Le mieux-vieillir dans la ligne de mire

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Plusieurs professeures de l'Université de Sherbrooke ont fait du vieillissement leur principal objet de recherche.
Photo: Micheile Henderson / Unsplash Plusieurs professeures de l'Université de Sherbrooke ont fait du vieillissement leur principal objet de recherche.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

Une maison intelligente pour rendre autonomes les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, la prévention des chutes chez les gens âgés… ce n’est là qu’un aperçu des études menées par des professeures de toutes les facultés de l’Université de Sherbrooke qui ont fait du vieillissement leur principal objet de recherche.

Après avoir été professeure en informatique, Hélène Pigot a voulu faire un saut en ergothérapie pour délaisser l’ordinateur et se rapprocher des gens. Lorsque les objets connectés ont commencé à faire leur apparition, elle a vu un intérêt à lier ces deux disciplines et est retournée au Département d’informatique de l’Université de Sherbrooke (UdeS).

« Si l’informatique a contribué à aider les gens qui ont des handicaps physiques et perceptuels, elle peut aussi améliorer la vie de ceux qui sont atteints de handicaps cognitifs, comme dans la maladie d’Alzheimer », souligne-t-elle.

Avec son collègue, elle a développéun appartement intelligent, muni d’objets connectés qui visent à maintenir à domicile les personnes âgées ou les gens atteints de troubles cognitifs en les rendant autonomes.

Redonner de la liberté aux gens

Son équipe travaille sur l’organisation en cuisine des gens qui ont vécuun traumatisme crânien et qui demeurent encore à la maison. « Pour ces personnes ou celles atteintes de la maladie d’Alzheimer, la cuisine exige beaucoup d’organisation, mentionne-t-elle. On connecte ainsi la cuisinière avec d’autres capteurs situés dans la résidence pour savoir où la personne se trouve etpour lui rappeler, par exemple, qu’ellene peut faire une autre tâche si elle a quelque chose sur le feu. »

Si son rond de poêle est allumé et qu’elle décide d’aller prendre une douche, elle sera avisée. Si elle ne peut revenir surveiller ce qui se passe en cuisine, un signal coupe alors la cuisinière. « C’est vraiment l’idée de redonner des pouvoirs et de la liberté à ces gens, soutient-elle. La beauté de l’informatique, c’est aussi que l’on peut personnaliser les fonctions selon les capacités d’une personne, notamment sa durée d’attention. »

 
80 %
C’est le pourcentage de risques supplémentaires de chuter à l’âge de 70 ans comparativement à un quinquagénaire

Les applications sont multiples. Elles peuvent ainsi réussir à calmer une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer qui se lève en pleine nuit et qui est désorientée et l’inciter à retourner se coucher. Il peut s’agir de chemins lumineux, un peu comme dans les avions, qui montrent le chemin vers la chambre et la salle de bain, ou encore d’une voix semblable à celle de Siri ou d’Alexa. La voix enregistrée peut aussi être celle de leurs proches. La famille peut également être alertée si la personne décidait de sortir en pleine nuit.

Les besoins et les aides possibles sont si grands que l’équipe met actuellement sur pied la coopérative Axia afin de proposer les technologies à la population.

Son parcours montre bien toute l’importance de la multidisciplinarité pour faire avancer un champ de recherche et pour que ses résultats soient utilisables.

Déstabiliser pour prévenir les chutes

La professeure et ingénieure en biomécanique Cécile Smeesters s’intéresse quant à elle principalement aux chutes, lesquelles arrivent premières parmi les blessures non intentionnelles, bien avant les accidents de voiture, et ce, dans toutes les catégories d’âge. Elles représentent les principales causes d’hospitalisations et de blessures permanentes.

Son équipe provoque ainsi des « perturbations », soit des manières diverses de faire tomber les gens,pour analyser la limite jusqu’à laquelle ils peuvent rétablir leur équilibre. Il peut s’agir de tirer ou de pousser quelqu’un, une translation de surface comme le freinage soudain d’un autobus, le trébuchement en raison d’un obstacle ou la glissade causée par des substances sur le sol.

Les résultats jusqu’à maintenant montrent que ce n’est pas la perturbation qui varie d’une expérience à l’autre, mais l’amplitude, c’est-à-dire l’angle d’inclinaison, lequel déclinerait avec l’âge.

« On sait que c’est un problème qui augmente plus l’on vieillit : à 60 ans, une personne a 23 % plus de risques de chuter qu’un quinquagénaire, à 70 ans, 80 % plus », soutient-elle.

À long terme, ses travaux pourraient aider à détecter les chutes. « Un programme d’entraînement pourrait être proposé aux gens à risque pour améliorer la puissance musculaire, qui est une combinaison de force et de vitesse, souligne-t-elle. Cela permettrait de prévenir la première chute avec blessure, laquelle provoque une spirale par la suite : hospitalisation, chirurgie, institutionnalisation menant à effectuer moins d’exercices et à décliner davantage. »

Sa recherche nécessite aussi l’intervention d’autres experts.

« On doit collaborer avec les physiothérapeutes, les médecins, les ergothérapeutes, les kinésiologues, affirme-t-elle. L’attention, par exemple, joue dans le rétablissement de l’équilibre, d’où l’importance de travailler avec un neuropsychologue. »