Le génie, ce n’est pas si sorcier

André Lavoie Collaboration spéciale
Les secteurs où un ingénieur est susceptible d'exercer sont si nombreux que tant l’étudiant passionné de tout que celui qui cherche encore sa voie peuvent facilement être pris de vertiges.
Photo: Getty Images Les secteurs où un ingénieur est susceptible d'exercer sont si nombreux que tant l’étudiant passionné de tout que celui qui cherche encore sa voie peuvent facilement être pris de vertiges.

Ce texte fait partie du cahier spécial Génie québécois

L'ingénieur est associé à quelques clichés tenaces. Pour l’identifier facilement, surtout dans les médias, on le coiffe d’un casque de construction, et quelques crayons apparaissent dans la poche de sa chemise, préférablement blanche. « Et n’oubliez pas la calculatrice ! » lance Jean-François Boland, professeur et directeur du Département de génie électrique à l’École de technologie supérieure (ETS).

À ces repères visuels s’ajoutent quelques traits de personnalité et aptitudes distinctes : les ingénieurs seraient des surdoués en mathématiques, imbattables sur le terrain du calcul mental. « C’est un des mythes que nous devons défaire », souligne Sophie Larivée. En tant que directrice du service de recrutement de Polytechnique Montréal, c’est justement sa tâche, notamment auprès des futurs étudiants.

Résoudre des problèmes

« Au-delà des aspects studieux de la profession, on en retrouve aussi de très festifs lorsque vient le moment de devenir ingénieur, affirme Jean-François Boland. Arrêtons de croire qu’il faut être une “bolle” à l’école pour être admis. » Sophie Larivée juge elle aussi que cette croyance est éloignée de la réalité. « Ce qu’il faut surtout, c’est aimer les sciences, la physique et les mathématiques. Cela signifie travailler pour comprendre des phénomènes, résoudre des problèmes et relever des défis. »

Des défis qui sont aussi nombreux que variés. Parfois dans des dimensions démesurées, parfois infinitésimales. Car peu importe qu’il s’agisse d’un pont, d’une application mobile, d’un gratte-ciel ou d’un logiciel, l’ingénieur doit non seulement trouver la meilleure façon d’atteindre le but souhaité par son client, mais, au passage, améliorer les pratiques, les produits et les services déjà offerts. À quoi bon refaire ce qui existe déjà ?

Arrêtons de croire qu’il faut être une “bolle” à l’école pour être admis [dans un programme de génie]

 

La dimension créative du métier ne saute pas toujours aux yeux. Les jeunes, tout particulièrement, ignorent que « les ingénieurs sont présents dans toutes les sphères de la vie, tous les jours », constate Sophie Larivée. Et pas seulement lorsqu’il s’agit des routes que l’on emprunte, des feux qui régulent le flot de la circulation ou de l’usine forcée de modifier, à la vitesse de l’éclair, ses chaînes de montage pour fabriquer du matériel sanitaire. « À Polytechnique, des gens travaillent sur des procédés qui vont révolutionner le traitement du cancer et rendre les chimiothérapies moins invasives », ajoute-t-elle avec fierté.

Comment s’y retrouver ?

Bien sûr, on apprend à ces futurs ingénieurs « comment ça marche », mais aussi à aller au-delà, en insistant tout autant sur les aspects techniques qu’économiques, temporels, sociaux ou environnementaux. Pour jongler avec tout ça, et livrer un projet à la date convenue, en respectant le budget et en satisfaisant tout le monde, l’ingénieur doit non seulement connaître les rouages de son métier, mais savoir les communiquer aux autres « à toutes les étapes de la réalisation », affirme Jean-François Boland. Et il sera beaucoup plus persuasif s’il est porté par un idéal, l’environnement par exemple, plus sensible et plus créatif à l’heure de trouver des solutions pour atténuer les effets parfois indésirables de certains projets sur l’être humain. Bref, pour le professeur de l’ETS, « l’ingénieur doit vraiment exercer un rôle de leadership ».

Les secteurs où il est susceptible de l’exercer sont si nombreux que tant l’étudiant passionné de tout que celui qui cherche encore sa voie peuvent facilement être pris de vertiges. Sophie Larivée et Jean-François Boland, qui voient défiler des jeunes en quête de réponses, comprennent leurs doutes, et sont là pour les aiguiller. « Un passionné en électronique ignore peut-être qu’il peut autant avoir sa place dans le monde de l’aviation que de la voiture électrique, et ceux pas très portés sur les mathématiques seront sûrement heureux d’apprendre que certaines disciplines du génie en exigent moins que d’autres », souligne M. Boland.

« À Polytechnique, précise Sophie Larivée, nous offrons des camps scientifiques dès l’âge de 6 ans et jusqu’à 17 ans. Les jeunes peuvent s’initier au codage, à la mécanique, et même à la robotique : plus ils essaient de choses, plus c’est facile pour nous de les informer et de les orienter. »

Et de leur permettre ainsi un jour de changer (un peu) le monde.

Où se former ?

La majorité des universités québécoises offrent des programmes en génie.

Polytechnique : Située sur le campus de l’Université de Montréal, l’institution offre une diversité de parcours universitaires, dans tous les domaines, dont le biomédical.
 


École de technologie supérieure : Au coeur de Montréal, cette école propose à ses 11 000 étudiants plusieurs baccalauréats et maîtrises, de même que de nombreux programmes courts. 


Université McGill : Les 10 baccalauréats et 11 maîtrises qu’offre la vénérable institution anglophone de Montréal dans le domaine accueillent plus de 4500 étudiants.
 


Université Concordia : L’autre université anglo-montréalaise compte près de 10 000 étudiants en génie, et plusieurs programmes offrent des stages en entreprise. 


Université Laval : L’institution phare de la Vieille Capitale compte 18 baccalauréats et 26 programmes de cycles supérieurs en génie, tous guidés par les principes du développement durable.


Université de Sherbrooke : Reconnue pour son modèle coopératif et comptant des campus en Estrie et à Longueuil, cette université accueille plus de 3000 étudiants en génie, aussi bien en robotique qu’en biotechnologie. 


Réseau de l’Université du Québec : Les antennes de l’UQ sont partout sur le territoire et il est possible de poursuivre des études de premier cycle en génie à Trois-Rivières, Saguenay, Lévis, Gatineau, Saint-Jérôme et Rouyn-Noranda.