Bilan en demi-teinte au retour de la capsule «Starliner» de Boeing

«Starliner» a atterri dimanche sur la base de White Sands, un morceau de désert de l’armée dans le Nouveau-Mexique, à 5 h 58 (7 h 58 à Montréal).
Photo: Nasa via Agence France-Presse «Starliner» a atterri dimanche sur la base de White Sands, un morceau de désert de l’armée dans le Nouveau-Mexique, à 5 h 58 (7 h 58 à Montréal).

La capsule spatiale de Boeing, Starliner, sans équipage à bord, a atterri sans encombre dimanche dans un désert de l’ouest des États-Unis après avoir écourté sa mission d’essai en orbite, lors de laquelle elle aurait dû s’amarrer à la Station spatiale internationale (SSI).

L’échec partiel de la mission est un revers pour le géant de l’industrie aérospatiale, dont la réputation est ternie par deux accidents de son avion vedette 737 MAX, et pour la NASA, qui compte sur ce véhicule pour envoyer dès 2020 ses astronautes dans la SSI afin de rompre la dépendance envers la Russie, seul pays depuis 2011 à opérer des vaisseaux spatiaux habités, les Soyouz.

L’agence spatiale américaine doit désormais décider si le retour sans dommage de la capsule suffira à prouver que c’est un véhicule sûr pour y placer ses équipages. Le patron de la NASA, Jim Bridenstine, n’a rien exclu.

Starliner a atterri de nuit sur la base de White Sands, un morceau de désert de l’armée dans le Nouveau-Mexique, à 5 h 58 (7 h 58 à Montréal). Sa descente, retransmise en direct par des caméras infrarouges, a été ralentie par trois grands parachutes, et l’atterrissage amorti par de grands coussins gonflables.

« Le véhicule a l’air d’être dans un état fantastique », ont rapporté les équipes de récupération, selon Steve Siceloff, de Boeing.

Dans les salles de contrôle de Houston, les ingénieurs et hauts responsables de la NASA et de Boeing se félicitaient, apparemment soulagés que la mission, après un début raté, se soit ensuite bien déroulée.

La capsule avait été lancée vendredi de Cap Canaveral, en Floride, sur la côte atlantique, par une fusée Atlas V, construite par United Launch Alliance.

Peu après la séparation de la fusée, Starliner n’a pas allumé ses propulseurs comme prévu, et elle ne s’est donc pas placée sur la bonne trajectoire pour gagner en altitude et rattraper la SSI, qui fait le tour de la Terre à 28 000 km/h, à environ 400 km d’altitude.

Le problème est dû au compteur de temps écoulé, qui affichait un temps erroné et a fait croire à la capsule qu’elle était plus tard dans la mission. Agissant automatiquement, elle a tenté de corriger sa position et utilisé trop de carburant dans la manoeuvre, empêchant la poursuite de la mission.

Boeing et la NASA ont donc décidé de la faire revenir prématurément, et de profiter des 48 heures en orbite pour tester le plus de systèmes possible, comme les propulseurs, les batteries, ou encore le système qui chauffe et refroidit l’intérieur de la capsule, conçue pour transporter quatre astronautes.

Le retour apparemment réussi devrait conforter la NASA si elle décidait de maintenir le calendrier d’un premier vol habité de Starliner début 2020, avec à bord l’astronaute d’essai de Boeing, Chris Ferguson, et les astronautes de la NASA Nicole Mann et Mike Fincke.

SpaceX, l’autre taxi

L’administrateur de la NASA, Jim Bridenstine, est sous pression pour faire reprendre les vols habités lancés depuis les États-Unis après bientôt neuf ans d’interruption, sans compter le programme Artémis de retour sur la Lune en 2024, une date jugée irréaliste par beaucoup d’experts.

Le dernier vol confirmé d’un astronaute américain est prévu en avril 2020 à bord d’une fusée Soyouz. La NASA négocie pour des billets supplémentaires à l’automne 2020 et en 2021, car les États-Unis ne conçoivent pas de ne plus avoir d’astronautes dans la SSI.

Depuis vendredi, Jim Bridenstine a choisi de mettre en valeur ce qui avait bien fonctionné dans la mission actuelle : la coordination NASA-Boeing, la bonne santé du véhicule, et le fait que si des astronautes avaient été à bord, ils auraient toujours été en sécurité.

« Beaucoup de choses se sont bien passées aujourd’hui. C’est pour cela qu’on fait des tests », avait-il déclaré en ouvrant la première conférence de presse après le problème de vendredi.

Quoi qu’il arrive avec Boeing, la société rivale SpaceX a développé sa propre capsule pour la NASA, Crew Dragon. Elle a effectué un aller-retour vers la SSI en mars dernier, et finalise en ce moment des tests de parachutes, dans le but d’obtenir l’homologation de la NASA et d’effectuer son premier vol habité au début de l’année.