Environ 25% des personnes infectées seraient asymptomatiques

Un panneau en plexiglas et des gants en latex pour protéger la caissière de cette pharmacie
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un panneau en plexiglas et des gants en latex pour protéger la caissière de cette pharmacie

Les personnes asymptomatiques, ces personnes infectées, mais qui ne présentent aucun symptôme, peuvent transmettre la COVID-19. Des données de plus en plus nombreuses le confirment. Certaines études suggèrent même que ces porteurs sains seraient responsables de la moitié des contaminations, mais en réalité, le rôle de ces vecteurs invisibles dans la propagation de l’épidémie demeure difficile à quantifier pour le moment.

« Parmi les personnes qui se disent asymptomatiques, il y en a beaucoup qui ont présenté de légers symptômes qu’elles n’ont pas associés à la COVID-19 », souligne d’entrée de jeu le Dr Don Vinh, médecin microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill. « Le spectre des symptômes de la COVID-19 est très large, et de nouveaux symptômes ont été identifiés récemment, comme les maux de gorge, les céphalées, des douleurs musculaires et des selles molles. En fait, trois quarts des personnes infectées développeront des symptômes, mais ceux-ci ne seront pas nécessairement graves. »

 

Néanmoins, certains individus élimineront le virus sans qu’aucun symptôme ne se soit manifesté. Il ne s’agit toutefois que d’une minorité, soit de 20 à 25 % des personnes infectées. « Le virus se multiplie dans l’organisme de ces individus et pourra se retrouver dans leurs sécrétions respiratoires, dont notamment leur salive. Et c’est la raison pour laquelle elles peuvent transmettre la maladie. Quand nous parlons et expirons, ces sécrétions respiratoires sont projetées dans l’air ambiant, on le voit bien l’hiver en raison de leur condensation. Elles ne sont toutefois pas projetées avec autant de force que lorsqu’une personne tousse », précise le Dr Vinh.

 

« Or, comme les personnes asymptomatiques ne toussent pas, elles ne projettent pas une grande quantité de virus. Ce n’est pas une seule particule virale qui induira la COVID-19, il faudra être exposé à une certaine dose minimale de virus. Par exemple, les membres du personnel de la santé qui ont contracté la COVID-19 ont été infectés après avoir pris soin d’un patient symptomatique qui expulse des sécrétions bourrées de particules virales pendant dix minutes. Mais une telle exposition n’est pas commune dans le grand public. »

De plus, les coronavirus comme le SRAS-CoV-2 ne se transmettent pas vraiment par les aérosols, c’est-à-dire ces fines particules qui restent longtemps dans l’air et voyagent sur de longues distances, mais plutôt par les gouttelettes projetées lors d’une toux, rappelle le spécialiste.

Pour toutes ces raisons, les personnes asymptomatiques transmettent probablement le virus principalement par les mains : en se grattant le nez, en se touchant la bouche ou en manipulant un ustensile qui a été porté à leur bouche, puis en touchant d’autres surfaces, affirme le Dr Vinh.

Parmi les personnes asymptomatiques, on retrouve aussi les personnes présymptomatiques, c’est-à-dire qui ont été infectées et qui développeront des symptômes ultérieurement. Des études ont montré que les personnes présymptomatiques sont en moyenne contagieuses 24 à 48 heures avant l’apparition des symptômes, comme dans le cas de la grippe.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les personnes asymptomatiques transmettent probablement le virus principalement par les mains.

« Il est certain que les gens ayant peu ou pas de symptômes qui circulent dans la communauté peuvent transmettre l’infection et contribuent à l’épidémie. Mais on ne sait pas exactement quelle est leur contribution, car, notamment, il est très difficile de dénombrer les personnes qui sont vraiment asymptomatiques, dans la mesure où de nombreuses personnes éprouveront un peu de fatigue ou de légères douleurs musculaires qu’elles n’attribueront pas à la COVID-19, et aussi parce qu’on ne teste pas les personnes asymptomatiques. Pour connaître le vrai taux d’asymptomatiques, il faudrait dépister tout le monde, mais nous ne sommes pas en mesure de le faire. La seule chose que l’on puisse affirmer est qu’on estime que 20 à 25 % des personnes qui se sont déclarées asymptomatiques [ayant reçu un test positif] peuvent contribuer à la transmission », précise le Dr Vinh.

« Comme il est actuellement presque impossible de savoir quelles personnes asymptomatiques portent le virus dans leurs sécrétions respiratoires parce qu’on ne teste pas tout le monde, on doit présumer que tout le monde est contagieux et, dans ce cas, on doit appliquer les mesures de prévention recommandées, soit celles de garder une distance de deux mètres avec autrui, d’éviter les rassemblements, comme les mariages, et les rencontres avec d’autres personnes que celles avec lesquelles nous vivons à la maison, de se laver les mains régulièrement, de pratiquer l’hygiène respiratoire. Si on suit ces mesures à la lettre, on sera bien protégé contre les personnes asymptomatiques. »

Le port du masque fait l’objet d’un grand débat présentement. « L’OMS, les CDC, les directeurs de la santé publique provinciaux ont changé leur discours. Ils disent maintenant aux gens qu’ils peuvent porter un masque maison, mais cela sert plus à soulager leur anxiété. Le grand public n’est absolument pas exposé aux mêmes risques que les professionnels de la santé. Les gens ne savent pas comment porter un masque correctement, comment l’enlever adéquatement sans se contaminer, comment l’entretenir afin d’éviter des contaminations et des transmissions d’infection. Et il ne faut pas oublier que les virus peuvent entrer aussi par les muqueuses de leurs yeux. Certains jettent même leur masque dans la rue. À l’hôpital, nous jetons les masques dans des poubelles spécifiques pour les vêtements contaminés qui seront traités de façon particulière. Ces façons de faire vont à l’encontre de la protection que devrait apporter un masque ! », fait-il remarquer.



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