Les bémols de l'annonce de Pfizer sur son vaccin

Certaines questions demeurent en suspens après l'annonce des résultats préliminaires de la phase III de l'étude sur le vaccin contre la COVID-19 du tandem composé de Pfizer et BioNTech.
Photo: iStock Certaines questions demeurent en suspens après l'annonce des résultats préliminaires de la phase III de l'étude sur le vaccin contre la COVID-19 du tandem composé de Pfizer et BioNTech.

Une excellente nouvelle est tombée lundi matin: le vaccin de la compagnie pharmaceutique Pfizer et de son partenaire BioNTech est efficace à plus de 90%, selon des résultats préliminaires. Pour l’instant, 94 cas ont été relevés parmi des dizaines de milliers de participants ayant reçu deux doses du vaccin, ou bien d’un placebo. L’essai va se poursuivre jusqu’à ce que 164 personnes aient contracté la COVID-19 parmi les 44 000 participants à l’étude. Sur toutes les tribunes, les spécialistes de la vaccination n’ont pas caché leur enthousiasme, mais certaines questions demeurent en suspens. Tour d’horizon.

Révision par les pairs. Les résultats préliminaires rendus publics lundi étaient présentés dans un communiqué de presse. Une publication scientifique, révisée par les pairs, est seulement prévue à la fin de la phase III des essais cliniques. Selon le microbiologiste-infectiologue Alex Carignan, également chercheur à l’Université de Sherbrooke, c’est là une « fâcheuse habitude » qu’ont prise les compagnies pharmaceutiques que de parler par la voie de leur équipe de communication. « Le diable est dans les détails… », écrit-il sur Twitter.

Malades asymptomatiques. Parmi les détails qui comptent: on sait que le critère retenu pour évaluer le vaccin est sa capacité à prévenir les infections symptomatiques de la COVID-19. Mais qu’en est-il des infections asymptomatiques, qui contribuent aussi à la propagation du virus? Gabriel Leung, le doyen de la faculté de médecine de l’Université de Hong Kong, rappelle que l’effet du vaccin sur la capacité des personnes à infecter est un paramètre crucial pour le contrôle de la pandémie.

Maladie grave. On ne sait pas non plus si le vaccin, jusqu’à présent, prévient les formes graves de la maladie — celles qui envoient des patients à l’hôpital et qui provoquent des décès. Là-dessus, des réponses sont assurément attendues à la fin de l’essai clinique en cours et pèseront lourd dans l’analyse des agences nationales de santé pour une éventuelle homologation.

 

Durée de la protection. Les 90% d’efficacité sont compilés sept jours après la seconde dose du vaccin, et donc 28 jours après la première dose. Évidemment, personne ne sait si ce niveau de protection va perdurer. En guise d’encouragement, notons que le vaccin de Pfizer et BioNTech produit une réponse vigoureuse du système immunitaire, tant pour les anticorps que pour les lymphocytes T.

Fabrication et distribution. Dans le communiqué de presse, les compagnies pharmaceutiques disent qu’elles pourraient produire 50 millions de doses d’ici la fin de l’année, et jusqu’à 1,3 milliard l’année prochaine. Pour une immunisation rapide de la population mondiale, l’apport d’autres vaccins semble donc incontournable. Bonne nouvelle: plusieurs d’entre eux ciblent la même protéine. Celui de l’américaine Moderna fonctionne même grâce à une approche fort semblable, fondée sur un messager génétique. Mais la distribution de ces vaccins à base d’ARN ne sera pas de tout repos, surtout en région éloignée: ils doivent être maintenus en tout temps à environ 70 °C au-dessous de zéro.

Cet article est issu de notre Courrier du coronavirus.