La science, un «langage commun» entre les peuples

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le président du Centre de recherches pour le développement international, Jean Lebel, aux côtés de la ministre rwandaise de l’information et des communications, de la technologie et de l’innovation, Paula Ingabire, lors d’une visite dans le cadre du 25e anniversaire du génocide au Rwanda.
Sgt Johanie Maheu, Rideau Hall Le président du Centre de recherches pour le développement international, Jean Lebel, aux côtés de la ministre rwandaise de l’information et des communications, de la technologie et de l’innovation, Paula Ingabire, lors d’une visite dans le cadre du 25e anniversaire du génocide au Rwanda.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La science permet aux hommes et aux nations d’entrer facilement en communication, croit le président du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), Jean Lebel. Et, par le fait même, d’entretenir des relations diplomatiques.

« Parce que la science est universelle, précise-t-il. C’est un langage commun à l’échelle de la planète. Comme les arts et la culture en général. Cela facilite les discussions entre les nations. »

Le CRDI est une société d’État canadienne qui finance des travaux de recherche dans les pays en développement afin d’y favoriser la croissance, de réduire la pauvreté et d’impulser des changements positifs à grande échelle. M. Lebel souligne que son mandat n’est pas politique. D’une part, ce ne sont pas les ministres canadiens qui décident des programmes à financer dans les pays tiers. D’autre part, il n’est pas question de prendre parti pour un chef d’État ou un gouvernement en particulier, ou, au contraire, d’en soutenir l’opposition.

« Notre mandat est purement scientifique, fait-il valoir. Nous finançons l’avancement des savoirs et des idées. »

Il raconte qu’à l’époque du règne de Pinochet au Chili, le CRDI avait financé le travail de recherche d’un tout jeune chercheur qui s’appelait… Ricardo Lagos.

« On ne savait pas à l’époque qu’il deviendrait l’un des adversaires de Pinochet, puis président de la république, indique Jean Lebel. Il était au doctorat et ses recherches étaient prometteuses. Dans un contexte où le pouvoir en place refusait de financer la science parce que les résultats auraient pu ne pas le satisfaire, le CRDI a versé des bourses à certains étudiants chiliens. Une fois à la tête de l’État, Lagos se souvenait de cela… Ça crée des liens entre les pays. »

Création de réseaux

L’histoire s’est ensuite répétée en Afrique du Sud dans les années 1990. Nelson Mandela sortait de prison et les premières élections démocratiques devaient avoir lieu.

« La tension était à son comble et les dirigeants avaient terriblement peur que cela se termine en bain de sang, explique le président du CRDI. Ils ont fait appel à nous. Mais au lieu de leur apporter une solution clé en main, nous sommes allés, visiter, avec des leaders et des chercheurs sud-africains, des pays qui avaient fait cette transition vers la démocratie. Ce sont eux qui, ensuite, ont pu appliquer à leur contexte ce qu’ils avaient vu. »

Quelques années plus tard, le premier cabinet Mandela comptait plusieurs chercheurs soutenus à un moment ou à un autre par le CRDI.

« C’est difficile de mesurer l’impact tangible de ce type d’actions, souligne M. Lebel. Mais c’est certain que cela crée des réseaux qui, à un certain moment, sont susceptibles de servir. »

Le CRDI insiste sur l’importance d’être sur place pour affermir ses relations. Le Centre a des bureaux en Inde, en Jordanie, en Uruguay, au Kenya, et il vient d’en ouvrir un au Sénégal. M. Lebel explique que cela est même primordial dans le domaine de la santé, afin qu’un lien de confiance puisse se construire. Il n’est pas efficient d’arriver uniquement au moment des catastrophes et des crises.

Relation à long terme

Ainsi, lorsque le virus Ebola a sévi en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, dans les années 2000, la propagation a pu être stoppée en partie grâce au CRDI.

« Nous étions présents dans unhôpital, à Gulu, dans le nord de l’Ouganda, à la frontière avec la RDC, raconte M. Lebel. Cet hôpital recevait des fonds du CRDI pour former le personnel médical. Pas spécifiquement pour Ebola. Mais les gens qui avaient été formés savaient quoi faire en cas d’épidémie et de pandémie. Ils ont réussi à arrêter la propagation dans un contexte extrêmement difficile de conflit. »

Le Centre travaille aujourd’hui sur un projet de vaccination des animaux dans les pays émergents, en collaboration avec la Fondation Bill et Melinda Gates. Nombre de maladies humaines, telles que la peste porcine ou encore la péripneumonie bovine, sont en effet transmises par les animaux et les paysans n’ont pas les moyens de faire vacciner leurs troupeaux à grande échelle.

« Nous ne sommes pas des chercheurs, insiste Jean Lebel. Nous écoutons les chercheurs locaux et nous finançons les programmes qui remontent du terrain. C’est une relation à long terme, à travers nos bureaux régionaux. Nous tenons notre crédibilité de nos presque 50 ans d’existence et du fait que nous n’intervenons pas dans les débats politiques locaux. Nous finançons en revanche la diversité des idées. »