La science, au coeur de la relation Québec-France

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Le Québec et la France partagent  une langue et plusieurs valeurs communes, ce qui facilite l’établissement de relations solides.Le Québec et la France partagent une langue et plusieurs valeurs communes, ce qui facilite l’établissement de relations solides.
Getty Images / iStockphotoGetty Images Le Québec et la France partagent une langue et plusieurs valeurs communes, ce qui facilite l’établissement de relations solides.Le Québec et la France partagent une langue et plusieurs valeurs communes, ce qui facilite l’établissement de relations solides.

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Lorsque l’on pense à la diplomatie, on envisage assez aisément le rôle du politique et de l'économique, mais on oublie trop souvent le volet scientifique. Pourtant, les collaborations entre les chercheurs et les universités de différents pays abondent depuis bon nombre d’années. Les ambassades et les délégations à l’étranger jouent un rôle crucial pour encourager et accompagner la naissance de ces collaborations.

Celle-ci est particulièrement marquée dans les relations entre le Québec et la France. La première entente de coopération signée entre la Belle Province et l’Hexagone, en février 1965, le fut d’ailleurs dans le domaine de l’éducation. Elle fut la pierre d’assise du développement du rayonnement diplomatique du Québec dans le monde, puisque, pour la première fois, le Québec traitait directement, en son propre nom, avec un autre pays souverain. Au fil des ans, les projets et ententes dans le milieu de l’éducation et de la recherche se sont multipliés.

Des objectifs communs

« Les gouvernements du Québec et de la France voient bien qu’ils ont tout intérêt à travailler ensemble sur certains grands enjeux qui ne connaissent pas de frontières, comme les changements climatiques, le vieillissement de la population ou l’intelligence artificielle », note Michèle Boisvert, déléguée générale du Québec à Paris depuis avril dernier.

Le Québec et la France partagent une langue et plusieurs valeurs communes, ce qui facilite l’établissement de relations solides. Toutefois, bien que leurs objectifs soient souvent les mêmes, des divergences culturelles débouchent sur des approches différentes pour les atteindre. « C’est justement ce choc des idées qui permet d’innover et de le faire plus rapidement qu’en travaillant chacun de son côté », précise Mme Boisvert.

Les entreprises désireuses d’alimenter leur croissance par des innovations peuvent aussi compter sur les services des délégations à l’étranger pour les mettre en contact avec des chercheurs ou des centres de recherche ou d’innovation intéressants. « Le gouvernement québécois entend d’ailleurs faire encore plus d’efforts pour rapprocher la science des entreprises, confie Michèle Boisvert. L’un de mes mandats est justement de m’assurer que ce qui se fait en recherche puisse percoler jusque dans le milieu des affaires. »

Elle ajoute que les relations entre le Québec et la France constituent une belle voie d’entrée vers d’autres pays de l’Union européenne. C’est d’autant plus vrai qu’en Europe, plusieurs organismes et projets de recherche sont financés par l’Union européenne. Cela offre donc, aux chercheurs québécois, la possibilité de collaborer à des projets de recherche de grande envergure.

Jouer les marieuses

Le projet LifeTime, piloté en France par l’Institut Curie et en Allemagne par le Centre Max Delbrück, en constitue un bel exemple. Ce consortium composé de 120 scientifiques répartis dans plus de 18 pays souhaite comprendre comment les maladies se déclarent et se développent en étudiant le comportement de nos génomes dans chaque cellule. Génome Québec est membre de ce consortium, faisant du Québec le seul participant non européen à ce projet avec Israël.

Un petit exploit que l’on doit en grande partie à Caroline Mailloux, attachée scientifique de la délégation générale du Québec à Paris. À ce titre, elle coanime un réseau de conseillers et d’attachés scientifiques des ambassades présentes à Paris. Ce dernier avait été approché par l’Institut Curie, qui souhaitait présenter son projet aux attachés scientifiques des ambassades européennes. Caroline Mailloux aparticipé à l’organisation de cette rencontre. En y assistant, elle a vite vu les atouts de ce projet et l’intérêt qu’il y aurait à y associer des chercheurs du Québec. C’est elle qui a soulevé l’idée auprès de Geneviève Almouzni, directrice de recherche au CNRS et co-coordonnatrice de LifeTime. Le tout a débouché sur une entente entre l’Institut Curie et Génome Québec.

« Je suis un peu une marieuse, en fait, illustre Caroline Mailloux en riant. Mon rôle consiste à créer des liens entre les organismes français et québécois de recherche et les milieux universitaires dans des domaines où les gouvernements de la France et du Québec ont défini des enjeux prioritaires. »

Elle donne l’exemple de la création, en octobre 2016, de l’Institut France-Québec pour la coopération scientifique en appui au secteur maritime (IFQM). Cette entente découle directement de la 19e rencontre alternée des premiers ministres français et québécois (les premiers ministres se rencontrent tous les deux ans et alternent entre le Québec et la France). L’Institut est dirigé par l’Université du Québec à Rimouski et l’Université de Bretagne occidentale de Brest. Il travaille sur des questions comme l’impact des changements climatiques sur les océans, la santé des écosystèmes ou encore la pêche et l’aquaculture. Des intérêts communs pour deux États qui partagent un même océan, à quelque 4500 kilomètres de distance.

Nourrir la relation

La délégation générale du Québec à Paris est la seule à compter sur une attachée scientifique dont la vocation est principalement universitaire. Les autres représentations ont plutôt des conseillers et attachés dont le rôle est centré autour de l’innovation et de l’économie, un poste que l’on retrouve aussi à Paris. À ce titre, Caroline Mailloux est appelée à conseiller des chercheurs ou organisations et à les mettre en contact avec les bonnes ressources, à les accompagner dans la construction d’un projet ou dans son financement et surtout à s’assurer que la science québécoise rayonne en France et en Europe.

Cultiver ses relations en France et trouver les bons interlocuteurs, parfois avant même qu’ils occupent des postes importants, est donc crucial pour elle. Elle a par exemple noué de bonnes relations avec Cédric Villani lorsqu’il était directeur de l’Institut Henri-Poincaré, soit avant qu’il ne devienne député. Depuis quatre ans, la délégation participe aussi à la Fête de la science, ce qui l’a beaucoup rapprochée du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation français. L’an dernier, cela a permis d’organiser une exposition des œuvres des gagnants des dix dernières éditions du concours La preuve par l’image de l’Acfas, affichées au ministère pendant deux mois.

« Mon rôle est de continuer à nourrir la relation très privilégiée, de nation à nation, que nous entretenons avec la France, et la diplomatie scientifique joue un rôle important en ce sens », conclut Michèle Boisvert.