Les jeunes enfants responsables d’une faible partie de la transmission

Selon une nouvelle étude réalisée en Corée du Sud, le risque de contracter la COVID-19 et de la transmettre semble nettement plus bas pour les jeunes enfants que pour les adolescents et les adultes.
Photo: Silvia Izquierdo Associated Press Selon une nouvelle étude réalisée en Corée du Sud, le risque de contracter la COVID-19 et de la transmettre semble nettement plus bas pour les jeunes enfants que pour les adolescents et les adultes.

Les enfants souffrent beaucoup moins de la COVID-19 que les personnes plus âgées, mais sont néanmoins contagieux. Une nouvelle étude particulièrement exhaustive détaille comment ils contribuent à la transmission de la maladie dans leurs familles et au sein de la communauté. Ces résultats offrent des éléments de réflexion tout en nuances, alors que les élèves québécois doivent retourner sur les bancs d’école en septembre.

Selon cette nouvelle étude réalisée en Corée du Sud, les enfants de 9 ans et moins atteints de la COVID-19 transmettent deux fois moins souvent l’infection à leurs proches — à la maison ou en dehors — par rapport au reste de l’échantillon. La tendance s’inverse pour les plus vieux, qui la transmettent environ 50 % plus fréquemment aux membres de leur ménage que le reste de l’échantillon.

« Il faut faire attention : pour les jeunes enfants, le risque de contracter la maladie et de la transmettre semble nettement plus bas que pour les adultes, mais il n’est pas zéro », réagit Jesse Papenburg, spécialiste en microbiologie et en infectiologie pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants. « Quelqu’un qui prône la réouverture des écoles va pouvoir utiliser ces données-là pour défendre son point, et quelqu’un qui prône le contraire pourra aussi les invoquer », ajoute-t-il.

Les chercheurs sud-coréens ont analysé les rapports épidémiologiques compilés dans leur pays entre le 20 janvier et le 27 mars. Parmi les cas de COVID-19, ils ont dressé la liste des 5706 « cas index », c’est-à-dire les premiers cas confirmés dans chaque grappe d’éclosion. Les personnes appartenant au même ménage que ces malades ont toutes subi un test de dépistage. Les autres personnes de leur entourage ont fait l’objet d’un test seulement si elles présentaient des symptômes.

Chez les membres du ménage des personnes infectées, 12 % avaient quelques jours plus tard la COVID-19. Parmi les autres contacts, 2 % étaient infectés. Lors de la période considérée, les écoles étaient fermées en Corée du Sud : d’abord en raison des vacances, puis du confinement.

Rouvrir les écoles ou pas ?

Il est difficile d’extrapoler les présents constats à la période suivant la réouverture des écoles (survenue le 8 juin dans ce pays), mais les auteurs estiment que la proportion de transmission peut augmenter dans ce nouveau contexte. « Les jeunes enfants pourraient produire un taux d’attaque plus élevé après la réouverture des écoles, contribuant à la transmission communautaire de la COVID-19 », écrivent-ils.

On ne sait pas vraiment pourquoi les jeunes de 10 à 19 ans atteints du coronavirus le donnent à une plus grande proportion des membres de leur ménage. On n’observe pas le même phénomène pour la transmission hors domicile. Une certaine imprécision statistique entoure les données pour les enfants, en raison du faible nombre de cas index dans ces tranches d’âge.

Rappelons que si les enfants et les adolescents peuvent transmettre la maladie, ils sont cependant beaucoup moins susceptibles de la contracter. Au Québec, les personnes de 0 à 19 ans constituent 21 % de la population, mais seulement 8 % des cas de COVID-19. Les cas sévères sont extrêmement rares et on ne recense aucun décès.

Les scientifiques ne savent pas exactement pourquoi les enfants souffrent moins de la COVID-19. L’une des hypothèses, selon le Dr Papenburg, serait qu’ils expriment en moins grande quantité le récepteur utilisé par le SRAS-CoV-2 à la surface de leurs cellules épithéliales. Néanmoins, les enfants malades auraient en moyenne la même quantité de virus dans leurs voies respiratoires que les personnes plus âgées, selon une étude allemande publiée ce printemps.

Cependant, la charge virale n’est pas le seul critère pour prévoir l’infectiosité réelle d’une personne atteinte de la COVID-19. L’excrétion de gouttelettes contaminées compte aussi pour beaucoup. Et puisque les enfants malades présentent peu de manifestations de la maladie, cela pourrait diminuer leur potentiel de transmission.

Certains spécialistes évoquent aussi l’idée que, du fait de leur taille, les enfants contaminent moins les personnes plus grandes. Le Dr Papenburg, également professeur adjoint de pédiatrie à l’Université McGill, n’est pas certain que cette hypothèse tienne la route. « J’ai un fils de six ans, et je peux dire que son visage est quand même assez souvent à côté du mien ! » dit-il en riant.

Alors que le débat fait rage aux États-Unis pour déterminer les modalités de la réouverture des écoles, le Québec peut déjà apprendre de la brève réouverture des écoles en dehors de la région métropolitaine ce printemps.

Interrogé dimanche par Le Devoir, le ministère de l’Éducation du Québec a souligné que le nombre de cas positifs de COVID-19 parmi les élèves des écoles publiques de la province était demeuré « bas » entre le 25 mai et la fin des classes. Le bilan du nombre de cas actifs, établi chaque vendredi, n’a jamais dépassé les 44 malades. Le dernier décompte, le 19 juin, faisait état de seulement 6 malades.

La prochaine rentrée scolaire se fera en classe pour tous les élèves québécois du primaire et du secondaire. Pour les quatrième et cinquième secondaires, une partie des activités pourra avoir lieu à distance. Pour leur part, les services de garde ont progressivement rouvert depuis la mi-mai. Récemment, le ministère de la Famille faisait savoir qu’il n’y avait pas eu « d’éclosions majeures » dans ces établissements.

« Il ne faut pas croire que de rouvrir les écoles ne sera pas accompagné d’un certain ajout à la transmission communautaire, conclut le Dr Papenburg. Mais en même temps, la petite enfance est un âge critique pour la socialisation et l’éducation. Il faut essayer de trouver un équilibre dans nos décisions collectives. »

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4 commentaires
  • Émile Jetzer - Inscrit 20 juillet 2020 08 h 14

    Diffuser le résultat d’une seule étude n’est pas du journalisme responsable

    Je pense que l'essentiel est dit dans le titre. Une étude seule, surtout dans un domaine aussi difficile à étudier que l'épidémiologie, n'apporte pas grand chose au débat. Il y a probablement d'autres études sur le même sujet, pourquoi ne pas en offrir une synthèse interprétée par un.e ou des chercheur.e.s qualifié.e.s?

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 20 juillet 2020 14 h 49

      Êtes vous enseignante? Ou vous travaillez dans une ècole?

  • Denis Lauzon - Inscrit 20 juillet 2020 13 h 28

    Les jeunes et l'école

    Une autre étude qui s'ajoute.

    J'ajouterais que depuis la fin des classes, la situation globale s'est même fortement embellie au Québec.

    Bien que le nombre de nouveaux cas est reparti lentement à la hausse depuis une dizaine de jours, il tourne autour du 150 par jour, on constate qu'il y a une bonne diminution proportionnelle des nouvelles hospitalisations et des nouveaux décès. C'est très significatif.

    Aussi, le % des nouveaux cas positifs sur les nouveaux tests de dépistage continue de baisser.
    Le % des nouvelles hospitalisations sur les nouveaux cas baisse encore plus rapidement.

    Les nouveaux décès se retrouvent encore majoritairement dans lesdits "milieux de vie", situation particulière et circonscrite, alors que les nouveaux cas se retrouvent dans la population en général et majoritairement chez les moins de 50 ans, plus résistant au virus

    On pourrait alors en déduire que la dangerosité et la létalité s'estompe fortement et frappe de moins en moins le Québec.
    J'y vois un déclin certain des dangers du Covid-19 au Québec.

    Oui, au retour en classe à temps plein pour tous les jeunes du primaire et secondaire incluant les secondaires 4 et 5 (15, 16, 17ans).
    La distanciation n'est même pas essentielle.
    Bon, les profs et autre personnel pourront maintenir une distanciation au besoin.

    Aucune donnée probante comme quoi les jeunes constituent un danger public entre eux ni pour leurs familles, étant entendu que le risque zéro n'existe pas.

    Même aujourd'hui, je perçois dans le milieu de l'éducation et chez nos fonctionnaires de la santé publique de l'immobilisme, de l'attentisme et une résistance davantage fondée sur les opinions que sur les faits.

    Entretenir et transmettre la peur est irresponsable.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 20 juillet 2020 14 h 51

    Bon espérons maintenant que le personnel scolaire sera réconforté par les multiples études qui confirme le fait que les enfants sont de faible transmetteur et que la rentrée se fera normalement sans distantiation.
    Trop d'enfant ont déjà payé cher pour la fermeture alarmiste des ecoles.