Deux Canadiens obtiennent leur permis pour l’espace

Jenni Sidey-Gibbons, ingénieure albertaine de 31 ans, a achevé avec succès le programme d’entraînement de la NASA, tout comme Joshua Kutryk, pilote militaire albertain de 37 ans.
Photo: Nasa Jenni Sidey-Gibbons, ingénieure albertaine de 31 ans, a achevé avec succès le programme d’entraînement de la NASA, tout comme Joshua Kutryk, pilote militaire albertain de 37 ans.

Ils avaient beau rêver d’espace depuis leur tendre enfance, encore devaient-ils obtenir leur permis avant de prendre la route des étoiles. C’est chose faite depuis vendredi pour Jenni Sidey-Gibbons et Joshua Kutryk, deux Canadiens, ainsi qu’onze Américains, qui se sont entraînés ces deux dernières années à Houston, au Texas, pour devenir astronautes.

La nouvelle cohorte, composée de six femmes et de sept hommes, est ainsi éligible à des missions spatiales, y compris des affectations vers la Station spatiale internationale (SSI). Surtout, elle est la première à être diplômée durant l’ère du programme Artemis de la NASA, qui prévoit un retour de l’humain sur la Lune.

Systèmes à bord de la SSI, sorties extravéhiculaires, formation à la survie, langue russe : l’entraînement des recrues visait à développer des compétences très variées. En le terminant, Mme Sidey-Gibbons et M. Kutryk sont devenus les 13e et 14e astronautes canadiens, suivant notamment les pas de Marc Garneau, Julie Payette et Chris Hadfield.

À Houston, il y avait une grande variété de compétences à acquérir, et c’est pour ça que c’était un défi

« Voler dans l’espace est très difficile, et donc l’entraînement est très difficile », admet en entrevue Mme Sidey-Gibbons, qui insiste cependant pour dire que le camp de recrutement de l’Agence spatiale canadienne, d’une durée d’un an, l’avait préparé de brillante manière à l’entraînement de la NASA.

L’ingénieure de 31 ans, née à Calgary, était auparavant professeure en moteurs à combustion interne à l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni, où elle a aussi décroché un doctorat. Dans les prochaines années, elle travaillera à Houston en soutien aux astronautes en mission spatiale. La jeune femme testera également les protocoles et technologies élaborés dans le cadre du programme Artemis.

En mars dernier, le président des États-Unis, Donald Trump, annonçait qu’un homme et une femme poseraient le pied sur la Lune au plus tard en 2024 dans le cadre de ce nouveau programme spatial. Le plan de match considéré prévoit ensuite que des astronautes arpentent la surface de l’astre jusqu’en 2028. Finalement, la Lune servirait de tremplin pour une mission vers Mars.

De nombreux observateurs doutent cependant du réalisme de telles ambitions.

Un passage à Montréal

Sur la route ardue menant à la carrière d’astronaute, Mme Sidey-Gibbons a passé quelques années à Montréal, à l’occasion d’un baccalauréat à l’Université McGill. « J’y ai rencontré beaucoup de gens ayant la même vision des choses que moi, raconte-t-elle. C’est à cette époque que j’ai développé mes intérêts, et que j’ai réalisé quelle personne je voulais être. »

Une dizaine d’années plus tard, l’Albertaine obtient ainsi le feu vert pour visiter vers l’espace. Parmi les 565 humains qui ont eu cette chance, on compte seulement 65 femmes, selon les compilations les plus récentes.

D’ailleurs, vendredi, au cours de la remise des diplômes à Houston, une écolière dans l’auditoire s’est réjouie de la première sortie extravéhiculaire exclusivement féminine, réalisée en octobre dernier par les astronautes Christina Koch et Jessica Meir.

En retour, Mme Sidey-Gibbons a souligné que le moment avait été extrêmement significatif pour la classe d’astronautes en entraînement. Ce moment montrait « les progrès incroyables qui sont obtenus quand on inclut tout le monde », a-t-elle fait valoir.

Le goût de l’aventure

Avant de devenir astronaute, Joshua Kutryk, âgé de 37 ans, était quant à lui pilote d’essai et lieutenant-colonel dans l’Aviation royale canadienne. La formation qu’il vient de suivre à Houston était très différente de celle pour devenir pilote dans l’armée, explique ce natif de Fort Saskatchewan, en Alberta.

« Dans l’armée, c’était très difficile, mais aussi très spécifique, dit-il. À Houston, il y avait une grande variété de compétences à acquérir, et c’est pour ça que c’était un défi. »

À quand les étoiles ? M. Kutryk explique qu’un autre astronaute canadien devrait séjourner dans la SSI d’ici 2024, mais que ce sera probablement Jeremy Hansen, diplômé en 2011. Ce dernier n’a encore jamais mis les pieds dans l’espace. Viendront ensuite les deux astronautes nouvellement confirmés.

D’ici là, M. Kutryk travaillera aussi comme agent de liaison, ou « capcom », ainsi que sur le développement de nouvelles procédures. Et il continuera à piloter un T-38 de la NASA, un « petit avion de chasse ». « Je suis vraiment occupé, c’est un travail vraiment fun », souligne-t-il.

Selon lui, la raison principale pour envoyer encore au XXIe siècle des humains dans l’espace — et pas seulement des robots —, ce sont les expériences qui y sont menées et qui rendent la vie meilleure pour les gens sur Terre, notamment en matière de santé. Et le goût de l’aventure, cela vaut-il encore quelque chose ?

« Oui, bien sûr ! répond-il. L’aventure est une partie de notre histoire et de notre identité en tant qu’humains. C’est une chose qui pourrait même nous sauver à l’avenir. Nous avons absolument besoin de continuer à explorer, ici sur Terre, mais aussi dans l’espace. »