Pourquoi faudra-t-il de 12 à 18 mois pour développer un vaccin contre la COVID-19?

De plus en plus de voix s’élèvent ici et ailleurs pour demander une réduction des contraintes du confinement, afin d’amorcer une forme de «retour à la normale». Mais tandis que certaines régions ont déjà entamé leur déconfinement, plusieurs experts rappellent que ce retour à la normale passera par le développement d’un vaccin.

Le problème, c’est que ce vaccin ne sera pas disponible avant 12 à 18 mois. Pourquoi? Après tout, demande une lectrice, il a fallu seulement quatre mois pour développer un vaccin pour lutter contre la pandémie de H1N1, qui avait frappé à partir de mars 2009, provoquant officiellement 18 500 décès, selon l’Organisation mondiale de la santé (la revue médicale The Lancet a toutefois estimé le nombre de morts entre 151 700 et 575 400).

Puisque les travaux ont permis de développer très rapidement un vaccin contre cette grippe A (H1N1), comment se fait-il que ce ne soit pas possible pour la COVID-19, un virus qui est par ailleurs 10 fois plus mortel que l’influenza H1N1?

«Pour le virus influenza H1N1, nous avons bénéficié des vaccins développés contre d’autres souches du même virus. Il fallait juste modifier un vaccin déjà disponible avec une approche éprouvée», explique Nathalie Grandvaux, professeure au Département de biochimie et médecine moléculaire de l’Université de Montréal.

Or, ajoute-t-elle, les chercheurs ne bénéficient pas d’une matière première dans le cas de la COVID-19, coronavirus.jhu.edu/map.html" target="_blank">un virus qui a déjà fait plus de 260 000 morts en date de mercredi. «Pour le SRAS-CoV-2, nous n’avons aucun vaccin contre un autre coronavirus sur lequel nous appuyer.»

Recherche intensive La recherche est toutefois très intense depuis plusieurs semaines. Déjà, en mars, la Fédération internationale des fabricants pharmaceutiques, qui regroupe plusieurs multinationales du secteur, a pris l’engagement de fournir un vaccin contre la COVID-19 «partout dans le monde», et ce, dans un délai estimé de 12 à 18 mois.

L’industrie a alors reconnu que ce délai est une estimation «agressive», mais réaliste, si les délais juridiques sont réduits. Les formalités administratives, telles que les autorisations de mise sur le marché, peuvent être simplifiées et accélérées dans cette course contre la montre, et les ressources financières publiques et privées ne manquent actuellement pas.

Une fois la formule validée par les agences de régulation, il faudra cependant produire le vaccin en quantité suffisante et garantir l’approvisionnement sur toute la planète.

Toutefois, producteurs et autorités de contrôle ne peuvent transiger sur la sécurité d’un candidat vaccin, et donc accélérer le calendrier des essais cliniques et d’étude des résultats, ont prévenu des responsables de grands groupes pharmaceutiques.

En Allemagne, l’autorité fédérale chargée de la certification des vaccins a donné à la fin d'avril son feu vert à des essais cliniques sur des humains. Des essais cliniques ont également été lancés dans d’autres pays, notamment en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Chine.

La quête effrénée d’un vaccin contre ce virus qui a mis à mal l’économie mondiale donne d'ailleurs lieu à une lutte féroce entre certains pays. Le gouvernement allemand a ainsi dû intervenir pour stopper in extremis des tentatives, pilotées par la Maison-Blanche, de rachat d'un important laboratoire pharmaceutique.

Vous avez été nombreux à nous soumettre des questions pour cette infolettre à l’adresse coronavirus@ledevoir.com. Merci beaucoup, et surtout, continuez à le faire.

À voir en vidéo