Diplomatie scientifique, diplomatie d’influence

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le Québec développe de plus en plus de relations avec les pays émergents, dont la Côte d’Ivoire, où il a ouvert une délégation en 2017. Sur la photo, on aperçoit le marché d’Adjamé, à Abidjan, la principale ville du pays.
Eva Blue / Unsplash Le Québec développe de plus en plus de relations avec les pays émergents, dont la Côte d’Ivoire, où il a ouvert une délégation en 2017. Sur la photo, on aperçoit le marché d’Adjamé, à Abidjan, la principale ville du pays.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Québec a ouvert trois nouvelles délégations en Afrique ces dernières années. La promotion de la science et les partenariats scientifiques y occupent une place particulièrement importante.

« La diplomatie, ce n’est pas seulement des relations entre États, avance Michel Audet, représentant personnel du premier ministre du Québec, François Legault, dans la francophonie. Il y a ce que l’on appelle le soft power, la diplomatie d’influence. Comme on peut le faire avec la culture, l’éducation, l’environnement, etc. Les chercheurs sont de plus en plus mobiles à l’international. Indirectement, ils sont des ambassadeurs des savoir-faire du Québec. »

Il précise que le Québec se sert de ce phénomène pour rayonner et promouvoir ses intérêts. « Cela permet de mettre le drapeau du Québec en avant », lance-t-il.

Rendre les gens plus autonomes

Si le Québec est particulièrement présent à travers ses délégations dans les pays occidentaux, il développe de plus en plus de relations avec les pays émergents. Dans les trois dernières années, des délégations ont ainsi été ouvertes au Maroc, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. En plus de représenter François Legault dans la francophonie, Michel Audet a d’ailleurs été nommé, au printemps, chargé de mission en Afrique.

« Ce sont des pays porteurs en matière de proximité et d’intérêts pour le Québec, fait-il remarquer. Leurs besoins sont importants du point de vue du développement des infrastructures, des technologies numériques, de l’énergie. Ils sont axés sur les technologies vertes et les énergies renouvelables, deux domaines dans lesquels les chercheurs québécois se font remarquer. Il y a donc matière à monter d’abord des partenariats entre chercheurs, puis des partenariats économiques. »

Les délégations organisent également des ateliers scientifiques dans la zone territoriale qu’elles couvrent. Les universités québécoises ont, elles aussi, des partenariats privilégiés avec des établissements universitaires, en Afrique surtout.

« Ces différentes actions permettent notamment de former les élites politiques à la gouvernance, à l’administration publique, à l’exploitation des ressources naturelles, etc., explique M. Audet. Elles apportent du soutien aux secteurs de la connaissance afin de développer les capacités et de rendre les gens plus autonomes. »

« En même temps, cela crée un maillage entre universitaires, qui peuvent être amenés plus tard à occuper de hautes fonctions dans leurs pays », ajoute-t-il.

Michel Audet souligne par ailleurs la clairvoyance du scientifique en chef Rémi Quirion, qui a su développer une approche et des programmes de recherche bilatéraux avec un certain nombre de pays émergents. Il est également très actif dans le regroupement des scientifiques en chef dans le monde. Il participe ainsi activement à l’International Network for Government Science Advice (INGSA), une plateforme collaborative réunissant diverses organisations consultatives nationales et internationales en sciences afin de faciliter les échanges politiques, le renforcement des capacités et la recherche en matière de conseil scientifique. Rémi Quirion en est le vice-président.

Politiques basées sur des données probantes

Que ce soit en santé, en éducation, en sécurité alimentaire, dans la lutte contre les changements climatiques, l’exploitation des ressources naturelles, etc., les conseillères et conseillers scientifiques sont de plus en plus sollicités par les décideurs pour élaborer et mettre en place des politiques publiques basées sur des données probantes. L’INGSA offre ainsi régulièrement aux gouvernements, en particulier sur le continent africain, des ateliers de formation permettant de renforcer les capacités en conseil scientifique.

Un premier atelier s’est tenu en 2016 à Hermanus, en Afrique du Sud. Un deuxième a suivi en 2017, à Dakar, au Sénégal, pour les acteurs de l’Afrique de l’Ouest, puis un autre cet été, à Yaoundé, au Cameroun, pour l’Afrique centrale.

« Il s’agit de comprendre comment les savoirs et les connaissances peuvent servir à prendre de bonnes décisions politiques, précise Michel Audet. Les gens qui participent à ces ateliers travaillent dans les ministères de l’Éducation, supervisent l’action des universités, sont hauts fonctionnaires dans des ministères clés, font partie de cabinets politiques. C’est une action du Québec dans les pays émergents ; un cas très concret de diplomatie scientifique. »

Une action peu connue, qui gagnerait à être étendue, ajoute le représentant du premier ministre. Selon lui, l’INGSA devrait avoir une empreinte beaucoup plus importante en Afrique francophone, alors que ce regroupement est plus implanté dans le monde anglophone.

« On travaille ensemble pour essayer de faire progresser ce dossier, confie-t-il. Dans le contexte d’internationalisation de nos sociétés, la science est un moyen de se faire des relations. Il ne faut surtout pas le négliger. »