Le long parcours vers l’homologation d'un vaccin

Mardi, des chercheurs de l’Imperial College, à Londres, annonçaient avoir commencé à tester un vaccin de leur cru sur des souris. L’équipe dirigée par le Dr Paul McKay (sur notre photo) espère être en mesure de savoir au cours des prochaines semaines si ce vaccin induit la formation d’anticorps contre le COVID-19.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Mardi, des chercheurs de l’Imperial College, à Londres, annonçaient avoir commencé à tester un vaccin de leur cru sur des souris. L’équipe dirigée par le Dr Paul McKay (sur notre photo) espère être en mesure de savoir au cours des prochaines semaines si ce vaccin induit la formation d’anticorps contre le COVID-19.

Depuis que l’on a appris l’existence d’un nouveau virus s’attaquant aux humains et que la séquence génétique de ce virus a été rendue publique, les chercheurs du monde entier se sont lancés dans la mise au point de vaccins qui pourraient nous protéger contre lui.

Le vaccinologue Gary Kobinger, de l’Université Laval, a déjà concocté un premier vaccin contre le coronavirus COVID-19 qui fait actuellement des ravages en Chine. Ce vaccin expérimental est toutefois encore très loin de pouvoir être utilisé en clinique, car il doit être testé sur des animaux avant d’être expérimenté sur l’humain, autant d’étapes qui pourraient s’étendre sur une dizaine d’années.

Titulaire d’une chaire de recherche du Canada en immunothérapie et plateformes vaccinales innovantes, Gary Kobinger est reconnu notamment pour avoir conçu un vaccin très prometteur contre le virus Ebola. Il travaille actuellement sur trois approches vaccinales différentes pour s’attaquer au COVID-19. L’une d’elles est déjà prête à être injectée à des animaux. « Mais avant de pouvoir le faire, on doit écrire un protocole, le soumettre et le faire approuver, ce qui prend deux mois. Ensuite, il faut trouver un million de dollars pour produire des vaccins d’une qualité suffisante pour les études cliniques. Toutes les équipes ont le même défi, mais certaines iront plus vite que d’autres. Nous collaborons avec un consortium américain qui a reçu une subvention », explique M. Kobinger, tout en précisant que son équipe a réussi à atteindre l’étape des études cliniques en sept mois pour un vaccin contre le virus Zika.

Mardi, des chercheurs de l’Imperial College, à Londres, annonçaient avoir commencé à tester un vaccin de leur cru sur des souris. Ils espèrent être en mesure de savoir au cours des prochaines semaines si ce vaccin induit la formation d’anticorps contre le COVID-19. S’ils obtiennent « de bons résultats sur les souris, il n’est pas assuré que ce vaccin fonctionne sur l’humain », prévient Alain Lamarre, expert en immunologie et virologie à l’INRS.

Approches parallèles

Pour les vaccins qu’il met au point contre le COVID-19, M. Kobinger espère commencer les essais cliniques sur l’humain d’ici les six prochains mois. « Tout dépendra de Santé Canada et de la Food and Drug Association (FDA), qui doivent nous donner le feu vert », dit-il. Ensuite, « franchir toutes les étapes requises pour l’homologation [d’un vaccin] pour les populations humaines prendra de cinq à dix ans. Cela m’étonnerait que ça avance plus vite que ça parce que les gens ont tellement peur des vaccins, et les anti-vaccins font tellement de bruit, que les régulateurs ne tolèrent qu’un niveau de risque extrêmement bas, voire aucun risque, pour les vaccins », souligne-t-il.

Le vaccin que l’équipe de M. Kobinger s’apprête à administrer à des animaux est composé de nombreuses copies de la protéine présente à la surface du coronavirus. Ces copies ont été synthétisées à partir de la séquence génétique du coronavirus rendue disponible sur Internet par les chercheurs chinois. Les scientifiques espèrent que, lorsque le système immunitaire détectera ces protéines étrangères, il enclenchera la production d’anticorps dirigés contre elles et, de ce fait, contre les virus dont la surface est tapissée de ces protéines.

Quand on est face à un nouveau virus, il est très difficile de savoir quelle recette va marcher, ou même s’il y en a une qui va marcher, car il y a des virus contre lesquels on n’y arrive pas, comme le VIH et celui de l’hépatite C. Il faut donc en essayer plusieurs.

 

La seconde approche sur laquelle table M. Kobinger est celle d’un vaccin à ADN qui consiste tout simplement à injecter dans les muscles de l’animal, et éventuellement de l’humain, le gène, soit l’ADN qui code pour cette fameuse protéine de surface. Une fois parvenues dans les cellules musculaires, ces copies d’ADN seront transcrites en copies d’ARN qui fabriqueront la protéine, laquelle sera reconnue par le système immunitaire qui réagira contre ce corps étranger.

La troisième approche explorée est celle de particules vides, servant de vecteurs, qui sont décorées à leur surface par des protéines virales.

D’autres équipes dans le monde misent plutôt sur des vaccins à ARN qui permettent de sauter l’étape de la transcription de l’ADN en ARN. Mais cette technologie est plus jeune que celle des vaccins à ADN et a connu des ratés en clinique. « Il y a eu beaucoup d’effets secondaires qui ont contraint les chercheurs à arrêter les essais », affirme M. Kobinger.

« Aucune de ces méthodes n’est assurée d’être couronnée de succès. Ces différentes approches fonctionnent plus ou moins bien selon le virus qui est visé. De plus, il est difficile de savoir quelle réaction immunitaire protégera vraiment contre le coronavirus. La production d’anticorps sera-t-elle suffisante, ou le vaccin devra-t-il induire une immunité cellulaire, c’est-à-dire la production de lymphocytes T ? Cela varie d’un virus à l’autre selon des règles qu’on ne comprend pas complètement. Il y a une bonne part d’empirisme dans la fabrication d’un vaccin », fait remarquer Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill.

« Quand on est face à un nouveau virus, il est très difficile de savoir quelle recette va marcher, ou même s’il y en a une qui va marcher, car il y a des virus contre lesquels on n’y arrive pas, comme le VIH et celui de l’hépatite C. Il faut donc en essayer plusieurs », souligne-t-il.

Si l’un des vaccins expérimentaux mis au point contre le COVID-19 fonctionne sur l’animal, la prochaine étape sera de l’injecter à un petit nombre de patients (10 à 40) pour vérifier qu’il n’est pas toxique. S’ensuivront de longues étapes visant à éprouver son efficacité et à rechercher les possibles effets secondaires.

Vaccin universel

Plusieurs vaccins ont été conçus contre le SRAS, mais ils ont tous été abandonnés quand ce virus a disparu, déplore M. Kobinger. « Si on avait mis un peu plus d’efforts et de ressources pour poursuivre ces vaccins, on aurait eu le temps de développer un vaccin universel contre tous les coronavirus. Néanmoins, grâce à ces vaccins expérimentaux qui avaient été testés, on a déjà une bonne longueur d’avance. » « Cette fois, ça vaudra la peine de poursuivre les études parce qu’il y a une possibilité que le COVID-19 devienne endémique, comme le virus du Nil, qui revient de temps en temps au Canada », fait-il valoir.


Un nouveau nom pour le coronavirus: COVID-19

Quelque 400 scientifiques du monde entier ont entamé mardi, au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève, une rencontre de deux jours destinée à intensifier la lutte contre le nouveau coronavirus. « Si nous investissons maintenant […] nous avons une chance réaliste de stopper cette épidémie », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une conférence de presse. Il a aussi annoncé que le nouveau coronavirus se nommait dorénavant COVID-19. « CO » renvoie aux deux premières lettres du mot « corona », « VI » à « virus » et « D » a été choisi pour désigner « disease » (maladie en anglais). Le chiffre 19 indique l’année de son apparition. Selon le bilan de mercredi matin, le COVID-19 a dorénavant provoqué la mort de 1110 personnes en Chine, après que 94 nouveaux décès eurent été rapportés. Dans leur bulletin quotidien, les autorités chinoises ont également fait état de 1638 nouveaux cas de contamination, portant le total à plus de 44 200 cas.

Agence France-Presse