La course au traitement contre le coronavirus

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Des milliers de chercheurs dans le monde s’efforcent de trouver un traitement  contre le nouveau coronavirus, responsable de  la pandémie de COVID-19.
Agence France-Presse Des milliers de chercheurs dans le monde s’efforcent de trouver un traitement contre le nouveau coronavirus, responsable de la pandémie de COVID-19.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche sur la COVID-19

Le 11 mars dernier, le premier ministre Justin Trudeau annonçait un investissement de 53 millions de dollars visant à augmenter les capacités en matière de recherche dans le cadre de la réponse du Canada à la pandémie de COVID-19. Très vite mis en branle, le programme a sélectionné 96 projets prometteurs. L’équipe du professeur Richard Leduc, de l’Université de Sherbrooke, recevra notamment 865 000 $ pour approfondir ses recherches en la matière.

Le projet de l’équipe de Richard Leduc, professeur au Département de pharmacologie-physiologie de l’Université de Sherbrooke, se base sur le fait que le nouveau coronavirus ne peut s’introduire seul dans les cellules de l’hôte, à savoir l’individu malade.

« Pour se propager dans l’organisme, il faut notamment que la protéine appelée Spike, située à la surfacedu virus, soit coupée par des enzymes localisées à la surface de la cellule hôte, explique le professeur joint au téléphone. C’est seulement comme cela que le virus peut pénétrer dans la cellule et se multiplier. La stratégie de mon laboratoire, c’est de mettre au point des composés qui vont inhiber l’activité des enzymes et,donc, empêcher le virus d’entrer dans la cellule. Les virus restants à l’extérieur seront alors détruits par les cellules du système immunitaire de l’hôte. »

Contrairement à d’autres approches, comme celles qui consistent à mettre un vaccin au point en se concentrant donc sur la fabrication d’anticorps, l’équipe de Sherbrooke travaille à empêcher le virus de s’installer dans l’organisme.

« C’est une stratégie que nous avions développée il y a plusieurs années en travaillant sur le virus de la grippe, explique le chercheur. Cela avait fonctionné sur des souris. Les molécules que nous avions développées faisaient en sorte que les souris passaient plus facilement à travers la grippe. Elles perdaient beaucoup moins de poids. Étant donné qu’il y a des similitudes entre la grippe et le coronavirus, nous avons eu l’idée de tester nos molécules pour la COVID-19. »

Études pharmacocinétiques

Les chercheurs ont continué à travailler sur leurs composés, et ceux-ci sont aujourd’hui plus stables. Ils devraient ainsi demeurer plus longtemps intacts dans l’organisme.

« J’utilise le conditionnel, car rien n’est sûr dans cette course au traitement, précise M. Leduc. Il reste de nombreuses phases avant que l’on puisse mettre un traitement sur le marché. Il faut faire des tests d’abord sur des cellules, puis sur des animaux, vérifier l’innocuité de la molécule, voir comment on peut l’administrer, par voie orale ou enintraveineuse, en préventif ou en curatif. Ce sont de nouveaux médicaments, il faut prendre beaucoup de précautions. »

Ces études pharmacocinétiques coûtent des millions de dollars, et le laboratoire n’a pas le budget pour cela. Il n’a d’ailleurs pas non plus les infrastructures pour faire les tests avec le virus lui-même. Richard Leducs’est associé avec le Dr François Jean, du Département de microbiologie et immunologie de l’Université de Colombie-Britannique, le Dr Éric Marsault, de l’Université de Sherbrooke, et il collabore également avec le Dr Gary Whittaker, professeur de virologie à l’Université Cornell, aux États-Unis.

« Le problème, c’est que ces laboratoires ne possèdent pas encore le virus, indique le professeur. On leur a envoyé nos molécules, mais ils doivent recevoir les stocks viraux afin d’infecter leurs cellules et leurs modèles animaux afin de commencer les tests. Le virus, il n’y a que quelques places dans le monde qui le fabriquent. Ça va prendre encore trois ou quatre mois avant qu’on sache si nos molécules fonctionnent sur des animaux. »

Des recherches complémentaires

Si les molécules sont efficaces, on doit demander l’autorisation pour un nouveau médicament de recherche (NMR) avant de passer aux essais cliniques chez l’humain. À moins que Santé Canada ne décide que la menace est tellement grande qu’il faut accélérer le mouvement et sauter certaines étapes, le médicament développé à Sherbrooke a peu de chance de se retrouver dans les mains des médecins avant l’été 2021… Le vaccin n’aura-t-il pas été déjà trouvé à ce moment-là ?

« C’est vrai que certains laboratoires pharmaceutiques en sont déjà à produire leur vaccin, répond le professeur. Mais ce n’est pas pour autant que nous devons nous arrêter de chercher. Certaines années, le vaccin contre la grippe est très peu efficace, il y a des risques qu’il en soit de même avec le coronavirus. On voit que de nouvelles souches sont en train d’apparaître. On est en face d’un virus nouveau, fulgurant, les gens n’ont pas bâti leur système immunitaire contre lui. Il y a desmilliers de chercheurs dans le monde qui travaillent à trouver un traitement, quel qu’il soit. Tout cela est complémentaire. »

Dans cette course de fond à laquelle se livrent nombre de laboratoires tant publics que privés à l’échelle de la planète, quelques gagnants sortiront du lot et engrangeront des milliards de dollars. Mais les vrais gagnants de cette course seront les millions de malades infectés aujourd’hui ou demain par le nouveau coronavirus.

Les chercheurs mobilisés

D’un océan à l’autre, ils tentent de trouver des réponses à l’éclosion de la pandémie. En voici quelques exemples.

• Tirer les leçons du SRAS

Il y a quelques années, le Dr Josef Penninger, directeur de l’Institut des sciences de la vie de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) et titulaire de la chaire Canada 150 en génétique fonctionnelle, a fait partie de l’équipe ayant découvert la voie par laquelle le SRAS entrait dans les cellules humaines avant de se répliquer. Or, il se trouve que le nouveau coronavirus utilise le même mécanisme, affirme-t-il, ajoutant que le médicament mis au point pour contrer le SRAS a déjà été testé sur l’homme et que des essais cliniques pourraient ainsi démarrer dans les prochains jours.

• Trouver un vaccin

La compagnie albertaine de biotechnologie Entos Pharmaceuticals affirme quant à elle être en mesure de mettre au point un vaccin contre le coronavirus relativement rapidement. Son innovation s’appuie sur la vaccination par injection d’ADN et non, comme la plupart des vaccins, par injection de faibles doses du virus. John Lewis, président de la firme et professeur d’oncologie à l’Université de l’Alberta, explique que dans le cas de la vaccination par ADN, c’est le corps du patient qui fait le travail. Le liquide injecté commande au corps de produire quelques protéines du virus pour encourager une réaction immunitaire. Les tests précliniques démarreront dans les prochains jours.

• Dépister plus rapidement

Une équipe composée de chercheurs de l’Université de Montréal et de l’Université Laval travaille à la mise au point d’un appareil écourtant le délai de réponse au test de dépistage de la COVID-19. En quelques minutes seulement, l’instrument indiquera si l’échantillon contient les anticorps du coronavirus, une opération qui prend actuellement plusieurs heures. L’équipe, composée des professeurs Jean-François Masson, Joëlle Pelletier, Denis Boudreau et Qing Huang, a déjà travaillé sur un prototype capable de détecter les réactions allergiques à un médicament contre la leucémie et a obtenu des résultats positifs.

• Se préparer aux futures pandémies

Srinivas Murthy, professeur au Département de pédiatrie de l’UBC, est le coprésident du comité de recherche clinique de l’OMS pour le nouveau coronavirus. Ce groupe cherche à établir la meilleure description de la COVID-19, afin de pouvoir déterminer quel type de population est plus susceptible de tomber malade et de développer des symptômes plus graves. Selon M. Murphy, l’apparition de virus susceptibles de déclencher des pandémies va devenir « notre nouvelle réalité », nous devons donc être en mesure de répondre de façon vigoureuse et efficace.

• Coordonner la recherche

Cette grande mobilisation pour relever le défi de la COVID-19 nécessite la mise en place d’un mécanisme de coordination afin d’acheminer les propositions et les premiers résultats vers les instances gouvernementales. Dans cette optique, les Fonds de recherche du Québec (FRQ), le ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI) et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ont mis sur pied un groupe de travail ayant pour mandat de coordonner toutes les actions menées par des scientifiques.