Comment le corps combat-il la COVID-19?

À Birmingham, en Angleterre, un ambulancier procède à une prise de sang destinée à déterminer la présence d’anticorps spécifiques au coronavirus.
Photo: Simon Dawson Archives Associated Press À Birmingham, en Angleterre, un ambulancier procède à une prise de sang destinée à déterminer la présence d’anticorps spécifiques au coronavirus.
Une nouvelle publication scientifique québécoise permet de mieux comprendre comment le système immunitaire combat une infection à la COVID-19. Selon ces travaux réalisés dans un laboratoire du Centre de recherche du CHUM et publiés en ligne, les personnes atteintes de la maladie génèrent rapidement des anticorps capables de reconnaître la protéine-clé du SRAS-CoV-2. Étonnamment, ces anticorps n’arrivent toutefois pas à neutraliser le virus chez tous les malades — même chez ceux qui se sont remis de la COVID-19.

Pour arriver à ces conclusions, le virologue Andrés Finzi et son équipe ont analysé des échantillons sanguins prélevés chez 98 personnes atteintes de la COVID-19 à différentes étapes de leur maladie et après leur rétablissement. Deux semaines après le début de leurs symptômes, la vaste majorité des sujets avaient généré des anticorps neutralisants. Ces derniers agissent sur la glycoprotéine S du SRAS-CoV-2, cette sorte d’aiguillon microscopique qui permet au virus de s’accrocher aux cellules humaines et d’y pénétrer. Toutefois, les anticorps de seulement 60% des patients du groupe étaient en mesure de neutraliser le coronavirus.

«Il ne faut pas voir ça comme quelque chose de négatif. Il faut regarder les choses de l’autre côté: 40% des personnes ont été capables de guérir de l’infection sans avoir recours à la génération d’anticorps neutralisants», explique le Dr Finzi en entrevue au Devoir. Ce spécialiste du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) ignore la raison pour laquelle des anticorps sont capables de reconnaître la glycoprotéine S du SRAS-CoV-2 sans toutefois pouvoir neutraliser le virus. Dans le cas du VIH, la reconnaissance par les anticorps est synonyme d’un pouvoir neutralisant.

Chose certaine, le système immunitaire possède plus d’une corde à son arc. Les lymphocytes T cytotoxiques et les lymphocytes NK («Natural Killer») peuvent également débarrasser l’organisme d’un agent infectieux tel que le coronavirus. Et dans certains cas, des anticorps peuvent appeler des lymphocytes à la rescousse, plutôt que de mener le combat eux-mêmes contre l’intrus. Ainsi, des anticorps non neutralisants, mais capables de reconnaître la glycoprotéine S du SRAS-CoV-2, peuvent contribuer de manière appréciable à la guerre contre le coronavirus lors d’une exposition. Chez le reste de la cohorte (60%) possédant des anticorps neutralisants, les chercheurs ont constaté que la puissance de neutralisation des anticorps a diminué quelques semaines après la guérison de la COVID-19. Cela veut dire qu’un éventuel vaccin pourrait nécessiter l’administration d’une dose de rappel, soulève le Dr Finzi.

L’étude, réalisée en collaboration avec le Laboratoire de santé publique du Québec et Héma-Québec, n’a pas encore été révisée par les pairs.

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