À la découverte du nouveau Biodôme

Plus de deux ans après le début d’importants travaux de rénovation, le Biodôme de Montréal ouvrira ses portes dès le 31 août. L’édifice hérité des Jeux olympiques de 1976 a eu droit à une cure de jeunesse architecturale, alors que les « écosystèmes » reproduits dans ses murs se déclinent plus que jamais comme une vitrine de sensibilisation à l’ampleur de la destruction de la biodiversité provoquée par l’humanité, ici comme ailleurs.

Près de 30 ans après son ouverture, cet exploit montréalais de conservation d’espèces animales et végétales vivantes méritait bien un nouveau souffle, et ce, même si la popularité s’est maintenue au fil des ans, avec un total de 22 millions de visiteurs depuis 1992.

« La migration du Biodôme, ce n’est pas une transformation de façade. C’est une migration dans notre façon d’aborder nous-mêmes notre relation avec la nature », a résumé jeudi le directeur d’Espace pour la vie, Charles-Mathieu Brunelle. « La pandémie actuelle nous prouve une fois de plus à quel point nous avons besoin de la nature, mais aussi à quel point nous nous sommes déconnectés d’elle. Se reconnecter avec la nature, l’aimer, mieux la connaître et la comprendre sont les premiers pas d’un mouvement devenu crucial en faveur de sa protection. Notre objectif est d’inspirer le plus de gens possible à emboîter le pas avec nous. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Manchots, perroquets, poissons et plus encore se côtoient au sein de cinq écosystèmes pour le plaisir des petits et des plus grands.

Pour donner le goût aux visiteurs de renouer avec cet ancien vélodrome où se déclinent cinq écosystèmes d’Amérique (Érablière des Laurentides, Forêt tropicale humide, Golfe du Saint-Laurent et deux types de régions subpolaires), on a choisi de dégager la structure, ce qui rend le tout nettement plus lumineux. Il est désormais possible d’avoir accès à une mezzanine qui permet de voir, de haut, trois des écosystèmes. Des points de vue en hauteur qui offrent l’occasion de balayer du regard le Saint-Laurent marin, ou encore la forêt tropicale, tout en espérant apercevoir au passage un des quatre insaisissables paresseux de la collection du Biodôme.

Afin de renouveler l’expérience éducative et informative, Espace pour la vie a mis de côté les traditionnels panneaux statiques, remplacés par une application mobile qui permettra de guider la visite et d’annoncer des activités à venir en cours de journée. Et puisque les jeunes visiteurs ont bien souvent les yeux rivés sur leur cellulaire, certaines espèces impossibles à introduire dans les écosystèmes du Biodôme seront présentées en « réalité augmentée ».

Collection vivante

Les vraies espèces animales et végétales (qui ne sont pas encore toutes dans leurs habitats respectifs, notamment en raison de retards imputables à la pandémie) sont toujours bien présentes dans des écosystèmes qui sont demeurés sensiblement les mêmes, sauf pour les zones subpolaires. Le plus impressionnant, soit la forêt tropicale, a toutefois été revisité pour accueillir de nouvelles espèces, dont des ouistitis (primates), des caïmans à museau large (au seuil de l’extinction dans la nature) et un petit groupe d’aras rouges et d’aras bleus. Les populaires tamarins-lions dorés y sont toujours, tandis qu’on a aussi droit à un groupe de capybaras, le plus gros rongeur au monde.

Cheffe de division des collections vivantes, Emiko Wong expliquait par ailleurs jeudi que la notion de « bien-être animal » a beaucoup évolué depuis la création du Biodôme. Plusieurs espèces ont d’ailleurs leur propre programme de « stimulation », afin de s’assurer de maintenir leurs comportements naturels, comme la recherche de nourriture ou les interactions avec leur habitat. « Notre objectif est d’augmenter la quantité de comportements bénéfiques pour l’animal. C’est pour cela, par exemple, que nous avons implanté un groupe d’aras. Cela tient compte du fait qu’il s’agit d’une espèce qui est grégaire dans la nature. »

Même si l’expérience se veut ludique et familiale, il est plus évident que jamais que le Biodôme est aussi un lieu de sensibilisation aux multiples crises environnementales qui frappent la biodiversité de la planète. Alors que l’instigateur du projet, Pierre Bourque, souhaitait en 1992 que l’institution devienne « un cri d’espoir pour la planète Terre », il est aujourd’hui très clair que ce « cri » n’a pas été entendu.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

À l’échelle de la planète, rappelait jeudi la mairesse de Montréal, Valérie Plante, plus d’un million d’espèces animales et végétales sont menacées de disparition au cours des prochaines années ou, au mieux, des prochaines décennies. Et cette destruction sans précédent des fondements de la vie sur Terre est uniquement imputable à l’activité humaine, qui annihile le vivant au nom d’un développement qui n’a rien de durable.

Dans ce contexte, le Biodôme espère jouer un rôle en faveur d’une prise de conscience collective, mais aussi pour un appel à l’action de la part des visiteurs. Cette institution « joue toujours un rôle de premier plan dans la mise en valeur de nos écosystèmes et nous rappelle à quel point la biodiversité est fragile et précieuse », a ainsi souligné Mme Plante.

Une fragilité bien réelle ici même au Québec, où les engagements internationaux de protection des milieux naturels terrestres et maritimes fixés en 2010 ne sont toujours pas atteints, à trois mois de la date butoir. Il est d’ailleurs pour le moins ironique de voir le Biodôme mettre en valeur la rainette faux-grillon, une espèce menacée, alors que tous les ordres de gouvernement de la province ferment depuis des années les yeux sur la destruction de son habitat.  


À voir en vidéo

Biodôme de Montréal

4777, avenue Pierre-De Coubertin, Montréal. En raison des règles sanitaires liées à la pandémie de COVID-19, les visiteurs devront réserver leurs billets, en sélectionnant une date et une « heure fixe » pour la visite. Le port du masque sera aussi obligatoire. Pour se procurer des billets : espacepourlavie.ca