De la recherche fondamentale à la diplomatie

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Gabrielle Simard, dans le tunnel HERA, un accélérateur de particules situé à Hambourg, en Allemagne
Fonds de recherche du Québec Gabrielle Simard, dans le tunnel HERA, un accélérateur de particules situé à Hambourg, en Allemagne

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Deux représentants de la relève scientifique ont été sélectionnés l’an dernier dans le cadre du projet-pilote de stages scientifiques réalisés au sein de représentations du Québec à Londres (Royaume-Uni) et à Munich (Allemagne). L’objectif principal de cette initiative est de promouvoir le rôle de l’expertise scientifique en matière de diplomatie.

Gabrielle Simard, docteure en astrophysique, diplômée de l’Université McGill, a été choisie pour accomplir son stage au sein de la représentation de Munich. Quant à Jean-Christian Lemay, il a terminé ses études doctorales en chimie à l’Université Laval, et il réalise son stage au sein de la représentation de Londres. Prévus pour durer un an, ces stages ont été reconduits pour une durée supplémentaire de 12 mois et prendront donc fin à l’automne 2020.

« En plus d’offrir l’occasion à madame Simard et à monsieur Lemay de mettre à contribution leur formation scientifique dans un cadre diplomatique, je souhaite que ces stages puissent servir d’exemples pour de nombreux diplômés universitaires », a déclaré le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, à l’initiative de ce projet. « Le Québec et ses institutions ont besoin d’une relève formée en recherche afin de jouer un rôle au niveau international et en diplomatie scientifique. »

Représenter les acteurs de la recherche du Québec

Parallèlement à ses études, Gabrielle Simard a toujours eu un faible pour la vulgarisation scientifique. Elle s’est impliquée dans plusieurs programmes destinés notamment à aller parler de science dans les écoles primaires du Québec.

« J’ai très vite développé un intérêt pour le fait de partager mon univers scientifique avec différents publics, raconte celle qui est sortie docteure en astrophysique de l’Université McGill en 2017. Et puis, j’ai aussi voyagé plusieurs fois dans le cadre de mes études. Ça m’a permis de me rendre compte que la science est un excellent langage commun. »

Lorsque l’offre de stage a été affichée, la jeune chercheuse a donc tout de suite su que c’était pour elle. « Je n’en croyais juste pas mes yeux ! » lance-t-elle.

Des sciences plus ouvertes, accessibles, inclusives

À Munich, elle couvre le territoire de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche. Elle explique que si le poste est basé à Munich, c’est que les relations entre le Québec et la Bavière sont fortes et historiques du point de vue économique, culturel et scientifique.

« Mon rôle est de soutenir le développement de partenariats et de représenter les acteurs de la recherche du Québec sur mon territoire, indique-t-elle. Quand des délégations du gouvernement ou des organismes du Québec viennent en mission, je m’occupe de la partie scientifique. Rencontres, visites de centres, tables rondes, etc. »

 
Photo: Fonds de recherche du Québec Jean-Christian Lemay, devant son bureau à Londres, où il cherche à créer des liens et des occasions de partenariats entre les chercheurs québécois et ceux du Royaume-Uni, de l’Irlande et des pays nordiques.

Ainsi, lors de la foire de Hanovre, en Allemagne, Mme Simard a organisé une table ronde sur la place des femmes dans le secteur manufacturier en réunissant des expertes du Québec et de son territoire. Durant sa première année de stage, elle a par ailleurs fait beaucoup de recherches sur le système d’éducation allemand afin d’aider les universitaires québécois à frapper aux bonnes portes quand vient notamment le temps de faire des demandes de subvention.

Très heureuse dans le milieu de la diplomatie, elle envisage aujourd’hui d’en faire sa carrière. Elle croit d’ailleurs qu’il serait irréaliste de retourner en astrophysique.

« La recherche fondamentale de pointe, ça va très vite et ça ne s’arrête pas sous prétexte que toi, tu fais un pas de côté, affirme-t-elle. Il y a une pureté dans la physique qu’on ne retrouve pas ailleurs, et ça, ça me manque. Mais ce qui me guide aujourd’hui, c’est de faire des sciences plus ouvertes, accessibles, inclusives. »

Faciliter les liens entre les chercheurs

« À la mi-parcours, durant mon doctorat, je me suis intéressé à la question de la valorisation du rôle de chercheur dans la société, raconte Jean-Christian Lemay. Je me suis alors impliqué dans des associations étudiantes en relation avec l’entrepreneuriat scientifique. »

Au printemps 2018, il participe à une université d’été intitulée Science Outside the Lab-North destinée à initier de jeunes chercheurs venus de disciplines diverses et variées au monde de la politique scientifique et de la prise de décision.

« C’est là que j’ai entendu parler du poste de stagiaire à Londres, indique-t-il. Plusieurs personnes m’ont suggéré de poser ma candidature. J’ai passé les entrevues au moment où je parcourais le chemin de Compostelle. Dès que je suis rentré, j’ai préparé mon déménagement. »

Un véhicule pour diversifier les relations

Son rôle, Jean-Christian Lemay le voit comme celui d’un facilitateur. Il crée des liens et des occasions de partenariats de recherche et d’innovation entre les chercheurs québécois et ceux du Royaume-Uni, de l’Irlande et des pays nordiques. Il dresse également la liste des organismes auprès desquels les chercheurs pourraient faire des demandes de financement. Il s’agit en réalité de bâtir un réseau et de développer le secteur.

Pour commencer, M. Lemay se concentre tout particulièrement sur les secteurs de l’intelligence artificielle et des technologies quantiques, très porteurs actuellement, mais il couvre également les sciences sociales, les humanités, la santé ou encore la biologie. L’accompagnement qu’il propose aux chercheurs peut également prendre parfois la forme de visites de centres de recherche sur son territoire ou de l’organisation d’ateliers.

« Nous avons par exemple organisé, début juin, un atelier commun Canada – Royaume-Uni et France à Londres, raconte-t-il. Nous avons profité de cet événement pour mettre en avant nos chercheurs et nos entreprises québécoises dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ce n’est que le début, mais nous avons vraiment des occasions excitantes de collaboration qui s’en viennent. »

Depuis un an, à Londres, Jean-François Lemay a pu mesurer combien par la science, il est possible de valoriser toute la richesse du Québec.

« C’est un véhicule pour diversifier les relations entre certaines régions du monde, avance-t-il. C’est sûr qu’au départ, on ne fait pas un doctorat en chimie en pensant se retrouver dans un poste en diplomatie. Mais je suis fier de mon rôle aujourd’hui parce qu’il est primordial de s’assurer que les résultats scientifiques sont utiles à toute la société. »