La Chine, «réservoir» des virus de l’influenza

Les Chinois pratiquent «une agriculture mixte», où des élevages d’oiseaux aquatiques sauvages côtoient les canards domestiques, remarque le microbiologiste Raymond Tellier. 
Photo: Stringer Agence France-Presse Les Chinois pratiquent «une agriculture mixte», où des élevages d’oiseaux aquatiques sauvages côtoient les canards domestiques, remarque le microbiologiste Raymond Tellier. 

Contrairement aux coronavirus à l’origine d’épidémies qui ont émergé ces dernières années non seulement de Chine, mais aussi du Moyen-Orient, les virus de la grippe sont presque toujours apparus en Chine, et ce, pour des raisons écologiques.

Le coronavirus du SRAS provenait de Chine, tout comme le 2019-nCo qui sévit actuellement, mais celui qui est à l’origine du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO) serait quant à lui apparu en Arabie saoudite, en 2012. À la lumière de ces trois cas, on ne peut donc pas affirmer que la Chine est le lieu d’éclosion par excellence des coronavirus. Par contre, la très grande majorité des souches d’influenza A qui ont abouti à des pandémies et qui figurent parmi les virus de la grippe saisonnière qui circulent dans nos contrées ont pris naissance en Chine, affirme Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de Santé McGill.

Les virus de l’influenza A prospèrent avant tout chez les oiseaux aquatiques. Les canards sauvages, les hérons et les cygnes, qui sont très nombreux en Chine, constituent « un réservoir considérable de différents virus de l’influenza », précise le Dr Tellier qui est également professeur à la Faculté de médecine de l’Université McGill.

Le filon agricole

La deuxième raison pour laquelle la Chine a plus que sa part de souches émergentes de grippe est le fait que, traditionnellement, les Chinois pratiquent « une agriculture mixte, où, dans une même ferme, on trouvera un élevage de porcs, un élevage de volailles, ainsi qu’un élevage de canards domestiques sur un petit étang. Or, c’est lorsque des oiseaux aquatiques sauvages côtoient les canards domestiques qu’ils pourront échanger avec eux des virus », fait remarquer le Dr Tellier.

« Un virus est simplement un plan d’architecte. Pour se répliquer, il doit entrer dans une cellule vivante [une cellule animale ou une cellule humaine] et utiliser la machinerie de cette cellule. Les virus ne sont pas autonomes, ils doivent absolument s’insérer dans une cellule pour pouvoir se multiplier », précise le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec.

Or, pour pénétrer dans une cellule, les virus de l’influenza aviaire (qui infectent les oiseaux) ne se lient pas au même type de récepteurs (qui sont en quelque sorte des clés à la surface de la cellule) que les virus de l’influenza adaptés aux humains. « Une des choses qu’un virus aviaire doit apprendre pour sauter dans la population humaine, c’est à changer son affinité pour un autre type de récepteurs. Or, le porc est un animal dont les cellules portent les deux types de récepteurs, ce qui fait qu’il peut être infecté à la fois par des virus de l’influenza A d’oiseaux et par des virus d’influenza A d’humains. Il sert ainsi de réservoir aux deux souches de virus qui pourront échanger des segments d’ADN, et où un virus aviaire pourra apprendre à reconnaître l’autre type de récepteurs », souligne le Dr Tellier. Ce dernier rappelle qu’il y a des données assez claires indiquant que, lors des pandémies de grippe de 1957 et de 1968, la souche pandémique serait apparue de cette façon avec le porc comme « animal intermédiaire ».

Le virus de la grippe espagnole (H1N1), qui a sévi en 1918, a continué de circuler jusqu’à la pandémie de grippe asiatique en 1957, qui était causée par le virus H2N2, lequel a complètement supplanté le virus H1N1. Le virus H2N2 a ainsi circulé de 1957 jusqu’à la pandémie de la grippe de Kong Kong, en 1968, qui était induite par le virus H3N2, lequel a interrompu la transmission du H2N2. Puis, au milieu des années 1970, le virus H1N1, soit un descendant de la grippe espagnole, est réapparu, vraisemblablement parce qu’il se serait échappé accidentellement d’un laboratoire. C’est ainsi qu’aujourd’hui, deux virus d’influenza A, le H1N1 et le H3N2, circulent dans la population humaine, chaque année.