L’intelligence artificielle s'invite dans les Fêtes

Des algorithmes qui permettent la personnalisation des achats en ligne jusqu’à la composition de nouvelles chansons de Noël, l’intelligence artificielle commence à s’introduire dans nos festivités.
Photo: Mindaugas Kulbis Associated Press Des algorithmes qui permettent la personnalisation des achats en ligne jusqu’à la composition de nouvelles chansons de Noël, l’intelligence artificielle commence à s’introduire dans nos festivités.

Selon la légende, les lutins travaillent toute l’année dans l’atelier du père Noël pour fabriquer les cadeaux qui seront ensuite déballés à la merveille des petits et des grands. Mais désormais, ce ne sont pas seulement les compagnons du bonhomme en rouge qui facilitent les préparations pour nous mettre dans l’esprit de la magie de Noël. L’intelligence artificielle (IA) s’est jointe au temps des Fêtes. De nos achats en ligne à des tâches un peu plus loufoques, voici quelques exemples de son usage.

Les achats en ligne
 

Le total des achats en ligne par les adultes québécois s’élevait à 10,5 milliards de dollars pour l’année 2018, selon un rapport publié en mars par NETendances du Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations.

Cette tendance explique pourquoi le Vendredi fou, qui marque traditionnellement le coup d’envoi des achats de Noël en Amérique du Nord, est aujourd’hui suivi par le Cyber lundi. L’intelligence artificielle permet aux cybercommerçants d’offrir une expérience de magasinage personnalisée et d’adapter leurs recommandations à chaque individu.

« Pour les entreprises, au-delà d’aller augmenter leurs ventes, [l’avantage] est surtout de venir proposer des produits qui vont précisément plaire à leurs clients. [Ils seront] plus susceptibles de revenir dans cette boutique-là, car ils auront été bien servis la première fois », observe Émilie Vion, fondatrice de Projet initIAtives, une entreprise qui vise à sensibiliser les gens à l’effet de l’IA en milieu professionnel.

À partir d’une démarche algorithmique basée sur un socle de données impressionnant, Amazon et d’autres géants de la grande distribution Web peuvent ainsi intégrer dans leurs modèles prédictifs de nombreux facteurs, tels que le lieu d’achat, la typologie du client et son historique d’achat.

« Pourquoi Amazon est si populaire ? Elle domine le commerce électronique aux États-Unis et de plus en plus au Canada, lance au bout du fil Jean Bélanger, le p.-d.g. de Cerebri AI, une entreprise qui offre des solutions en expérience client aux 500 plus grandes entreprises américaine. Une des choses remarquables qu’Amazon a pu faire est de traiter chaque client en tant qu’individu. Chaque acheteur a une page d’accueil adaptée à [ses] besoins. Pensez-y. [Elle a] plus de 100 millions de clients. »

« Nous ne voulons pas voir sur notre page d’accueil des produits que nous n’avons pas intérêt à acheter, ajoute M. Bélanger. Les gens s’attendent à être traités comme des personnes à part entière, et non comme faisant partie d’un large segment de la société. »

Publié en janvier 2019, un sondage mené par des chercheurs de l’Université d’Oxford a sollicité près de 500 Américains afin d’évaluer leur niveau de connaissance des multiples applications de l’IA. Seulement 28 % des répondants ont dit être au fait de son utilisation par Amazon et Netflix pour générer des recommandations. De plus, 64 % n’étaient pas au courant que le moteur de recherche Google est optimisé par l’IA.

Des chansons de Noël écrites par des robots

Chaque année en décembre, les mêmes ritournelles de Noël tournent à la radio et dans les centres commerciaux. Dès qu’on entend ces refrains familiers, on se laisse emporter par nos souvenirs de célébration en famille.

S’il est désormais presque impossible de composer une nouvelle chanson de Noël à succès des chercheurs de l’Université de Toronto ont réussi à faire écrire un chant de Noël par une intelligence artificielle. En 2016, l’équipe a téléchargé plus de cent heures de chansons pop dans un réseau neuronal récurrent. De manière semblable à un cerveau humain, le système a appris en créant des liens entre les données transmises.

Le résultat final casse les oreilles, mais cela reste une prouesse technologique. Lorsqu’on parle d’IA, il y a habituellement deux camps : les optimistes et les pessimistes. Pour Hang Chu, un étudiant au doctorat qui a participé au projet, l’objectif était de souligner les possibilités de créativité de l’IA.

« Je crois que l’intégration de l’IA dans la musique va bientôt devenir courante. L’IA pourrait aider les artistes à composer de la musique. Et ce qui m’excite encore plus : le potentiel de nouvelles formes d’art », soutient M. Chu en entrevue au Devoir.

Mettre fin au gaspillage des restes
 

Noël est terminé, les convives sont partis et le frigo regorge de restes de dinde, de farce et de plats végétariens. Un manque d’inspiration entraîne souvent le gaspillage alimentaire, et ce problème s’étend tout au long de l’année. Selon Recyc-Québec, 35,5 millions de tonnes de nourriture sont jetées au Canada. De ce chiffre, on évalue à 11,5 millions de tonnes la quantité de déchets évitables.

Pour contrer ce problème, des chercheurs à travers le monde développent des systèmes d’IA qui peuvent générer des recettes à partir de ce qui se trouve dans nos frigos. À titre d’exemple, Forage, un algorithme d’apprentissage automatique conçu par une équipe de l’Université Stanford, en Californie, opère un réseau neuronal récurrent pour générer des recettes originales.

L’année dernière, la BBC, le service public audiovisuel britannique, a mis à l’épreuve ces technologies gastronomiques en élaborant un menu entièrement basé sur les restes de Noël. Résultat ? Croquettes de dinde, ragoût de patates espagnoles et croûte de pommes aux épices. Toutefois, comme l’IA qui produit les chansons de Noël, le système devra aussi être peaufiné, et les grands chefs ne vont pas disparaître d’ici peu.

Sur les traces du père Noël et des futurs employés
 

Depuis des décennies, le Commandement militaire chargé de la sécurité aérienne des États-Unis et du Canada (NORAD) surveille étroitement la tournée du père Noël, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à Chibougamau. Ce n’est qu’en 2004 que Google s’est lancé sur les traces du traîneau pour se mettre dans l’esprit des Fêtes. L’outil interactif de Google s’améliore d’année en année, ajoutant de nouvelles fonctionnalités qui rallument l’imaginaire collectif.

Cette année, la mise à jour a permis à l’Assistant Google, l’appareil personnel intelligent, de relayer en temps réel les signes d’activité de l’homme à la barbe blanche. L’application comporte également un nouveau jeu, Code Boogie, qui permet aux enfants d’apprendre à programmer. Les programmeurs sont très demandés par les entreprises de haute technologie, ce qui pourrait expliquer cette stratégie de formation des jeunes amis du père Noël.

Pour Émilie Vion, le grand public doit être davantage sensibilisé à l’intelligence artificielle, dont l’application continue à faire des vagues dans plusieurs secteurs, avant de s’en méfier ou de l’accueillir à bras ouverts

« Il faut qu’il y ait une [prise de conscience], du côté entreprise et du côté citoyen pour venir présenter ce que c’est et ce que cela peut offrir. […] Il faut aussi présenter les limites d’utilisation qu’on peut avoir, d’un point de vue législatif et éthique. Nous sommes dans une période de transition où l’on peut encore prendre les décisions de ce qu’on veut confier aux IA ou pas. »