Yann Brouillette, l’incroyable prof de chimie

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Depuis cinq ans, Yann Brouillette, professeur au Collège Dawson, tourne des expériences dans lesquelles il tente de reproduire des effets extraordinaires vus dans des films ou des bandes dessinées.
Photo: Courtoisie Depuis cinq ans, Yann Brouillette, professeur au Collège Dawson, tourne des expériences dans lesquelles il tente de reproduire des effets extraordinaires vus dans des films ou des bandes dessinées.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

C’est un youtubeur ? C’est Superman ? Non, c’est Yann Brouillette, professeur au Collège Dawson. Sa ruse pour vaincre la peur des sciences chez ses étudiants : enseigner la chimie à l’aide des superhéros.

Pshi ! Pow ! Fwouf ! Ça flambe souvent dans les capsules de Yann Brouillette sur YouTube. Le chimiste s’y donne à cœur joie. Depuis cinq ans, il tourne des expériences dans lesquelles il tente de reproduire des effets extraordinaires vus dans des films ou des bandes dessinées.

Dans l’une de ses premières vidéos téléversées sur YouTube, il fabrique du nylon à l’aide de liquides propulsés et croisés avec des fusils à eau. Il génère ainsi des toiles en polymère à la manière de Spider-Man. Sa démonstration a été visionnée plus d’un million de fois. Yann Brouillette a aussi recréé, depuis, du feu vert comme dans le Trône de fer, des flammes bleues comme celles projetées par les poings de Capitaine Marvel, un cœur qui s’embrase par lui-même comme dans Indiana Jones et le Temple maudit ou un tourbillon de feu comme dans Les 4 Fantastiques. Mais à tous les coups, il insuffle quelques principes de chimie pour expliquer son exploit.

Les jeunes adultes ont peur de la science. Ce n’est pas qu’il n’aime pas ça, c’est souvent parce qu’ils ont eu une mauvaise expérience. […] Ils n’ont pas peur de regarder un superhéros, parce que, de toute façon, c’est de la fiction. Mais ils peuvent apprendre de la science à partir de ça. 

 

Si le professeur au Collège Dawson ne peut pas jouer ainsi avec le feu en salle de classe, cela ne l’empêche pas de colorer ses cours de l’univers des superhéros. Depuis 2014, il donne un cours complémentaire, destiné aux étudiants n’étant pas inscrits à un programme spécifique en sciences de la nature, et intitulé « Comic Book Chemistry ». Il affirme, pas peu fier, y compter à chaque session, autant d’étudiantes que d’étudiants.

Des récits plus grands que nature

« Les superhéros sont populaires, résume Yann Brouillette. Les gens ont déjà une relation émotive avec eux et sont engagés à en connaître davantage. » Plutôt que de leur parler d’entrée de jeu de liaisons moléculaires, il capte leur attention avec des Transformers, qui s’unissent pour former un plus gros robot, un peu comme les atomes s’assemblent pour créer une molécule. La comparaison ludique lui permet ensuite de les initier en douce à des concepts plus compliqués, dont celui de réactif limitant, qui stoppe une réaction chimique.

« Les jeunes adultes ont peur de la science, constate-t-il. Ce n’est pas qu’il n’aime pas ça, c’est souvent parce qu’ils ont eu une mauvaise expérience. » Pour neutraliser leur crainte, rien de mieux que d’utiliser ces récits plus grands que nature. « Ils n’ont pas peur de regarder un superhéros, parce que, de toute façon, c’est de la fiction. Mais ils peuvent apprendre de la science à partir de ça. »

Après tout, combien de personnages obtiennent leur pouvoir après une expérience en laboratoire qui tourne mal ? Pour sa part, Yann Brouillette est tombé dans la science quand il était petit par l’entremise des bandes dessinées. Lire des mots comme « mutation » et « gènes » dans les phylactères de la série X-Men a piqué sa curiosité pour la biologie. C’est finalement en chimie organique qu’il a poursuivi ses études. Au moment de terminer son doctorat, il recommence à s’acheter des comics, qui deviennent aujourd’hui littéralement la matière de ses expériences. Pour vulgariser les électrolytes, par exemple, il déchiquette une bande dessinée dans de l’eau pure et allume une ampoule avec le mélange.

Continuer à motiver les étudiants

Malgré ses efforts, le professeur doit aujourd’hui affronter une gigantesque menace à la motivation de ses étudiants en sciences de la nature : le confinement, qui les contraint à suivre des cours de la maison et à être bombardés de matières en restant devant leur ordinateur. « La chimie est une science pratique, dit-il. Le fait qu’on ne puisse pas venir aussi souvent en laboratoire, c’est un défi. »

Ses étudiants réalisent néanmoins de chez eux certaines expériences avec des produits qui se trouvent facilement en magasin et qui ne présentent aucun risque de blessure (ou de développer un super pouvoir). Yann Brouillette leur a par exemple distribué des échantillons de styromousse pour leur demander de les dissoudre dans l’acétone, un produit simple à acheter puisque cette substance permet de décaper la peinture et d’enlever le vernis à ongles.

À la fin, il ne manquera pas l’occasion de présenter l’une de ses démonstrations préférées : cinq verres en polystyrène superposés, au-dessus desquels il verse de l’acétone. Ce solvant perce le fond du premier contenant, avant de tomber en dessous pour dissoudre celui du deuxième, et ainsi de suite. En ajoutant du colorant vert, il fait un clin d’œil au sang du monstre de la franchise Alien, qui fait fondre les planchers d’un vaisseau spatial après avoir giclé dans le premier film de la série. Est-ce que cette expérience incitera les étudiants à rester rivés à leur écran ? À suivre !

Le tableau périodique expliqué aux enfants

« Il ressemble à un magicien, mais il est plus fort que les magiciens. » Yann Boruillette, parle ainsi de Dmitri Mendeleïev, dont il compare le look à Gandalf et à Dumbledore, mais vante davantage le génie pour sa création, il y a près de 150 ans, du tableau périodique. Le professeur a demandé à des étudiants en design graphique de réaliser des illustrations pour chacun des éléments qui s’y trouvent. Le but : imager leurs applications, comme un ballon dirigeable pour l’hélium, une batterie pour le lithium, une puce électronique pour le silicium, une trompette pour le cuivre, etc. D’abord affiché en grand format dans la garderie du collège Dawson, ce tableau périodique à colorier est offert gratuitement en ligne. « J’adore les superhéros, mais je pense que les jeunes pourraient aussi colorier autre chose. » En parallèle, il espère un jour scénariser une bande dessinée avec des héros inspirés des différents éléments du tableau périodique. Chose certaine, il y trouvera tous les ingrédients pour nous captiver.