2 aux Pays-Bas ont été déclarés positifs à la COVID-19 à la suite d’un test de dépistage ou d’un test sérologique révélant la présence d’anticorps. Le séquençage du génome des virus qui avaient infecté ces personnes a révélé que ces derniers étaient quasi identiques à ceux prélevés chez les visons, à l’exception de quatre ou sept nucléotides, confirmant ainsi la transmission du SRAS-CoV-2 du vison à l’humain dans ces fermes.

Les chercheurs ont identifié cinq souches virales distinctes chez les visons des différentes fermes. Mais la manifestation de la maladie ne semblait pas différer selon la souche à l’origine de l’infection, et ce, autant chez les animaux que chez les humains. De plus, la diversité relativement grande des souches retrouvées dans les fermes récemment contaminées laisse penser que le virus évoluerait plus rapidement dans les populations de visons.

Phénomène connu

« Ce phénomène de transmission d’un virus de l’humain à l’animal et de l’animal à l’humain n’est pas nouveau. Il se produit périodiquement avec l’influenza, dont les nouvelles souches émergent généralement d’élevages de porcs et de poulets », rappelle le Dr Raymond Tellier, du Département de microbiologie et immunologie du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Le virus H1N1 responsable de la pandémie de 2009 a été transmis à l’humain par des populations de porcs. Or ce virus porcin était un descendant du virus H1N1 qui a entraîné la pandémie de grippe espagnole de 1918, relate-t-il. « Les virus peuvent sauter d’une espèce à l’autre, et l’infection des fermes de visons par le SRAS-CoV-2 nous le rappelle », dit-il, avant de préciser que les animaux s’avèrent des réservoirs naturels de virus, qui continuent de muter.

« Si les élevages de visons deviennent ainsi des réservoirs du virus, ils pourront devenir un problème de santé publique, car ils pourraient réintroduire le virus dans la population humaine », prévient-il.

« Les coronavirus se transmettent principalement entre les membres d’une même espèce, mais ils infectent aussi parfois d’autres espèces. L’infection des visons n’est pas un phénomène surprenant en soi, mais ce qui est intéressant est le fait qu’au départ, des humains ont infecté des visons qui semblent manifestement être devenus un réservoir, car le virus a persisté au sein des colonies de visons où il a acquis des mutations, ce qui a permis un débordement vers l’humain », ajoute le Dr Don Vinh, microbiologiste infectiologue au CUSM.

Mutation et vaccin

Certains scientifiques se demandent si le virus n’aurait pas acquis des mutations, lors de sa transmission au sein des élevages de visons, qui induiraient des changements au niveau de la protéine du spicule du virus (qui permet au virus de s’attacher aux cellules humaines) et qui seraient suffisants pour compromettre l’efficacité des vaccins en développement (qui ont été conçus pour combattre la protéine non mutée), voire permettre une réinfection des humains qui auraient déjà eu la COVID-19, fait-il savoir.

Mais il ne faut pas s’inquiéter outre mesure, car la probabilité que les mutations procurent un avantage au virus est très faible. Il est probable que les souches virales provenant des visons qui ont infecté des humains se soient affaiblies ou n’aient subi aucune modification susceptible d’accroître leur aptitude à causer la COVID-19. Ces deux dernières possibilités semblent en effet être les plus plausibles, car aucune éclosion n’a émané des fermes de visons néerlandaises.

Réservoirs de coronavirus

« Ce qui est potentiellement inquiétant dans ce phénomène de débordement est la possibilité que s’installe un cycle de transmission entre l’animal (de diverses espèces) et l’humain. Si des humains transmettent à nouveau le SRAS-CoV-2 à d’autres espèces d’animaux d’élevage ou domestiques en chenil, ces fermes d’élevage pourraient devenir des usines à virus qui pourraient à leur tour déborder chez l’humain », avance-t-il.

Le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), souligne par ailleurs que « plusieurs espèces de mustélidés, tels que le vison, le furet, la belette et la mouffette, contractent facilement les virus respiratoires. Le furet, cousin du vison, est l’animal modèle pour étudier la transmission des virus respiratoires, dont le SRAS-CoV-2 ».

Les auteurs de l’étude publiée dans Science mentionnent que les chiens, les chats, les hamsters, les furets, diverses espèces de primates non humains, les musaraignes arboricoles, les lapins, les tigres, les lions et les chauves-souris frugivores sont autant d’espèces qui peuvent être infectées par le SRAS-CoV-2, et que les chats, les musaraignes arboricoles, les hamsters et les furets peuvent également le transmettre.

« On doit s’inquiéter de ces réservoirs animaux, surtout s’il s’agit d’espèces élevées en grand nombre, comme les visons. On devra surveiller de près les changements génétiques que subira le virus qui les affecte », soutient le Dr De Serres, car « le virus qui infecte les visons d’élevage continue de subir des mutations qui pourraient le rendre plus infectieux et plus dangereux. Toutefois, la majorité des changements génétiques qu’entraînent ces mutations n’ont habituellement pas d’impacts négatifs pour les humains, parce qu’ils surviennent dans les parties non codantes du génome du virus. Elles sont le plus souvent sans conséquence », explique-t-il.

« Mais en ce moment, la plus grande menace pour les humains, ce ne sont pas les visons infectés par le SRAS-CoV-2, mais plutôt les autres humains ! » fait-il remarquer.

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