Pourquoi les personnes diabétiques sont-elles plus à risque?

Bien qu’elles ne risquent pas davantage de contracter la COVID-19 que le reste de la population, les personnes diabétiques développent plus souvent des complications lorsqu’elles sont infectées par le coronavirus. Ce constat découle de rapports scientifiques en provenance de Chine — certes réalisés avec empressement et une méthode imparfaite, mais tout de même jugés convaincants. Par exemple, dans une étude portant sur 1099 patients déclarés positifs, on comptait 16% de diabétique parmi les 173 malades ayant développé des symptômes sévères de la maladie, alors qu’environ 11% des adultes chinois sont diabétiques. À titre comparatif, seules les problèmes cardio-vasculaires étaient plus fréquents au sein de cet échantillon, avec 24% d’incidence.

Pourquoi les personnes diabétiques sont-elles plus à risque? De manière générale, les fluctuations de la glycémie rendent plus difficile le traitement d’infections virales, comme la grippe, selon Diabète Québec. De plus, les problèmes aux reins, au cœur, au foie ou aux poumons typiquement associés au diabète, de même que l’hypertension artérielle, augmentent les risques de développer des symptômes sévères de la COVID-19. Au niveau biologique, le mécanisme précis aggravant la vulnérabilité des diabétiques n’est pas encore exactement compris, mais les scientifiques avancent quelques hypothèses. «L’hyperglycémie peut entraver la capacité des globules blancs à combattre les infections. Il est donc possible que les personnes souffrant d’hyperglycémie aient un système immunitaire affaibli, ce qui les rendrait plus vulnérables aux complications pulmonaires», écrit Robert Gabbay, un spécialiste du diabète à l’école médicale de Harvard.

Un emballement du système immunitaire pourrait également être en cause pour expliquer les plus graves complications dont souffrent les personnes diabétiques. Il y a un mois, des chercheurs américains ont publié un article scientifique détaillant la manière par laquelle la grippe (influenza) perturbe la métabolisation du glucose, ce qui en retour déclenche une avalanche de cytokines. On sait déjà que les «tempêtes cytokiniques» aggravent souvent la COVID-19 chez les patients les plus malades. Les auteurs de la nouvelle étude croient que le même mécanisme impliquant la métabolisation du glucose pourrait exister chez les malades infectés par le coronavirus.

En parallèle à ces enquêtes scientifiques, une importante question pratique reste en suspens: on ne sait pas si un contrôle strict de la glycémie permet de prévenir les formes graves de la COVID-19 chez les diabétiques. «La question est cruciale pour les personnes concernées: puis-je minimiser mon risque en équilibrant au mieux mon diabète?» écrivent deux spécialistes français du diabète dans un billet publié en ligne. En général, une bonne prise en charge de la glycémie fait en sorte que les problèmes typiquement associés au diabète — pour la rétine, les artères, le cœur, le rein, les nerfs, etc. — ne se manifestent pas. On ne sait pas encore si c’est aussi vrai de la COVID-19.

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