La réinfection par le coronavirus peut-être pas aussi rare qu’on le croit

Un cinquième cas de réinfection par le coronavirus, soit celui d’un États-Unien de 25 ans qui a vraisemblablement contracté la COVID-19 de nouveau un mois et demi après avoir souffert d’une première infection, est décrit dans la revue scientifique The Lancet Infectious Diseases. Compte tenu des 38 millions de cas d’infection répertoriés à ce jour dans le monde, cette nouvelle réinfection apparaît comme l’exception. Mais est-ce vraiment un phénomène aussi rare qu’il y paraît ? La réponse du système immunitaire au SRAS-CoV-2 est-elle si peu durable ? Comment les candidats-vaccins parviendront-ils à nous immuniser si même notre propre système immunitaire n’y parvient pas ? Voilà autant de questions auxquelles les scientifiques cherchent des réponses qui ne viennent pas aussi vite qu’on le voudrait.

« Le fait qu’il n’y a eu que cinq cas de réinfection décrits dans la littérature ne veut pas nécessairement dire que le phénomène est très rare, car il est assez laborieux de le prouver », souligne le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

« Pour être en mesure de confirmer un cas de réinfection, il faut procéder au séquençage complet du virus prélevé lors de chacune des infections pour s’assurer que le virus de la première infection est différent de celui de la seconde. C’est une étude assez lourde que nous pourrons faire plus souvent lors de la deuxième vague, maintenant que tous les outils sont en place, et qui nous permettra probablement de détecter davantage de cas de réinfection », précise Andrés Finzi qui détient une chaire de recherche du Canada en entrée rétrovirale au Centre de recherche du CHUM.

En juin dernier, l’INSPQ faisait état, au Québec, de 4500 personnes ayant présenté à nouveau un test positif après avoir été considérées comme guéries d’une première infection par le coronavirus en raison d’un test négatif, fait-il remarquer. « Mais on ne peut confirmer qu’il s’agit de cas de réinfection, car il aurait fallu séquencer le virus prélevé lors des deux épisodes où le test est apparu positif pour voir si le virus du premier événement était génétiquement différent de celui du deuxième événement. »

Selon Gaston De Serres de l’ INSPQ, ces 4500 personnes n’ont probablement pas été réinfectées. Ce sont plutôt les tests qu’elles ont passés qui n’étaient pas fiables.

Peut-être aussi que les nombreuses personnes asymptomatiques qui sont passées sous le radar comprenaient également des cas de réinfection qui nous ont échappé.

La Dre Caroline Quach, du CHU Sainte-Justine, a commencé une étude visant à mesurer le risque de réinfection chez 735 travailleurs de la santé qui ont eu une première infection par le coronavirus au cours du printemps dernier. Cette étude permettra de préciser l’ampleur du phénomène.

Phénomène mystérieux

Comment explique-t-on ces cas de réinfection ? Serait-ce que le nouveau coronavirus qui infecte la personne la seconde fois est tellement différent génétiquement de celui de la première infection que le système le reconnaît alors comme un nouvel agresseur et qu’il y réagit en conséquence ? « Tout dépend de l’endroit où se sont produites les mutations sur le génome du virus. Et on ne sait pas ce que ces mutations ont entraîné comme changement. Nous n’avons pas assez de recul pour savoir si le virus qui a infecté la personne la seconde fois avait des mutations qui lui donnaient un avantage », répond M. Finzi.

« On sait que les anticorps neutralisants vont s’accroître assez rapidement durant les premières semaines de l’infection, et une fois que l’infection est résolue, les anticorps commencent à diminuer, ce qui est normal pour une infection dans laquelle le pathogène a disparu. Mais du coup, la capacité de neutralisation diminue dans le temps, comme nous l’avons montré. Et on s’est aperçu que cette diminution était attribuable à la disparition des anticorps IgM qui, visiblement, jouent un rôle important dans la neutralisation du virus », explique M. Finzi tout en soulignant que « l’immunité ne se limite pas à la présence d’anticorps. Il y a plusieurs autres choses qui peuvent protéger d’une réinfection ».

« On essaie encore de comprendre comment le système immunitaire s’y prend pour nous protéger de la première infection et ce qui se passe dans les cas de réinfection. On voudrait comprendre quelle réponse immunitaire est protectrice, parce que si on la connaît, on saura ce qu’un vaccin doit générer. Tout le monde croit que les anticorps doivent jouer un rôle, donc on développe des vaccins qui stimulent la production d’anticorps. Ces derniers jouent probablement un rôle important, mais n’y a-t-il pas quelque chose d’autre qui pourrait jouer un rôle ? » avance-t-il.

« On pense que les anticorps jouent un rôle très important, mais est-ce que ce sera suffisant pour protéger d’une infection et d’une réinfection, on ne le sait pas encore. On essaie de voir quelle réponse immunitaire aide à combattre l’infection en cours et si cette réponse est suffisante pour se protéger d’une réinfection ou de nous protéger des formes aiguës de la maladie. Les études cliniques de phase 3 sur les vaccins devraient apporter des réponses, car on y mesure la réponse immunitaire qui est générée suite à la vaccination et on verra si les personnes vaccinées seront protégées », poursuit-il.

« Les cas de réinfection laissent penser que l’immunité induite par la COVID-19 n’est pas durable », fait remarquer le Dr De Serres. « Or, on sait qu’une personne peut être réinfectée 8 à 12 mois après une première infection par un des quatre coronavirus saisonniers. Malgré l’immunité qu’on a pu développer lors d’une première infection par un coronavirus saisonnier, nous ne serons pas protégés contre une réinfection. Souvent, ce sont des mécanismes développés par les virus pour échapper à nos défenses immunitaires. »

Ainsi, les réinfections pourraient s’avérer rares dans les deux à trois mois suivant une première infection, mais devenir beaucoup plus fréquentes 8, 12, voire 14 mois après une première infection. Ça dépendra de la durée de l’immunité générée par une première infection », dit-il.

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