​Recherches médicales: un important concours national annulé

Par contraste, plusieurs autres pays se sont au contraire engagés à maintenir en l’état le financement de leurs recherches biomédicales générales.
Photo: Alex Raths Getty Images Par contraste, plusieurs autres pays se sont au contraire engagés à maintenir en l’état le financement de leurs recherches biomédicales générales.

Une partie de la recherche médicale canadienne, celle qui ne concerne pas directement la lutte contre la COVID-19, s’ajoute à la longue liste des victimes collatérales temporaires de la pandémie.

Le Canada est le seul pays riche à avoir annulé et reporté de plusieurs mois un important cycle national de financement de la recherche en santé. Les instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), plus grands bailleurs de fonds en recherches fondamentales des sciences biomédicales au pays, ont annulé la tournée de distribution de leurs subventions du printemps 2020 au début du mois.

Normalement, l’IRSC tient deux concours par année avec des résultats annoncés en mars et en septembre. Le concours du Printemps 2020 était engagé depuis des mois. Environ 2300 participants de dizaines d’universités et de centres de recherche avaient déposé une demande de soutien pour se séparer autour de 275 millions de dollars.

L’RSC promet que ce quart de milliard sera injecté autrement dans le système dans des concours subséquents. Les secteurs de recherche touchés concernent notamment les cancers et d’autres familles de maladies importantes. L’Institut promet aussi d’adopter des mesures pour aider les chercheurs en début de carrière affectés par le report.

Par contraste, les États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni et d’autre pays d’Europe se sont au contraire engagés à maintenir en l’état le financement de leurs recherches biomédicales générales. Le survol mondial mettant en évidence la particularité canadienne a fait l’objet d’un article dans l’édition du 16 avril de la prestigieuse revue Nature.

Le président de l’organisme canadien, Michael J. Strong, a dévoilé l’annulation sur son site de 2 avril. Il y justifie la décision radicale par la mobilisation des cliniciens chercheurs sur le terrain pour lutter contre la pandémie et l’obligation de respecter l’éloignement physique dans les laboratoires.

L’organisation d’un jugement par les pairs réunis virtuellement a été envisagée puis rejetée. Les jurys rassemblent plus de mille évaluateurs d’une soixantaine de comités. « Ce n’était tout simplement pas possible de tenir le concours, résume en entrevue Adrien Mota, vice-président recherche, application des connaissances et éthique des ICRS. C’est une question de qualité du travail. »

L’IRSC a cependant adopté certaines mesures pour minimiser l’impact de sa décision radicale. Le financement des recherches subventionnées en cours est prolongé d’un an. Les rallonges annoncées utiliseront environ 31 millions de dollars.

Les réactions critiques de nombreux chercheurs ont forcé le président à écrire une seconde lettre à sa communauté scientifique dès le lendemain de l’annonce du report. « Je comprends que la nouvelle tombe en période de grande incertitude et que vous appréhendez les effets sur votre carrière et votre programme de recherche, écrit M. Strong. Je sais que vous comptez sur les IRSC pour traverser cette épreuve et que le message communiqué n’était pas celui que vous espériez obtenir. »

Cette décision tranche aussi avec l’injection de plus d’un milliard par le gouvernement canadien pour soutenir la recherche médicale sur la COVID, notamment pour développer un vaccin et des médicaments. Le premier ministre Trudeau en a fait l’annonce jeudi midi. Les nouveaux fonds s’ajoutent à un quart de milliard déjà promis à cette fin le mois dernier.

« La seule réponse à cette épidémie-là, elle va venir de la science, dit le chercheur Paul Jolicoeur de l’Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM), interrogé avant l’annonce de jeudi, mais qui s’est ensuite réjouit de celle-ci. Tout le monde veut un vaccin, mais c’est difficile de développer un vaccin. Il faut du temps et des moyens pour y arriver. Et nous sommes très chanceux de ne pas avoir à faire face à quelque chose comme le MERS [coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, détecté en 2012 pour la première fois]. Le taux de mortalité due à ce virus est à 30 ou 35 %. »

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