L’efficacité incertaine de la chloroquine

Pour le moment, les autorités sanitaires québécoises, canadiennes et états-uniennes n’autorisent l’utilisation de la chloroquine et son dérivé, l’hydroxychloroquine, que dans le cadre d’essais cliniques.
Photo: Narinder Nanu Agence France-Presse Pour le moment, les autorités sanitaires québécoises, canadiennes et états-uniennes n’autorisent l’utilisation de la chloroquine et son dérivé, l’hydroxychloroquine, que dans le cadre d’essais cliniques.

Plusieurs se demandent pourquoi les médecins québécois n’ont pas recours à l’hydroxychloroquine pour soigner les personnes aux prises avec la COVID-19, alors qu’il s’agit d’un médicament déjà connu et disponible et que des études réalisées en France, par le Dr Raoult, ont donné des résultats positifs.

La communauté scientifique rappelle que les résultats préliminaires qui ont été rapportés dans les médias ont été obtenus dans le cadre d’études qui ne respectaient pas la méthodologie scientifique et que, pour cette raison, ils ne sont donc pas fiables.

Pour le moment, les autorités sanitaires québécoises, canadiennes et états-uniennes n’autorisent l’utilisation de la chloroquine et son dérivé, l’hydroxychloroquine, que dans le cadre d’essais cliniques. Elles attendent les résultats d’études ayant été menées en bonne et due forme avant d’en recommander l’emploi pour traiter la COVID-19.

« Des études préliminaires [notamment celles du Dr Didier Raoult, infectiologue à l’Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille] ont laissé entendre que l’hydroxychloroquine pourrait être efficace pour réduire les symptômes de la COVID-19, mais dans ces études, soit le nombre de participants était très faible, soit la méthode employée n’était pas rigoureuse », souligne la Dre Emily McDonald, directrice de l’Unité d’évaluation des pratiques cliniques du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Elle rappelle que, pour générer des résultats probants, un essai clinique doit comparer le traitement étudié à un placebo chez des patients présentant des caractéristiques semblables, soit ayant environ le même âge et ayant atteint le même stade de la maladie.

En d’autres termes, l’expérimentateur doit comparer l’état d’un groupe de patients recevant le traitement étudié, en l’occurrence l’hydroxychloroquine, à celui d’un groupe témoin de patients ne recevant qu’un placebo.

De plus, l’étude doit être conduite à double insu, c’est-à-dire que l’expérimentateur et les participants ne doivent pas savoir quelle option, le médicament ou le placebo, a été administrée à chaque patient.

Peu de cas étudiés

Or, la première étude du Dr Didier Raoult, publiée en mars, ne portait que sur 20 patients, dont l’âge et la sévérité des symptômes variaient beaucoup d’un participant à l’autre.

La seconde étude, dans laquelle 80 patients se sont vu administrer l’hydroxychloroquine en association avec l’antibactérien azithromycine, ne comportait aucun groupe témoin avec lequel on aurait dû effectuer une comparaison.

« Cette [dernière] étude montrait que la grande majorité [81,3 %] des patients ont guéri, mais probablement que ces mêmes patients se seraient aussi remis sans traitement », fait remarquer la Dre McDonald. Car les études épidémiologiques ont montré qu’en effet, la plupart des personnes infectées se rétablissent sans traitement.

Jusqu’à maintenant aucun essai clinique mené selon les règles de la méthode scientifique n’a encore produit des résultats permettant de juger de l’efficacité de l’hydroxychloroquine, conclut la Dre McDonald.

Pour toutes ces raisons, la Food and Drug Association (FDA), Santé Canada et l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS), au Québec, n’ont pas autorisé jusqu’à maintenant l’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine, ni d’aucun autre médicament, pour traiter ou prévenir la COVID-19.

« La FDA a prévenu que l’hydroxychloroquine ne devrait être utilisée que dans le cadre d’essais cliniques en raison d’un de ses effets secondaires, soit le risque d’arythmie qui peut mener à une mort subite. Ce serait terrible que des patients soient victimes d’une complication aussi grave alors que le médicament n’est peut-être pas efficace contre la COVID-19 », souligne la Dre McDonald.

Recherches à McGill

Néanmoins, plus de 15 essais cliniques différents impliquant la participation d’au moins 75 000 patients sont en cours en Amérique du Nord seulement, dont l’un se déroule à l’Institut de recherche du CUSM.

L’étude menée à McGill se divise en deux volets. Le premier volet vise à vérifier si l’hydroxychloroquine seule peut prévenir le développement de la COVID-19 chez des personnes ayant eu un contact à risque élevé, soit sans protection, pendant plus de 10 minutes et à moins de 2 mètres, avec une personne ayant été déclarée positive à la COVID-19, comme en ont eu les professionnels de la santé.

Le second volet cherche à savoir si l’administration d’hydroxychloroquine à des personnes infectées, mais présentant peu de symptômes, peut empêcher le développement de complications graves qui surviennent chez environ 5 % des personnes infectées qui étaient normalement en bonne santé.

Les chercheurs de l’étude poursuivent le recrutement de patients pour ce deuxième volet qui se déroule à la maison : les personnes infectées prennent le comprimé ou le placebo pendant cinq jours et sont suivies de près par des entretiens téléphoniques avec un médecin. Les personnes souhaitant participer à cette étude peuvent le faire en s’inscrivant sur le site suivant : covid-19research.ca.

« Nous avons choisi de n’administrer que l’hydroxychloroquine seule, et non en association avec l’azithromycine. Nous voulions voir si on pouvait ainsi réduire le risque d’arythmie, car l’azithromycine entraîne aussi cet effet secondaire », précise la Dre McDonald, qui participe à la coordination de cette étude.

Selon l’AFP, deux études publiées vendredi, dont l’une a été réalisée en France sur des patients présentant déjà des symptômes graves, dont une pneumonie nécessitant de l’oxygène, et l’autre menée en Chine sur des patients ayant une forme légère à modérée de la maladie, ont conclu à l’inefficacité de l’hydroxychloroquine pour réduire le transfert aux soins intensifs et la mortalité dans la première étude, et pour éliminer le virus plus rapidement dans la seconde étude.

Il faudra les résultats des multiples autres essais cliniques en cours pour vraiment savoir si ce médicament qui est reconnu pour avoir des effets antiviral et anti-inflammatoire peut être utile pour prévenir ou traiter la COVID-19.

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