Chaînes de blocs: dompter la décentralisation de l'informatique

Jeremy Clark, titulaire de la Chaire de recherche industrielle en technologie de chaînes de blocs de l’Université Concordia, explore avec son équipe les différentes applications possibles pour la technologie des chaînes de blocs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Jeremy Clark, titulaire de la Chaire de recherche industrielle en technologie de chaînes de blocs de l’Université Concordia, explore avec son équipe les différentes applications possibles pour la technologie des chaînes de blocs.

La plateforme numérique Ethereum, fondée sur la technologie des chaînes de blocs, est encore peu connue du grand public. Elle pourrait toutefois permettre de réaliser des avancées considérables dans divers domaines, dont celui des finances, croit Jeremy Clark, titulaire de la Chaire de recherche industrielle en technologie de chaînes de blocs à l’Université Concordia.

Les chaînes de blocs sont surtout associées au bitcoin, une monnaie virtuelle apparue en 2009. « Il s’agit de la première monnaie complètement décentralisée à avoir été créée, explique Jeremy Clark. Les bitcoins ne sont associés à aucune banque et à aucun gouvernement. »

Tandis que le bitcoin n’est qu’une devise, Ethereum est une plateforme de chaînes de blocs « sur laquelle on peut programmer ce que l’on veut », explique le professeur à l’Institut d’ingénierie des systèmes d’information de l’École de génie et d’informatique Gina-Cody de Concordia.

« Les chaînes de blocs reposent sur un réseau pair-à-pair sur Internet, poursuit-il. Ce sont des ordinateurs, connectés entre eux, qui font fonctionner le système. Il n’y a personne qui est responsable du système en tant que tel. » En raison de leur fonctionnement décentralisé et cryptographié, les chaînes de blocs offrent un environnement sécuritaire pour tout type de transactions.

Les applications créées sur Ethereum sont appelées applications décentralisées. Leur code informatique est en « open source » et elles ne dépendent d’aucune autorité centrale.

Ethereum a sa propre cryptomonnaie, appelée ether. « Le principal problème avec ether, c’est son extrême volatilité, comme pour les bitcoins. » Une volatilité beaucoup plus grande que pour les devises étatiques aux prises avec les plus importants problèmes d’hyperinflation, note-t-il.

Multiples applications

Avec son équipe de recherche, Jeremy Clark explore les différentes applications possibles pour la technologie des chaînes de blocs. Parmi celles-ci : une contribution au développement d’une cryptomonnaie plus stable, appelée stablecoin, et la mise sur pied d’une plateforme pour les carnets de commandes. « On regarde comment on peut bâtir un espace d’échanges pour les acheteurs et les vendeurs directement sur les chaînes de blocs. Ainsi, personne n’est responsable de la plateforme, mais n’importe qui peut l’utiliser. Les régulateurs sont vraiment intéressés par la faisabilité de ce projet. »

Jeremy Clark explore également la question des marchés de prédiction. « C’est une façon de miser sur des événements futurs. » Un marché de prédiction peut être créé pour n’importe quel événement où un gagnant sera couronné : une élection, un match sportif, un prix prestigieux. Chaque acteur du marché mise sur le concurrent de son choix. Ainsi donc, le cours de chaque concurrent représente la probabilité que celui-ci gagne.

« Il a été démontré que les prédictions de ces marchés sont plus près de la réalité que les sondages », relève Jeremy Clark, attribuant ceci au fait que les participants misent leur propre argent, ce qui fait en sorte qu’ils sont plus honnêtes dans leurs choix.

Jeremy Clark travaille également avec l’Autorité des marchés financiers et de grandes firmes de comptables afin de déterminer comment les compagnies qui utilisent la technologie des chaînes de blocs peuvent être auditées.

« C’est tellement nouveau comme technologie. C’est difficile d’établir ce que ça veut dire exactement de posséder un bitcoin, souligne-t-il. Nos travaux permettent d’établir comment on peut réaliser des audits. Notre conclusion est que les entreprises qui évoluent dans ce nouvel environnement sont confrontées aux mêmes enjeux que les autres compagnies, mais simplement sous une forme différente. »

Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.