Le coronavirus, maître viral dans l’art du camouflage

Selon une étude, environ 44% des infections sont transmises par une personne présymptomatique.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Selon une étude, environ 44% des infections sont transmises par une personne présymptomatique.

Selon une nouvelle estimation publiée mercredi dans la revue Nature Medicine, environ 44 % des infections sont transmises par une personne présymptomatique. Cette étude précise également le moment où les personnes seraient les plus contagieuses.

À partir de multiples prélèvements effectués sur 94 patients ayant été déclarés positifs à la COVID-19 et admis dans un hôpital de Canton (Guangzhou), en Chine, les auteurs de cet article ont d’abord constaté que la charge virale était la plus élevée au moment de l’apparition des symptômes et qu’elle décroît ensuite graduellement jusqu’à être indétectable 21 jours plus tard.

Ensuite, à partir de ces observations et de l’évaluation de l’intervalle de temps s’écoulant entre l’apparition des symptômes d’une première personne et l’apparition des symptômes de la personne qu’elle a infectée chez 77 paires de personnes, dont l’une a infecté l’autre, les chercheurs de la Guangzhou Medical University et de la University of Hong Kong ont pu calculer que les personnes infectées commencent à être contagieuses deux à trois jours avant l’émergence des symptômes et le sont particulièrement plus 0,7 jour avant de devenir symptomatiques. Ils ont également pu estimer que 44 % des transmissions étaient imputables à des personnes présymptomatiques.

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Les auteurs soulignent aussi que si même le virus peut être détectépendant 20 jours en moyenne après l’émergence des symptômes, son infectiosité, quant à elle, déclinerait significativement huit jours après l’arrivée des symptômes.

Des chercheurs ont en effet montré qu’il était impossible de cultiver les virus prélevés à ce stade de la maladie, car ceux-ci n’étaient plus contagieux.

« C’est rassurant de savoir que même si on excrète longtemps [jusqu’à 21 jours] des virus qui sont détectés par un test PCR [de dépistage virologique], ces virus ne sont plus nécessairement contagieux. Après huit jours, ce ne sont probablement que des traces, soit de l’ARN du virus, que l’on détecte, ce n’est pas nécessairement du virus infectieux », explique la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste infectiologue au CHUM.

À la façon de la grippe

Selon les auteurs de l’étude parue dans Nature Medicine, ces résultats indiquent que le profil infectieux de la COVID-19 ressemble davantage à celui de la grippe qu’à celui du SRAS, puisque les personnes atteintes du SRAS ne devenaient plus contagieuses que 7 à 10 jours après l’apparition des symptômes, tandis que dans le cas de la grippe, les personnes infectées sont particulièrement contagieuses au moment où elles deviennent symptomatiques ou un peu avant.

« Cette étude confirme que les transmissions asymptomatiques sont beaucoup plus fréquentes que ce qui avait été évalué au début de l’épidémie », souligne la Dre Tremblay.

Le fait que des personnes asymptomatiques transmettent la maladie « rend le contrôle de l’épidémie beaucoup plus difficile », fait remarquer Benoît Mâsse de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« D’un autre côté, cela voudrait peut-être dire qu’il y a pas mal plus d’infections dans la population qu’on pense. Comme on ne s’isole pas complètement tant qu’on n’a pas de symptômes, on peut donc transmettre le virus. Il y a peut-être beaucoup de transmissions parmi les asymptomatiques, chez les jeunes par exemple, mais on n’a pas la réponse, car on ne fait pas de tests sérologiques présentement au Québec. »

« En France, on estime qu’environ 10 à 15 % de la population a déjà été infectée par le SRAS-CoV-2. Or, s’il y a 15 % de personnes qui ont été infectées et qui sont maintenant guéries dans la population québécoise, ce serait une bonne nouvelle, car cela faciliterait le déconfinement. Mais il faut attendre de faire des tests sérologiques pour le savoir. »