Le COVID-19 plus contagieux mais moins mortel que le SRAS

L’analyse des données épidémiologiques accumulées en date du 11 février indique que le pic de l’épidémie serait survenu entre le 23 et le 26 janvier dernier.
Photo: STR / AFP L’analyse des données épidémiologiques accumulées en date du 11 février indique que le pic de l’épidémie serait survenu entre le 23 et le 26 janvier dernier.

Avec plus de 74 740 personnes contaminées depuis fin décembre, le nouveau coronavirus COVID-19 s’avère beaucoup plus contagieux que celui du SRAS. Par contre, son taux de mortalité est nettement moins élevé. En effet, la pneumonie qu’il engendre affecte très peu les personnes en bonne santé, souligne une étude menée par le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies.

Selon cette étude qui a porté sur 72 314 patients, le taux de létalité global, c’est-à-dire la proportion des personnes formellement atteintes qui sont décédées de l’infection, s’élevait à 2,3 %, alors que celui du SRAS atteignait les 9,6 %. Parmi les cas confirmés par un test de laboratoire, seulement 0,9 % d’entre eux étaient âgés de moins de 9 ans, et aucun enfant de cette catégorie d’âge n’est décédé d’une infection au COVID-19. « Cela est surprenant, car on s’inquiète généralement pour les jeunes enfants, qui sont souvent plus fragiles », fait remarquer le Dr Gaston De Serres, de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Par contre, le taux de létalité augmente rapidement à partir de 60 ans, passant de 3,6 % chez les personnes de 60 à 69 ans, à 8 % chez les patients âgés de 70 à 79 ans, et à 14,8 % chez ceux de 80 ans et plus. « Les personnes âgées sont vulnérables à toutes les infections respiratoires parce que leur état de santé est généralement plus fragile et elles développent diverses pathologies au cours des ans. Qui plus est, leur système immunitaire est habituellement moins vigoureux. De plus, quand on contracte une infection respiratoire à un âge avancé, les conséquences sont généralement plus graves. La grippe, par exemple, entraîne une plus grande mortalité chez les personnes de plus de 85 ans que chez celles de 75 ans, et plus chez ces dernières que chez les individus de 65 ans », précise le Dr De Serres.

On constate que le taux de mortalité varie principalement selon l’âge et la comorbidité

Le risque de mourir d’une infection au COVID-19 est toutefois très faible, inférieur à 1 %, pour les personnes en bonne santé. Par contre, les personnes souffrant d’une maladie chronique, comme l’hypertension, le diabète, une maladie respiratoire ou une maladie cardiovasculaire, courent un risque accru. Le taux de létalité s’élève à 10,5 % chez les individus atteints d’une maladie cardiovasculaire, à 7,3 % chez les diabétiques, et 6 % chez les hypertendus. « Ces observations sont rassurantes car on constate que le taux de mortalité varie principalement selon l’âge et la comorbidité », souligne le médecin.

L’étude chinoise précise également que le taux de mortalité parmi les patients de la province du Hubei était sept fois plus élevé (2,9 %) que dans les autres provinces du pays (0,4 %). Les auteurs de l’étude n’expliquent pas cet écart, mais on peut imaginer que « le personnel médical de la province du Hubei était débordé » par le nombre élevé de cas à traiter. Compte tenu de la situation, il n’était probablement pas possible d’installer un respirateur artificiel à toutes les personnes en difficulté respiratoire.

L’immunité qui protège

Par ailleurs, l’analyse de toutes les données épidémiologiques accumulées en date du 11 février indique que le pic de l’épidémie serait survenu entre le 23 et le 26 janvier dernier, et que, depuis la fin janvier, le nombre de cas est en déclin, même si on dépiste encore de nombreux cas quotidiennement.

L’épidémie aurait atteint son paroxysme en raison des mesures de confinement adoptées dans la province du Hubei, affirme le Dr De Serres. « Grâce à ces mesures, la maladie ne se transmettait plus, c’est la raison pour laquelle on voit le nombre de nouveaux cas diminuer progressivement. Dans une épidémie normale, comme celle de la grippe saisonnière, par exemple, l’épidémie ne s’essouffle pas en raison d’un confinement, puisqu’il n’y en a pas, ni grâce à des médicaments. Elle s’arrête généralement parce que le nombre de personnes susceptibles d’être infectées, soit les personnes qui n’ont pas d’immunité contre cette maladie, devient insuffisant pour que le virus continue à se propager. [Le nombre de] personnes qui ont contracté le virus et qui, de ce fait, ont développé une immunité qui les protège contre le virus, qui ne pourra plus les infecter à nouveau, [devient plus grand que celui des personnes non immunisées] », explique le Dr Gaston De Serres.

Par contre, le COVID-19 semble beaucoup plus contagieux que le coronavirus du SRAS, car le nombre de cas a largement dépassé celui du SRAS. Une étude publiée jeudi dans la revue Science apporte une explication à cette observation. Les auteurs de cette étude, des chercheurs de l’University of Texas at Austin et des National Institutes of Health (NIH) à Bethesda ont étudié la structure de la protéine formant les spicules (aiguillons) à la surface du virus, laquelle protéine permet au virus de s’introduire dans les cellules qu’il désire parasiter. « Le 2019-nCoV utilise cette protéine de spicule pour reconnaître le récepteur d’une cellule hôte et entraîner la fusion de son enveloppe avec la membrane de la cellule », expliquent les chercheurs avant de préciser que la structure de la protéine est similaire à celle de la protéine de spicule du coronavirus du SRAS. Ils ont toutefois remarqué que l’affinité de la protéine du COVID-19 pour le récepteur cible (ACE2) des cellules humaines, qui est le point d’entrée dans les cellules humaines pour certains coronavirus, est dix fois plus élevée que dans le cas du SRAS. Selon les chercheurs, cette plus grande affinité pourrait être la raison pour laquelle le nouveau virus semble se transmettre si facilement d’humain à humain.

Les auteurs font remarquer qu’une meilleure connaissance de la structure de cette protéine virale pourra aider à concevoir avec plus de précision un vaccin et des antiviraux contre le COVID-19.

Baisse des contaminations en Chine

Le ministère de la Santé chinois a fait état de 115 décès de plus dans la province du Hubei, ce qui porte à 2223 le nombre total des morts au niveau national (hors Hong Kong et Macao). Mais elle a surtout annoncé un nombre quotidien de nouvelles contaminations au plus bas en près d’un mois : 673. Ailleurs dans le monde, l’inquiétude monte au Japon, avec la mort de deux anciens croisiéristes, et en Corée du Sud, où 52 nouveaux cas ont été constatés. L’Iran a également annoncé deux morts — les premiers enregistrés au Moyen-Orient.

Quant aux Canadiens en bonne santé qui se trouvaient à bord du navire de croisière Diamond Princess, au Japon, ils sont en route pour le Canada, après avoir passé des semaines en quarantaine. Et sur les quelque 200 évacués canadiens de Wuhan et leurs proches, placés en quarantaine à la base de Trenton, en Ontario, aucun n’a présenté de symptômes du COVID-19.

Le directeur d’un hôpital de Wuhan est décédé mardi 18 février des suites d’une pneumonie au COVID-19 qu’il avait contracté sur son lieu de travail. Le décès du Dr Liu Zhimin qui était âgé de 51 ans, est survenu une dizaine de jours après celui du Dr Li Wenliang, 33 ans, qui fut l’un des médecins ayant lancé sur les réseaux sociaux l’alerte de l’émergence d’un nouveau virus potentiellement dangereux pour les humains.

La semaine dernière, une infirmière succombait aussi au même coronavirus dans le même hôpital de Wuhan. Au total, huit travailleurs de la santé ont été emportés par l’épidémie.