À quoi sert un test sérologique  pour la COVID-19?

Les tests sérologiques visent à détecter la présence d’anticorps dans le sang.
Photo: Marco Bertorello Agence France-Presse Les tests sérologiques visent à détecter la présence d’anticorps dans le sang.

La popularité des tests sérologiques n’a cessé de croître ces derniers temps. Mais méritent-ils un tel emballement ? Sont-ils vraiment pertinents, voire utiles ? Tout dépend de la raison pour laquelle ils sont utilisés.

À l’heure actuelle, ces tests demeurent le meilleur outil dont nous disposons pour estimer la proportion de la population qui a été infectée. Par contre, ils ne permettent pas de savoir si une personne est immunisée et protégée contre la COVID-19, et ce, même si la présence d’anticorps a été détectée chez celle-ci. La détection d’anticorps permet seulement de confirmer que la personne a bel et bien été infectée.

De plus, l’absence d’anticorps ne prouve pas pour autant que la personne n’a pas été contaminée, car certains individus qui ont contracté la COVID-19 ne développent pas d’anticorps. Somme toute, l’utilité des tests sérologiques ne serait donc pas aussi grande qu’on pourrait le croire à première vue.

Les tests sérologiques visent à détecter la présence d’anticorps dans le sang. Selon les experts, ils ne sont pas vraiment utiles pour dépister et diagnostiquer une infection, du moins dans les tout premiers jours de l’infection, car cinq à six jours peuvent s’écouler avant que les anticorps fassent leur apparition et soient détectables.

« Souvent, les gens ne sont plus vraiment malades quand les anticorps apparaissent », précise le Dr Michel Roger, directeur médical au Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ). « Les tests PCR [qui consistent à détecter le matériel génétique du virus dans des échantillons naso-pharyngé] sont beaucoup plus efficaces. »

À l’heure actuelle, la seule utilité reconnue des tests sérologiques se limite à déterminer la prévalence de l’infection dans la population

Pour le moment, les tests sérologiques peuvent nous révéler deux choses, résume le Dr Matthew Oughton, microbiologiste infectiologue à l’Hôpital général juif de Montréal.

« Ils nous disent si une personne a développé une réponse immunitaire humorale (sous la forme d’anticorps) contre la COVID-19 et donc si elle a été infectée, mais ils ne nous disent pas si elle est immunisée contre la COVID-19. S’ils sont utilisés à grande échelle, ils peuvent aussi nous dire quelle proportion de la population a effectivement été exposée au SRAS-CoV-2. »

À l’heure actuelle, les tests sérologiques ne permettent pas de confirmer si une personne est immunisée, car on ne sait toujours pas si les anticorps détectés protègent contre le virus.

« Les études préliminaires nous indiquent que les anticorps produits ne sont pas vraiment protecteurs, ils ne sont pas très efficaces et leurs niveaux diminuent avec le temps. Des études ont montré que trois à quatre mois après l’infection, les niveaux d’anticorps sont devenus tellement faibles que nos tests sérologiques ne parviennent plus à les détecter », rapporte le Dr Roger.

D’autres mécanismes immunitaires

Le LSPQ, en collaboration avec Andrés Finzi de l’Université de Montréal, a effectué des analyses plus poussées sur les anticorps neutralisants qui ont un rôle important à jouer contre le virus. Les chercheurs ont remarqué que seulement 60 % des patients avaient produit des anticorps neutralisants, que ces anticorps n’étaient pas très abondants, ni très puissants dans leur activité de neutralisation, et que leur quantité diminuait rapidement avec le temps. « Ce qu’on a pu mesurer de leur force et de leur quantité n’est pas très prometteur ! », conclut le Dr Roger.

Il est également apparu qu’une certaine proportion des personnes qui ont été déclarées positives à la COVID-19 par un test PCR et qui avaient éprouvé des symptômes ne produira jamais d’anticorps.

« Cela nous dit qu’il y a possiblement d’autres mécanismes immunitaires,comme une réponse immunitaire de type cellulaire qui serait impliquée dans la défense contre le SRAS-CoV-2, et on pense que ce serait des lymphocytes T CD8 qui seraient responsables de cette défense », fait remarquer le D Roger.

« Nous avons tous appris que les anticorps procurent une protection. C’est en partie vrai, mais c’est aussi une grande simplification ! », réplique le Dr Oughton avant de relater une étude ayant porté sur une population de patients qui n’avaient jamais été exposés au SRAS-CoV-2, et dans laquelle les chercheurs ont remarqué que 40 à 50 % de ces patients possédaient des lymphocytes T qui pouvaient reconnaître spécifiquement le SRAS-CoV-2 et s’y attaquer.

« On peut en conclure que ces personnes ont probablement été infectées précédemment par un autre coronavirus, comme il en circule plusieurs chaque année, durant l’hiver, et qui causent essentiellement un rhume », ce qui leur a permis d’acquérir cette immunité cellulaire.

Une des grandes limitations de nos labos dans les cliniques, dans les CLSC et dans les services hospitaliers, est que nous n’avons pas de tests disponibles pour mesurer l’immunité à médiation cellulaire », déplore-t-il.

 

« À l’heure actuelle, la seule utilité reconnue des tests sérologiques se limite à déterminer la prévalence de l’infection dans la population, soit d’estimer la proportion de gens qui ont été exposés au virus, car, en général, la grande majorité des gens, y compris les personnes asymptomatiques, produisent des anticorps suite à l’infection », affirme le Dr Roger.

« Les tests sérologiques ne sont pas parfaits pour toutes les raisons évoquées, mais ils constituent le meilleur outil dont nous disposons à l’heure actuelle pour estimer l’exposition d’une grande population à la COVID-19 », ajoute le Dr Oughton.

Ces tests sérologiques seront utiles pour la Santé publique parce qu’ils permettront d’effectuer des études de séroprévalence dans les grandes villes et en région, ainsi qu’au sein de différents groupes de personnes, comme les travailleurs de la santé, les résidents en CHSLD ou les enfants en garderie, pour savoir quelle proportion dans ces groupes a été infectée, et quelles sont les régions les plus chaudes. Toutes ces informations permettront ainsi d’identifier les populations qui sont plus à risque et d’orienter les interventions de santé publique, fait valoir le Dr Roger.

Il ajoute que « ces études donneront un tableau plus précis des infections qui ont eu lieu au Québec. Actuellement, on sait qu’il y a eu 57 000 cas déclarés, mais ce sont essentiellement des gens qui sont allés passer un test. Peut-être que le nombre de cas positifs au Québec est le double ou le triple de ce qu’on dit. »

  
 

À voir en vidéo