Sur la voie d’un antiviral contre le nouveau virus

Une étude scientifique a démontré l’efficacité d’un nouvel antiviral contre le coronavirus MERS-CoV chez le singe.
Photo: Agence France-Presse Une étude scientifique a démontré l’efficacité d’un nouvel antiviral contre le coronavirus MERS-CoV chez le singe.

Alors que les médecins sont complètement désarmés devant le coronavirus COVID-19 qui ne cesse de faire des victimes en Chine, une étude scientifique démontrant l’efficacité d’un nouvel antiviral contre le coronavirus MERS-CoV chez le singe pourrait changer le cours de leur bataille. Les auteurs de cette étude affirment que ce nouveau médicament pourrait fort probablement être utile contre le nouveau coronavirus COVID-19 qui a émergé en Chine.

Il avait déjà été démontré que le nouvel antiviral remdesivir (GS-5734) inhibe la réplication du coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) in vitro et qu’il est efficace contre celui du SRAS dans un modèle de souris, ainsi que contre le virus Ebola chez des primates non humains.

Or, comme des cas de MERS ont continué d’émerger depuis la découverte de ce coronavirus en Arabie saoudite en 2012, contrairement au SRAS qui a complètement disparu, et que le taux de mortalité de l’infection qu’il engendre atteint les 35 %, les scientifiques ont voulu éprouver l’efficacité du remdesivir (GS-5734) contre le coronavirus du MERS chez des primates non humains, des macaques rhésus en l’occurrence, car il s’agit d’une étape incontournable avant de lancer des essais cliniques chez l’humain.

Dans l’étude publiée jeudi 13 février dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs du Scripps Institute, à La Jolla en Californie, ont administré le remdesivir à un premier groupe de singes 24 heures avant de leur inoculer le MERS-CoV. Un second groupe de singes ont pour leur part reçu l’antiviral 12 heures après avoir été infectés par le coronavirus. Les chercheurs ont poursuivi le traitement pendant les six jours suivant l’inoculation chez ces deux groupes d’animaux et ils ont comparé leurs observations à celles effectuées sur des singes servant de témoins qui avaient reçu un placebo, au lieu de l’antiviral. Les chercheurs ont ainsi remarqué que l’administration du remdesivir à titre préventif avant l’inoculation du virus a parfaitement protégé les animaux de la maladie (MERS), a évité toute lésion pulmonaire et a inhibé fortement la réplication du virus dans les tissus respiratoires.

Utilisé comme traitement thérapeutique une fois que les animaux étaient infectés, le remdesivir a permis de diminuer considérablement les symptômes cliniques et la réplication du virus, et a même empêché l’apparition de lésions pulmonaires chez certains animaux ou en a beaucoup diminué la sévérité chez les autres. Face à ces résultats pour le moins encourageants, les chercheurs affirment dans leur article que « le remdesivir apparaît comme un des traitements antiviraux les plus prometteurs à avoir été testés sur un modèle de primate non humain à ce jour ».

Et pour ajouter du poids à l’espoir que ce médicament suscite, ils ajoutent que le remdesivir a déjà été administré sur une base humanitaire à des personnes atteintes de la maladie à virus Ebola en 2016, ainsi qu’à plus grande échelle à des individus infectés en raison de l’épidémie qui a cours en ce moment en République démocratique du Congo, ce qui a permis de vérifier son innocuité.

Selon les chercheurs, toutes ces données positives devraient permettre d’entreprendre des études cliniques visant à éprouver l’efficacité de ce médicament contre le MERS. Compte tenu du fait que le remdesivir s’est avéré un traitement efficace contre le MERS chez le singe et qu’il s’agit d’un antiviral à large spectre, ils croient qu’il pourrait fort bien devenir une arme efficace contre le COVID-19. Justement, un essai clinique devrait débuter sous peu en Chine.


Comment ça marche?

Le remdesivir exerce son effet antiviral en bloquant l’acide ribonucléique (ARN) polymérase virale qui est une enzyme synthétisée par le virus et qui lui sert à répliquer son propre ARN dans le but de former un nouveau virus. « Si on empêche le virus de copier son matériel génétique à l’intérieur de la cellule qu’il a infectée, on arrêtera ainsi la chaîne de production des virus », explique Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).