Vulgariser grâce à la bande dessinée

Jessica Dostie Collaboration spéciale
Il y a différents points de vue au sein du couple quant à l’idée d’agrandir la famille après avoir eu un premier bébé.
Photo: Phil Bernard Il y a différents points de vue au sein du couple quant à l’idée d’agrandir la famille après avoir eu un premier bébé.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

Les conclusions d’une étude menée par la sociodémographe Laurence Charton ont été transposées en images par la bédéiste Sophie Bédard. Et ce n’est pas fini ! De nouveauxthèmes s’ajouteront aux deux récits déjà publiés. Objectif : « informer et rendre accessible ce qu’on fait », résume la chercheuse.

Ces courtes bandes dessinées d’une planche chacune font écho aux récents travaux de recherche de Laurence Charton, de l’Institut national de la recherche scientifique(INRS), qui s’intéresse au champ de la famille. Plus spécifiquement, « Avoir ou non un enfant au Québec :conditions, moments et motivations » vise à mieux comprendre ce qui incite, depuis les années 1960, les Québécois à avoir ou non des enfants.

Au cœur du récit : Amélie et ses questionnements sur son désir d’enfant. Dans la première planche, la protagoniste et quelques amis confient leurs appréhensions à l’idée de fonder une famille. La seconde, qui se déroule quelque temps plus tard, met en scène une fête prénatale où certains des personnages attendent la venue de la cigogne. Suivrontd’autres bandes dessinées, par exemple sur le choix du prénom ou encore sur le moment où les couples décident officiellement, ou pas, de cesser de recourir à la contraception.

Illustration: Sophie Bédard Les conclusions des travaux de recherche de Laurence Charton sur le désir - ou non - d'avoir un enfant ont été transposées en bandes dessinées.

Une enquête sociale générale

Laurence Charton rédige les textes en s’inspirant des données — à la fois quantitatives et qualitatives — qu’elle a recueillies dans le cadre de sa recherche. Alors que le volet quantitatif reprend certaines statistiques issues de l’Enquête sociale générale de 2011, l’analyse qualitative, elle, a été réalisée à partir d’entretiens avec une soixantaine de ménages québécois, des couples avec ou sans enfant, certains qui prévoient en avoir ou d’autres encore qui ont fait une croix sur le projet.

« Ma question de départ était :pourquoi les couples ont-ils des trajectoires familiales différentes ? » indique la professeure, jointe en Nouvelle-Zélande, où elle se trouve actuellement.

Sa recherche lui aura finalement permis de confirmer que leurs parcours de vie « sont influencés par plein de choses », de l’expérience familiale à l’entourage amical, en passant par la pression sociale. « Certaines personnes pensent que, pour être une femme accomplie, il faut avoir des enfants », rappelle-t-elle.

« Là où survient cette pression, estime Laurence Charton, c’est quand un individu dit qu’il a commencé à sentir son horloge biologique. Et ce qui est intéressant, c’est que même certains hommes ont affirmé sentir la leur. » On voit là l’importance d’une certaine norme sociale, continue-t-elle : « On ressent cette pression parce que, en fait, c’est ce qui est attendu de nous. »

Certains résultats obtenus l’ont cependant étonnée, à commencer par les différences de points de vue au sein du couple quant à l’idée d’agrandir la famille après avoir eu un premier bébé. « Ces divergences tournent surtout autour de la question des tâches domestiques, explique-t-elle. Les hommes étaient généralement prêts à avoir d’autres enfants, mais pas les femmes. »

Une piste qui engendre de nombreuses interrogations sur la charge mentale des femmes en général et des jeunes mères en particulier. De ce constat est d’ailleurs né un nouveau projet de recherche visant cette fois à « voir l’usage des applications mobiles pour la gestion du travail domestique ».