Perte d’odorat, un autre symptôme de la COVID-19

<p>Cette perte d’odorat, qu’on appelle anosmie, a été observée chez plusieurs personnes ne présentant pas nécessairement d’autres symptômes de la COVID-19 et, surtout, dont le nez ne coule pas et n’est pas bouché.</p>
Photo: Getty Images

Cette perte d’odorat, qu’on appelle anosmie, a été observée chez plusieurs personnes ne présentant pas nécessairement d’autres symptômes de la COVID-19 et, surtout, dont le nez ne coule pas et n’est pas bouché.

Les médecins de plusieurs pays, dont la France, l’Allemagne, les États-Unis et la Corée du Sud, ont remarqué qu’une certaine proportion des personnes infectées par le SRAS-CoV-2 présentent une perte d’odorat, un symptôme qui n’avait pas été clairement associé à la COVID-19 jusqu’à maintenant, mais qui doit désormais être considéré avec attention. Selon les experts, ce symptôme serait aussi le signe que le coronavirus parvient à infecter le système nerveux central.

Cette perte d’odorat, qu’on appelle anosmie, a été observée chez plusieurs personnes ne présentant pas nécessairement d’autres symptômes de la COVID-19 et, surtout, dont le nez ne coule pas et n’est pas bouché. En Allemagne, les deux tiers des patients interrogés ont décrit une perte d’odorat et de goût qui a duré plusieurs jours. En Corée du Sud, une étude ayant porté sur 2000 patients ayant été diagnostiqués positifs au SRAS-CoV-2 indique que 30 % d’entre eux ont présenté ce symptôme. En France, où les spécialistes en ORL ont observé une recrudescence d’anosmie et d’agueusie (perte de goût) subites chez des personnes ne présentant pourtant ni écoulement ni obstruction nasale, la direction générale de la santé demande à ces personnes de s’isoler, car il est fort probable qu’elles soient atteintes de la COVID-19.

Ces observations ne surprennent pas Pierre Talbot, virologue à l’INRS-Institut Armand-Frappier, qui a démontré que le coronavirus qui cause les rhumes communs peut atteindre le système nerveux en pénétrant par le nez, puis en empruntant le nerf olfactif qui rejoint le centre de l’odorat situé dans le cerveau.

Lorsqu’il a eu accès à une banque de cerveaux, M. Talbot a même observé que le quart des cerveaux de personnes décédées qu’il avait analysés contenaient des coronavirus du rhume, ce qui indique que « le virus persiste dans le cerveau », souligne-t-il. « J’ai alors émis l’hypothèse que le coronavirus du rhume pouvait causer des problèmes neurologiques en infectant des neurones. Et par la suite, j’ai effectivement confirmé que le coronavirus peut infecter des neurones humains en culture. »

M. Talbot a également montré que le SRAS-CoV-1 responsable de l’épidémie de SRAS en 2003, ainsi que le coronavirus responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), deux coronavirus très semblables génétiquement au SRAS-CoV-2 peuvent aussi atteindre le cerveau et y infecter des neurones.

Or, dans un article publié tout récemment, Abdul Manna Baig et ses collègues de l’Université Aga Khan, de Karachi, au Pakistan, confirment la présence de récepteurs permettant l’entrée du SRAS-CoV-2 dans une cellule sur des neurones et des cellules gliales du système nerveux central humain.

Dans un autre article publié le 17 mars dans le Journal of Medical Virology, Yan-Chao Li de l’Université Jilin, à Changchun, en Chine, et ses collègues rappellent diverses données et observations mettant en évidence l’aptitude des coronavirus à migrer jusqu’au cerveau, où ils infectent les neurones. Dans leur article, ils relatent notamment des études menées chez des souris transgéniques ayant été infectées par le SRAS-CoV-1 ou le MERS-CoV par les voies nasales, et qui montraient que ces deux coronavirus pouvaient « entrer dans le cerveau, probablement par le nerf olfactif, et qu’ensuite, ils se propageaient rapidement dans certaines régions spécifiques du cerveau, dont notamment le thalamus et le tronc cérébral ».

Or, comme le centre de contrôle de la respiration se situe justement dans le tronc cérébral, les chercheurs s’interrogent sur le rôle que peuvent avoir les SRAS-CoV-2 qui ont envahi le tronc cérébral et infecté les neurones responsables du contrôle cardio-respiratoire sur la détresse respiratoire que présentent les patients atteints de la forme grave de la COVID-19.