36,6 °C comme nouvelle référence de la température corporelle

La température corporelle des humains a baissé grâce à l’amélioration de leurs conditions de vie, avance une équipe de chercheurs.
Photo: Getty Images La température corporelle des humains a baissé grâce à l’amélioration de leurs conditions de vie, avance une équipe de chercheurs.

La température normale du corps humain est aujourd’hui plus basse qu’elle ne l’était il y a 200 ans. Elle est inférieure aux 37° Celsius que l’on a toujours considérés comme la normalité. L’amélioration de nos conditions de vie et d’hygiène, ainsi que de l’état de santé de la population, serait responsable de cette baisse.

C’est le médecin allemand Carl Reinhold August Wunderlich qui, après avoir mesuré la température de 25 000 personnes, a établi en 1851 la référence des 37 °C (98,6 °F) pour la température normale du corps humain. Or, en 2002, une compilation de 27 études plus récentes avait rapporté une température moyenne inférieure à la norme déterminée par Wunderlich. Plus récemment encore, en 2017, l’analyse de 250 000 mesures effectuées sur plus de 35 000 patients britanniques est arrivée à la même conclusion, avec une température moyenne de 36,6 °C.

Une équipe de chercheurs dirigée par la professeure Julie Parsonnet de l’École de médecine de l’Université de Stanford a voulu vérifier si la différence observée entre la valeur déterminée par Wunderlich et celle mesurée aujourd’hui représente un réel changement ou si elles découlent d’un biais dans les mesures qui aurait pu être occasionné par la méthode utilisée (orale ou axillaire) ou la qualité des thermomètres employés, ceux d’aujourd’hui étant nettement plus précis que ceux d’il y a 200 ans.

Pour résoudre cette question, ces chercheurs ont analysé 677 433 mesures de température corporelle provenant de trois jeux de données obtenus à trois périodes différentes, un premier allant de 1862 à 1930 qui incluait des individus nés au début des années 1800, un deuxième s’étendant de 1971 à 1975 et un dernier couvrant les années 2007 à 2017.

Ils ont ainsi relevé que la température corporelle des hommes nés dans les années 2000 était de 0,59 °C moins élevée (soit 36,41 °C) que celle de ceux nés au début du XIXe siècle ; la température des femmes aurait diminué pour sa part de 0,32 °C depuis 1890.

Le fait que les chercheurs ont observé une diminution de température comparable à chaque décennie (soit de 0,03 °C par décennie), ainsi que des différences de température similaires dans deux cohortes distinctes, les incite à croire que la température corporelle a réellement baissé au cours du temps.

La méthode utilisée ne semble pas avoir eu d’incidence non plus, car la prise de mesure sous l’aisselle (comme l’a fait Wunderlich dans les années 1800) aurait plutôt eu tendance à sous-estimer le changement au cours du temps, étant donné que les températures mesurées sous l’aisselle sont typiquement inférieures à celles mesurées oralement de 1 degré Celsius.

Dans l’article qu’ils publient à ce sujet dans la revue
eLife, les chercheurs expliquent que la baisse de la température corporelle est consécutive à une réduction du métabolisme basal, lequel correspond à la quantité d’énergie dépensée par l’organisme pour maintenir en activité ses fonctions vitales (coeur, cerveau, respiration, digestion et maintien de la température du corps).

Les auteurs imputent cette réduction du métabolisme de base au cours du temps principalement à une diminution de la prévalence de l’inflammation au sein de la population. « Wunderlich a obtenu ses mesures de température à une époque où l’espérance de vie n’était que de 38 ans et où les infections chroniques, telles que la tuberculose, la syphilis et la parodontite [inflammation des gencives] affligeaient une grande proportion de la population. Ces maladies infectieuses pour lesquelles il n’existait pas de traitement au XIXe siècle causaient une inflammation chronique qui influait probablement sur la température corporelle », font-ils valoir.

Or, « l’amélioration des conditions de vie et d’hygiène, y compris l’hygiène dentaire, le déclin de la tuberculose et l’avènement des antibiotiques ont vraisemblablement diminué la prévalence de l’inflammation chronique », avancent-ils. Et cette diminution de l’inflammation « pourrait expliquer la baisse continue de la température corporelle observée particulièrement entre les deux cohortes plus récentes. [...] Le recours aux médicaments anti-inflammatoires, dont l’aspirine, les statines et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, s’étant accru durant cet intervalle. »

Les chercheurs supposent aussi qu’à mesure que les habitations ont commencé à être mieux chauffées en hiver, puis rafraîchies en été par la climatisation, et à offrir ainsi une température ambiante constante, le métabolisme basal a pu diminuer, car « il n’était ainsi plus nécessaire de dépenser de l’énergie pour maintenir la température du corps constante comme au XIXe siècle, alors que les maisons étaient mal chauffées et dépourvues de climatisation. »

« Nous sommes aujourd’hui physiologiquement différents de ce que nous étions, car l’environnement dans lequel nous vivons a changé, dont notamment la température de nos maisons, notre contact avec les micro-organismes et la nourriture à laquelle nous avons accès. Toutes ces choses font que nous avons changé physiologiquement », affirme Mme Parsonnet.