La Chine recommande la mise en quarantaine à ses expatriés

Des avertissements sont maintenant visibles dans certains aéroports internationaux.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Des avertissements sont maintenant visibles dans certains aéroports internationaux.

Pékin a poussé plus loin ses mesures de précaution face à la propagation du coronavirus 2019-nCoV, mercredi, demandant à ses ressortissants dont ceux du Canada de se mettre en quarantaine s’ils avaient séjourné à Wuhan, épicentre de l’épidémie. Une mesure qui va au-delà de celles préconisées par Ottawa.

Depuis l’annonce que les deux premiers cas de pneumonie causée par le coronavirus 2019-nCoV au Canada provenaient de la zone épidémique de Wuhan, l’ambassade de Chine au Canada recommande « que les personnes qui viennent de Wuhan dans la zone de l’épidémie soient mises en quarantaine à la maison pendant deux semaines. Les autres personnes en provenance de Chine qui pourraient avoir été exposées au virus devraient également être mises en quarantaine autant que possible ». Si ces individus en quarantaine développent « des symptômes d’infection ou une gêne respiratoire évidente », on leur demande d’appeler immédiatement la ligne santé 811 ou celle de l’urgence 911.

À Montréal, de nombreuses activités qui étaient planifiées cette semaine et la semaine prochaine pour célébrer le Nouvel An chinois ont été annulées, a précisé au Devoir XiXi Li, directrice des organismes Service à la famille chinoise dans le Quartier chinois et Centre sino-Québec de la Rive-Sud. « Nous avons annulé par mesure de prévention car nous ne voulons pas que le virus se propage à Montréal. Nous devons être prudents », dit-elle.

Les Chinois de la région de Montréal sont « inquiets et ont peur » de contracter le virus d’une personne de leur communauté qui aurait séjourné récemment à Wuhan, avoue-t-elle. « Les masques sont déjà épuisés à Brossard, les gens en cherchent maintenant sur Amazon. Nous avons émis par le biais des médias sociaux la recommandation à tous les membres de notre communauté qui reviennent de Chine de rester à la maison pendant deux semaines avant de sortir. On demande aussi aux personnes qui côtoient notre centre communautaire de nous contacter par téléphone au lieu de se présenter en personne », a-t-elle indiqué.

C’est le nombre de personnes décédées du coronavirus en Chine, selon un bilan mercredi.
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C’est le nombre de personnes décédées du coronavirus en Chine, selon un bilan émis mercredi.

Approche d’Ottawa

Pour sa part, la ministre de la Santé Patty Hajdu a affirmé lors d’un point de presse mardi midi, que « des agents de la santé publique supplémentaires sont actuellement dépêchés dans les aéroports canadiens pour rencontrer les passagers des vols en provenance de Chine et s’assurer que l’information [soit les directives à suivre au cours des 14 prochains jours si un passager qui a été en contact avec des animaux vivants ou morts ou une personne malade, développe des symptômes de fièvre, toux ou difficulté à respirer] est disponible sous forme écrite, ou par le biais d’un agent qui pourra expliquer à quoi ressemblent les symptômes et prêter main-forte aux agents des services frontaliers ». Ces derniers demandent à tous les voyageurs en provenance de Chine s’ils ont séjourné à Wuhan.

Les autorités canadiennes ne sont donc pas allées aussi loin dans leurs consignes que la communauté chinoise. Les douaniers ne recommandent pas à tous les voyageurs arrivant de Wuhan — même ceux qui ne présentent pas de symptômes — de se mettre en quarantaine pendant 14 jours. L’approche des autorités fédérales découle probablement du fait qu’à ce jour, il n’y a pas de preuves que les personnes infectées asymptomatiques transmettent la maladie, comme l’a souligné la ministre lors d’un second point de presse mardi après-midi.

La prise de température au sortir de l’avion n’est pas envisagée, a déclaré Mme Hajdu. « Durant l’épisode du SRAS, cette procédure n’a permis de détecter aucun cas. Ce n’est pas la technologie en soi qui fait défaut, mais le fait qu’une personne infectée peut ne pas être fiévreuse, mais néanmoins être malade. Une toux sèche, par exemple, est un signe beaucoup plus révélateur de la maladie. C’est pourquoi nous devons porter attention aux mesures à mettre en place », a-t-elle signalé.

Mme Hajdu a par ailleurs confirmé que les autorités ontariennes avaient réussi à retracer 26 des 27 passagers du vol d’Air Canada en provenance de Wuhan-Toronto qui se trouvaient à proximité du couple de Torontois — les deux premiers cas confirmés au Canada — qui souffrent actuellement de symptômes associés au coronavirus 2019-nCoV. Elle a ajouté que ces deux patients « allaient beaucoup mieux » et « étaient en voie de se rétablir ».

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Francois-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères et Patty Hajdu, ministre de la Santé

Mme Hajdu a également précisé que la troisième personne au pays dont l’infection a été confirmée hier après-midi en Colombie-Britannique avait voyagé à bord d’un autre avion. La ministre a rappelé que « compte tenu de ce que nous savons du virus, des mesures de protection [mises en place au Canada] et des mesures extraordinaires que la Chine a prises, le risque demeure faible pour les Canadiens ».

Mardi, Air Canada a publié un communiqué dans lequel la compagnie offre à ses clients « voyageant vers, depuis ou via Wuhan la possibilité d’annuler leur vol pour un remboursement complet ».

Bilan en hausse

Selon un bilan diffusé par les autorités sanitaires chinoises, mercredi matin, on comptait au moins 132 décès et 5974 personnes infectées dans tout le pays.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé mardi l’envoi « dès que possible » en Chine d’experts internationaux afin de mettre en commun les connaissances sur le virus et d’apporter une « réponse mondiale ».

En Allemagne, plus particulièrement en Bavière, quatre cas supplémentaires d’infection par le virus ont été confirmés. Un des malades a vraisemblablement été contaminé sur le sol allemand même, ce qui représente « la première transmission du virus identifiée sur le sol européen ». Un cas de transmission a également été identifié au Japon, celui d’un sexagénaire nippon qui ne s’était jamais rendu en Chine, mais qui avait véhiculé des touristes en provenance de Wuhan.

Envisageant le pire des scénarios, celui d’une plus grande épidémie, des chercheurs des Instituts nationaux de santé américains (NIH) ont annoncé avoir lancé la mise au point d’un vaccin contre le nouveau coronavirus, un travail qui prendra toutefois plusieurs mois.

L’épidémie pourrait atteindre son pic « dans une semaine ou dix jours » avant de refluer, a estimé Zhong Nanshan, un des meilleurs spécialistes chinois des maladies respiratoires.


Avec Marie Vastel et l’Agence France-Presse