Des efforts pour recruter des filles en génie

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Polytechnique met les bouchées doubles pour attirer plus de femmes au sein de son établissement.
Normand Rajotte Polytechnique met les bouchées doubles pour attirer plus de femmes au sein de son établissement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

Polytechnique a récemment obtenu la certification Parité de l’organisme La gouvernance au féminin, ce qui atteste de son engagement à atteindre une meilleure représentation hommes-femmes, malgré la concentration masculine traditionnelle dans le domaine de l’ingénierie.

Contrairement à la grande majorité des universités canadiennes plurifacultaires qui peuvent équilibrer leur moyenne en matière d’égalité avec certaines de leurs facultés où les femmes sont plus représentées, Polytechnique compte uniquement un programme d’ingénierie.

« Le bassin de recrutement dans ce domaine, tant dans le corps professoral que chez les étudiants, contient une forte proportion d’hommes », explique Annie Ross, directrice associée et professeure titulaire au Département de génie mécanique de Polytechnique.

C’est ainsi que le taux de représentation féminine atteint 14 % dans le corps professoral de Polytechnique, 43 % au sein des autres catégories de personnel et environ 28 % dans les cohortes étudiantes.

C’est justement dans un tel contexte de sous-représentativité que l’établissement universitaire a voulu mettre les bouchées doubles pour mieux se positionner, d’une part en attirant plus de femmes au sein de son organisation, et d’autre part en contribuant à féminiser la profession d’ingénieur.

« On souhaite que l’octroi de lacertification Parité Bronze de l’organisme arrive à stimuler ces deux objectifs », mentionne Mme Ross.

La démarche pour obtenir cette certification aura permis de dresser un portrait juste de la situation, mais aussi du chemin qui reste à parcourir pour atteindre la parité.

« Un des défis supplémentaires auxquels nous avons été confrontés résidait dans le fait que la certification était conçue pour les entreprises, précise-t-elle. Or, celles-ci n’ont pas d’étudiants, alors que, pour nous, ils représentent la vaste majorité des gens sur place, soit 9000 personnes. »

Ne pas se contenter de faire bonne figure

À la suite de cette reconnaissance, Polytechnique doit maintenant établir un plan d’action. Ce dernier, qui est en cours de préparation, prévoira diverses mesures. Parmi elles, l’augmentation du nombre de femmes dans le corps professoral.

« On souhaite doubler la proportion d’ici trois ans, qui est équivalente actuellement à celle que l’on trouve à l’Ordre des ingénieurs du Québec, précise Annie Ross. On examine également des moyens pouraméliorer le recrutement, notamment dans la manière d’accueillir les nouvelles professeures pour qu’elles se sentent à leur place. »

Même si cet objectif semble ambitieux, Polytechnique a déjà observé une progression dans les récents processus de recrutement.

Elle rappelle qu’outre le recrutement, les techniques de rétention et de promotion doivent être analysées pour s’assurer que le personnel féminin se développe bien et ait envie de rester. « Au final, si on fait bien notre travail, on devrait voir au fil du temps de plus en plus de femmes à des postes de niveaux hiérarchiques supérieurs et comme titulairesde chaires. Elles seront aussi plus visibles dans le grand public », soutient-elle.

Actuellement, 5 femmes sont titulaires de chaires sur un total de 23, et 3 femmes occupent un des 18 postes de direction élargie, ce qui comprend les directeurs adjoints associés aux directeurs fonctionnels, le Secrétariat général ainsi que les directeurs de départements.

Pour attirer plus d’étudiantes, Polytechnique prévoit concentrer ses efforts à deux niveaux. D’abord, en amont, dans les écoles primaires et secondaires, afin de sensibiliser les filles aux possibilités de carrière, et les y intéresser. Ensuite, en aval, en perfectionnant les façons de recruter les collégiens.

Vers la certification Parité argent ?

Bien qu’il s’agisse d’une démarche plus généralisée vers la parité, cen’est pas le premier jalon posé par Polytechnique pour améliorer la place des femmes en sciences et en génie. « La proportion de femmes dans les cohortes étudiantes est bien au-dessus de la moyenne des établissements de génie au Canada, souligne Mme Ross. Cela démontre que nos mesures prises par le passé ont un effet. »

Parmi les efforts qui ont déjà été faits, on note les ateliers scientifiques dans les écoles, mais aussi Folie Technique, un camp d’été scientifique destiné aux jeunes du primaire et du secondaire que soutient Polytechnique depuis 28 ans.

La certification s’accompagne d’unecertaine pression. « Elle nous est décernée pour une année seulement, mais nous souhaiterions assurément réussir à obtenir la certification Argent, même si l’échéance arrive vite », concède Annie Ross.

Si les chiffres n’auront probablement pas beaucoup changé, le plan d’action, lui, sera mieux positionné. « L’octroi de la certification ne repose pas uniquement sur les chiffres, mais aussi beaucoup sur ce que nous avons accompli et ce que nous avons l’intention de faire », ajoute-t-elle.