UQAM: cartographier les eaux souterraines

Gabrielle Tremblay-Baillargeon Collaboration spéciale
«Il y a encore des lacunes dans notre façon d’aborder cette protection des milieux naturels», explique la professeure Marie Larocque.
Photo: Nathalie St-Pierre «Il y a encore des lacunes dans notre façon d’aborder cette protection des milieux naturels», explique la professeure Marie Larocque.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

Professeure au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère del’UQAM depuis vingt ans, Marie Larocque a récemment obtenu la Chaire de recherche Eau et conservation du territoire.

« C’est une chaire qui vient consolider des travaux qui existaient déjà, mais c’est aussi un tremplin pour travailler de manière plus formelle et concrète avec les organismes de conservation », explique-t-elle. Leur partenaire principal, Conservation de la nature Canada (CNC), est un organisme qui fait l’acquisition de territoires à travers le pays dans le but de les protéger. « Au bureau de Québec, on se questionne sur les méthodes utilisées pour déterminer quels sont les meilleurs sites à conserver, parce que ces méthodes ne tiennent pas compte des facteurs hydrologiques ou hydrogéologiques », poursuit Marie Larocque. « On peut protéger le territoire qui entoure un milieu humide, mais, si on ne le fait pas pour sa zone d’alimentation et qu’il ne reçoit plus d’eau, ça ne sert à rien ! Le but, c’est de protéger ces milieux naturels qui sont dépendants des eaux souterraines et de comprendre comment ils fonctionnent pour mieux les protéger tout en développant le territoire et en utilisant nos ressources », ajoute-t-elle.

Mieux connaître notre territoire

Il faut dire qu’au Québec, on prend encore très peu en compte les eaux souterraines quand vient le temps de faire de la conservation et de la protection du territoire. « Même des réglementations québécoises ne considèrent pas vraiment l’hydrologie autour des milieux humides. Il y a encore des lacunes dans notre façon d’aborder cette protection des milieux naturels », explique Marie Larocque. Heureusement, les temps changent et, à la demande du ministère de l’Environnement, une poignée de géologues ont eu l’occasion de faire des études « assez approfondies » sur les eaux souterraines du Québec afin d’en tisser une cartographie rigoureuse.

Les données récoltées servent à tous ceux qui doivent faire des interventions concernant la conservation du territoire, des municipalités aux consultants en passant par les entités gouvernementales. Les MRC, par exemple, doivent rédiger des plans de protection et de conservation des milieux humides d’ici 2021-2022, mais n’ont que très peu d’informations pour mettre en place leurs programmes. « Mes études visent à proposer une plus grande compréhension des phénomènes, mais aussi à développer des outils de prise de décision », explique Mme Larocque.

L’objectif, donc c’est toujours de mieux connaître notre territoire. Et avec l’intensification de l’occupation et les effets des changements climatiques des soixante dernières années, il est parfois difficile de faire desprévisions justes sur le comportement des eaux souterraines. « On a cheminé beaucoup. Maintenant, il nous reste à saisir les répercussions de notre utilisation du territoire et de cette eau sur la pérennité et la résilience des ressources en eau, puis des milieux naturels qui en dépendent », conclut la professeure.