Une réduction des émissions de GES de courte durée

L’heure de pointe à Jakarta, en Indonésie, le 12 juin 
Photo: Bay Ismoyo Agence France-Presse L’heure de pointe à Jakarta, en Indonésie, le 12 juin 
Les mesures de lutte contre la pandémie imposées par plusieurs gouvernements au cours des derniers mois ont mené à un coup de frein historique des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) imputables à l’activité humaine. Il faut dire que ce confinement sans précédent a entraîné une baisse marquée dans le secteur du transport terrestre et aérien, mais aussi dans le secteur industriel.

Selon les données compilées par le Global Carbon Project et une étude publiée dans Nature Climate Change, cette baisse de l’activité à l’échelle de la planète a provoqué un recul des émissions quotidiennes de CO2, soit le principal gaz à effet de serre produit par l’activité humaine, en raison de la combustion d’énergies fossiles.

La baisse a culminé à un recul des émissions mondiales d’environ 17%, au début du mois d’avril 2020, par rapport au niveau de 2019. Les premières indications d’une réduction de notre production globale de CO2 ont toutefois été observées dès février, en raison du confinement imposé en Chine. Il faut dire que le pays, très dépendant du charbon pour la production d’énergie, est une puissance industrielle et le premier émetteur mondial de GES.

À partir de la mi-mars, la tendance s’est accélérée, pour atteindre un recul d’environ 15% le 25 mars, avant de culminer à -17% en avril, toujours selon les données quotidiennes du Global Carbon Project, une référence en la matière. Dans certaines régions du monde, la baisse des émissions de CO2 a même atteint 26%.

Rebond du CO2 Cette réduction des émissions de GES, absolument essentielle pour éviter le naufrage climatique prédit par la science, a toutefois été très brève. Les données les plus récentes sur le CO2 démontrent en effet que notre combustion d’énergies fossiles est repartie à la hausse. Le recul des émissions quotidiennes se situait à environ 5% au début du mois de juin (par rapport à 2019), dans un contexte où les pays ont mis en place des mesures de déconfinement et de relance de l’économie.

Selon des données sectorielles diffusées dans la publication scientifique Nature Climate Change, les émissions du secteur des transports (terrestre et aérien) sont en croissance rapide depuis le mois de mai. Pour le transport terrestre, la baisse se situait à environ 2,5%, après avoir culminé à un peu plus de 7,5% en avril. Dans le secteur industriel, les émissions sont elles aussi à la hausse, de même que dans le secteur de la production d’électricité, où elles sont revenues pour ainsi dire au niveau d’avant la crise.

Selon l’analyse des chercheurs qui ont participé à l’étude de Nature Climate Change, la baisse globale des émissions de CO2 pour 2020 pourrait se situer entre 2% et 7%, avec une «estimation» à 4%. Dans le meilleur scénario (d’un point de vue climatique), les émissions de GES pourraient reculer globalement de 12% en 2020 par rapport à leur niveau de 2019. Mais cela signifierait que les mesures de confinement demeurent très présentes dans le monde, par exemple en cas de deuxième vague de la pandémie de COVID-19.

Pour respecter les engagements les plus ambitieux pris dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) devraient plutôt diminuer chaque année de 7,6 % entre 2020 et 2030.

La baisse des émissions mondiales prévue en 2020 ne devrait donc pas influencer durablement l’ampleur de la crise climatique qui menace l’humanité, puisque cela ne changera rien à l’accumulation continue des gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre. Pour le moment, on se dirige d’ailleurs vers des années de chaleur record pour la prochaine décennie, prévenait en avril l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique.

Ce sont donc les plans de relance qui seront déterminants pour la suite des choses. « Les actions des gouvernements et les incitatifs économiques post-crise influenceront la tendance globale des émissions de CO2 pour des décennies », affirment les auteurs de l’étude publiée dans Nature Climate Change.

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