Une biobanque québécoise pour mieux lutter contre la COVID-19

Tous les patients hospitalisés pour la COVID-19 dans les 9 établissements participants peuvent donner de leur sang pour cette biobanque.
Photo: Chris Granger Associated Press Tous les patients hospitalisés pour la COVID-19 dans les 9 établissements participants peuvent donner de leur sang pour cette biobanque.

Il y a un mois a été créée sans tambour ni trompette la Biobanque québécoise de la COVID-19, qui recueille des échantillons de sang de personnes ayant subi un test de dépistage de la COVID-19. Cette banque provinciale de tissus biologiques et de données cliniques permettra aux scientifiques de mener divers projets de recherche visant notamment à élucider les facteurs génétiques qui prédisposent certains patients à souffrir d’une forme plus sévère de la maladie, et à étudier les anticorps que les patients guéris ont développés.

La mise sur pied de cette biobanque dédiée à l’étude de la COVID-19 s’est faite dans un temps record. Jusqu’à maintenant, neuf institutions hospitalières ont accepté d’y participer : l’Hôpital général juif, le CHUM, le CHU Sainte-Justine, le CUSM, le CHU de Sherbrooke, l’IUCPQ, le CHU de Québec et l’Hôpital de Chicoutimi.

Tous les patients hospitalisés dans ces établissements qui ont subi un test permettant de diagnostiquer la COVID-19, peu importe que le résultat de leur test se soit avéré positif ou négatif, peuvent donner de leur sang pour cette biobanque. « Certains patients ont pu se présenter à l’hôpital avec des symptômes semblables à ceux de la COVID-19, mais avoir été déclarés négatifs, leur contribution est aussi importante pour la recherche », précise Simon Rousseau, co-directeur de la biobanque.

« Compte tenu de la situation actuelle qui est très particulière, nous ne pouvions pas envoyer notre personnel de recherche au chevet des patients pour obtenir leur consentement, recueillir des échantillons de sang et des informations sur leur état de santé en raison des risques de contamination qui auraient nécessité que nous consommions du matériel de protection supplémentaire. On a donc dû adapter nos procédures habituelles à cette réalité. Après une bonne discussion avec les équipes cliniques qui vivent une pression énorme en ce moment, plusieurs intensivistes ont été convaincus [de la pertinence du projet] et ont enrôlé cliniciens et infirmières pour la collecte des échantillons », raconte le Dr Rousseau, qui travaille au Centre de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

« La procédure de consentement est en effet différente de ce qui se fait normalement parce qu’on ne peut pas introduire crayon et papier dans les chambres des malades. Le consentement se fait donc verbalement et est enregistré. Les patients seront recontactés à leur sortie de l’hôpital pour obtenir leur consentement écrit qu’ils pourront nous retourner. Nous sommes arrivés à ce type de consentement qui respecte les normes éthiques et légales grâce à une bonne collaboration entre les comités d’éthique, les équipes cliniques, de la biobanque et de recherche », précise le chercheur.

Afin de ne pas consommer davantage de ressources, les prélèvements sanguins destinés à la biobanque ne sont effectués que si le patient a déjà besoin d’une prise de sang pour des raisons cliniques. À cette occasion, deux ou quatre tubes de sang de plus sont prélevés à trois moments différents de leur hospitalisation (aux jours 0, 2 et 7) pour la banque.

Les responsables de la biobanque ont également obtenu des établissements hospitaliers l’accès aux données cliniques des participants. Puis, tandis que les échantillons biologiques sont entreposés dans les établissements participants, les informations cliniques sont rassemblées dans une même base de données centrale.

« La biobanque est avant tout un service qu’on offre aux chercheurs qui auraient besoin de ces échantillons pour leur projet de recherche. Or, nous avons commencé à recevoir des demandes de chercheurs avant même d’avoir récolté les premiers échantillons ! », affirme M. Rousseau.

Les sujets de recherche que permettra la banque sont nombreux. Un des tubes de sang sera réservé à l’analyse du génome du patient afin d’identifier les variantes génétiques qui rendraient certaines personnes plus susceptibles de développer des complications graves à la suite de l’infection. Un autre tube de sang pourra servir à étudier les anticorps neutralisants, soit leur nombre et leur stabilité dans le temps, car les participants seront recontactés trois et six mois plus tard. D’autres échantillons permettront de voir comment les niveaux de certains médiateurs de l’inflammation influencent l’évolution de la maladie. « Si des niveaux plus élevés sont associés à un pronostic moins favorable, on pourrait envisager d’utiliser des médicaments, ou agents biologiques, déjà existants qui permettent de bloquer ces médiateurs ou du moins, de diminuer leur action », fait valoir M. Rousseau.

Étant donné qu’un nombre important de personnes infectées souffrent d’une maladie chronique et prennent des médicaments pour traiter cette maladie, certains échantillons permettront d’éclaircir l’influence de cette comorbidité ou de ces médicaments sur l’issue de l’infection. D’autres chercheurs encore aimeraient étudier plus en détail l’effet de la COVID-19 sur la femme enceinte et sur l’enfant qui naîtra.

« La Biobanque souscrit au mouvement de la ‘science ouverte’, qui prévoit le partage des données, souligne Simon Rousseau. Nous l’avons inscrit dans notre cadre de gestion comme une des conditions d’utilisation du matériel biologique et des données cliniques de la banque afin de favoriser une recherche rapide, ouverte et accessible à tous les chercheurs. Le Fonds de la recherche du Québec en santé (FRQS) et Génome Québec qui financent la banque trouvent important qu’on partage les résultats, avant même leur publication, pour que la recherche progresse plus rapidement. »

À la fin de la semaine dernière, la biobanque avait déjà recueilli les échantillons de plus de 200 participants. Et l’équipe de la biobanque poursuivait ses démarches pour recruter d’autres centres hospitaliers du Québec.

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