Un vaccin aux essais cliniques en accéléré

Un premier essai clinique visant à tester un vaccin expérimental contre le SRAS-CoV-2 aurait débuté lundi, à Seattle.
Photo: iStock Un premier essai clinique visant à tester un vaccin expérimental contre le SRAS-CoV-2 aurait débuté lundi, à Seattle.

Plusieurs médias rapportaient mardi qu’un premier essai clinique visant à tester un vaccin expérimental contre le SRAS-CoV-2 avait débuté lundi, à Seattle. Un premier volontaire avait reçu une dose de ce vaccin mis au point par des chercheurs états-uniens qui espèrent le rendre disponible à la population dans un an. Comment est-ce possible, alors que tous les experts affirment que la mise en marché d’un vaccin efficace prend généralement une dizaine d’années ?

Cette équipe a-t-elle vraiment pu effectuer toutes les étapes préliminaires à des essais cliniques, dont les études précliniques qui visent à évaluer l’efficacité et la toxicité du produit chez l’animal ? « Oui, [cette étape préclinique] peut se faire en trois à quatre mois quand elle est vraiment bien coordonnée. On pourrait faire aussi rapidement ici, [au Canada], sauf que pour l’instant on n’a pas eu l’occasion d’avoir un support immédiat, il y a deux mois, pour se lancer à pleine vitesse là-dedans. J’espère que le Canada va investir et accélérer le processus d’autorisation », répond Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, qui a déjà mis au point un vaccin contre l’Ebola en un temps record.

Le vaccin qui a été administré à un premier individu aux États-Unis et qui devrait l’être à 44 autres adultes en bonne santé âgés de 18 à 55 ans a été conçu par des scientifiques des National Institutes of Health (NIH) américains et de l’entreprise Moderna située à Cambridge, au Massachusetts. Il s’agit d’un vaccin à ARN qui consiste à injecter la séquence génétique de la protéine de surface du virus, sous forme d’ARN, qui synthétisera la protéine virale dans l’organisme. « Cette technologie est plus jeune, plus expérimentale [que les autres approches]. Nous avons donc moins de connaissances et très peu de données [de son innocuité] chez l’humain. Néanmoins, elle mérite d’être testée », affirme M. Kobinger.

En plus de disposer du financement nécessaire, cette équipe américaine aurait été exemptée de certains tests chez l’animal avant de recevoir l’autorisation pour commencer des essais chez l’humain, ce qui leur aurait permis de procéder aussi rapidement.

Autres approches

L’entreprise pharmaceutique américaine Inovio a, elle aussi, annoncé mardi qu’elle serait en mesure d’injecter son vaccin à ADN à des humains le mois prochain. « Ce vaccin se compose de la séquence d’ADN qui code pour la protéine de surface. Cet ADN sera transcrit en ARN dans les muscles avant de synthétiser la protéine », explique M. Kobinger qui a participé à l’élaboration de ce vaccin.

L’entreprise biopharmaceutique Medicago de Québec vient, pour sa part, de préparer en seulement 20 jours un vaccin constitué de particules pseudo-virales (PPV) qui ont été fabriquées par des plantes auxquelles on a inoculé le gène d’une protéine présente à la surface du virus qui est reconnue comme étant capable de générer une réponse immunitaire protectrice. « Les particules produites par la plante ressemblent au virus, mais ne contiennent pas leur matériel génétique qui les rendrait infectieuses. Elles agissent comme un leurre pour le système immunitaire qui croit voir le virus et induit alors une réponse immunitaire protectrice comme s’il y avait une infection, mais sans les effets secondaires associés à l’infection. De plus, contrairement aux vaccins classiques contre la grippe qui n’induisent que la production d’anticorps neutralisants, les PPV provoquent une réponse immunitaire plus complète, comprenant non seulement la production d’anticorps qui vont neutraliser les virus circulants, mais aussi une réponse cellulaire qui est importante pour détruire les cellules infectées », explique Nathalie Charland, directrice des affaires scientifiques et médicales chez Medicago.

Medicago commencera dans les prochains jours à injecter ces PPV à des animaux dans le but de vérifier leur innocuité et de déterminer la dose à laquelle ils exercent un effet protecteur. « Pendant ce temps-là, nous débuterons la production de doses selon les bonnes pratiques de fabrication qui sont exigées pour les études cliniques chez l’humain », précise-t-elle.

« Medicago est la seule compagnie pharmaceutique à disposer d’une usine de production de doses de qualité clinique sur le territoire canadien, fait remarquer Gary Kobinger. Ce qui veut dire qu’on peut concevoir un vaccin et l’amener en clinique jusqu’en phase 3, au Canada. Ce serait un gros avantage de le faire. Si on perd cette opportunité-là, on demeurera toujours dépendant des autres pays qui favoriseront leur population avant la nôtre. »

« Discussion active »

L’entreprise québécoise a frappé à plusieurs portes pour obtenir le financement nécessaire à la réalisation d’essais cliniques qui coûtent des millions de dollars. Elle est aussi « en discussion active avec Santé Canada et la Food and Drug Association (FDA) » dans l’espoir de pouvoir accélérer certaines étapes précliniques permettant de passer le plus tôt possible en clinique. Si toutes ces conditions se réalisent, un vaccin québécois pourrait être disponible dans un an.

Gary Kobinger insiste néanmoins sur l’importance de « tester toutes les approches pour identifier celle qui sera la plus efficace. Car on sait qu’il y a eu des vaccins par le passé, notamment des vaccins à pathogènes chimiquement inactivés contre le SRAS, qui ont aggravé les infections. Et c’est ce qu’on veut éviter », dit-il.