Allaiter son enfant, pour l’amour de la planète

Selon les plus récentes données sur le taux d’allaitement au pays qui datent de 2011-2012, le Canada et le Québec font piètre figure en la matière.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Selon les plus récentes données sur le taux d’allaitement au pays qui datent de 2011-2012, le Canada et le Québec font piètre figure en la matière.

Les bienfaits de l’allaitement sur la santé du nouveau-né et celle de la mère sont connus depuis longtemps. Cette fois, un article scientifique publié dans le British Medical Journal souligne que l’empreinte écologique de l’allaitement est minime, voire nulle, comparativement à celle des préparations de lait maternisé dont la production contribue à la dégradation de l’environnement et aux changements climatiques.

Selon cet article signé par la Dre Natalie Shenker de l’Imperial College London et ses collègues, allaiter au sein un nouveau-né pendant les six premiers mois de sa vie préviendrait la production de 95 à 153 kg de CO₂ provoquée par l’utilisation de lait maternisé. Inciter et aider les femmes britanniques à allaiter permettrait de réduire les émissions de carbone qu’induisent entre 50 000 et 77 500 voitures par année.

Les auteurs soulignent que la plupart des préparations de lait maternisé pour nourrissons sont constituées à base de lait de vache, et que l’élevage de bovins dégage du méthane, un gaz à effet de serre (GES) qui piège 30 fois plus puissamment la chaleur dans l’atmosphère terrestre que le dioxyde de carbone. « L’industrie alimentaire, particulièrement la production laitière et de viande, est responsable de près de 30 % des GES générés sur la planète », rappellent-ils. Les chercheurs précisent aussi que la production d’un kilogramme de poudre de lait de vache nécessite 4700 litres d’eau.

De plus, comme la poudre de lait de vache seule n’est pas suffisante pour le développement optimal du bébé, cette poudre est enrichie par l’ajout d’huiles de tournesol, de colza, de coco et de palme, d’huiles fongiques, de poissons et d’algues, ainsi que de minéraux et de vitamines. « Bien qu’il ne soit pas clair que ces suppléments sont vraiment appropriés du point de vue nutritionnel et du développement, leur production a par contre un effet indéniable sur l’environnement », soulignent-ils.

 
95 kg
C’est la borne inférieure de l’estimation des émissions de GES associées à six mois de préparation de lait maternisé, selon les auteurs de l’étude.

Qui plus est, les chercheurs ajoutent que, pour préparer un biberon de lait maternisé de façon sécuritaire, on doit dissoudre la poudre dans de l’eau ayant été chauffée au minimum à 70 °C. La dépense d’énergie requise pour faire bouillir l’eau nécessaire à la préparation du lait pour nourrir un bébé pendant une année entière correspond à celle pouvant servir à la recharge de 200 millions de téléphones intelligents, chaque année.

Les auteurs relatent par ailleurs une étude ayant montré qu’en 2009, 550 millions de conserves de lait maternisé, ce qui correspond à 86 000 tonnes de métal et à 364 000 tonnes de papier, étaient déversées dans les sites d’enfouissement chaque année. Et ils affirment que l’industrie des préparations pour nourrissons a plus que doublé depuis 2009.


Peu d'allaitement maternel
 

Actuellement, seulement 40 à 50 usines de transformation de lait maternisé existent à travers le monde et produisent environ 3,8 millions de tonnes de préparations lactées pour nourrissons chaque année. Le transport des ingrédients de base jusqu’à ces usines et celui des produits finis jusqu’aux consommateurs partout dans le monde constituent une autre source importante d’émission de GES, écrivent les chercheurs.

Par contre, « l’allaitement maternel requiert peu de ressources et produit très peu, voire aucun déchet ». Qui plus est, il améliore « la santé de la mère et des enfants qui, de ce fait, ont moins recours aux services de soins de santé », font remarquer les auteurs de l’article.

Selon ces derniers, l’importante empreinte écologique des préparations de lait maternisé constitue un argument supplémentaire pour encourager les femmes à allaiter et pour leur venir en aide quand elles éprouvent des difficultés à le faire. Car l’allaitement maternel n’est encore aujourd’hui pas adopté aussi souvent que le recommande l’Organisation mondiale de la santé (OMS), puisque seulement 40 % des 141 millions de bébés qui naissent annuellement sont allaités exclusivement au sein pendant les six premiers mois de leur vie.

Le Canada et le Québec font aussi piètre figure en la matière. Selon les plus récentes données disponibles sur le taux d’allaitement au pays qui datent de 2011-2012, seulement 26 % des Canadiennes ont pratiqué l’allaitement exclusif pendant six mois, et aussi peu que 19 % des Québécoises l’ont fait. Selon le pédiatre Jack Newman, de Toronto, spécialiste de l’allaitement maternel depuis 1984, ces taux n’ont probablement pas augmenté depuis 2012 et demeurent représentatifs de la situation actuelle. Pourtant, « le lait maternel et le lait maternisé, ce n’est pas du tout la même chose. Ils ont peut-être la même couleur blanche et sont tous les deux liquides, mais les ressemblances s’arrêtent là. Tous les additifs qu’on ajoute au lait de vache dans le lait maternisé n’ont pas d’importance », déclare-t-il.

Justement, « l’OMS demande aux intervenantes de ne pas utiliser l’expression “lait maternisé” qui donne l’impression que c’est presque pareil, ce que les compagnies pharmaceutiques qui en font la promotion se battent à nous faire croire. L’OMS recommande plutôt d’utiliser “substitut de lait” ou “formule pour nourrissons” », affirme Christiane Laberge, spécialiste en médecine familiale.

Ce manque d’adhésion à l’allaitement s’explique en grande partie par le fait que « la majorité des médecins n’ont jamais appris ce qu’il faut savoir pour aider les mères à réussir leur allaitement. Et dans la plupart des hôpitaux, on ne donne pas aux mères les bonnes informations qui leur permettraient d’allaiter adéquatement leur bébé. Par exemple, on leur dit qu’il est normal que leurs mamelons soient douloureux, alors que ce n’est pas vrai, et qu’il faut soigner ce problème le plus tôt possible à l’hôpital avant que ça devienne trop difficile. De plus, les médecins décident souvent à tort de donner des suppléments aux bébés qui semblent avoir perdu un peu de poids, et ce, sans avoir observé si les bébés tètent bien ou non au sein », affirme le Dr Newman qui insiste sur l’importance de « traiter les problèmes d’allaitement dès la première semaine après la naissance ou au plus tard durant la deuxième semaine. Sinon, ce sera probablement impossible de continuer d’allaiter. »

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La précision suivante a été apportée après la mise en ligne:

La publication du British Medical Journal dont nous rapportons les propos dans l'article ci-dessus est un éditorial.
De plus, dans le cinquième paragraphe, il fallait lire que «la dépense d'énergie requise pour faire bouillir l'eau nécessaire à la préparation du lait pour nourrir un bébé pendant une année entière correspond à celle pouvant servir à 200 millions de recharges uniques de téléphones cellulaires».
-Pauline Gravel

 

8 commentaires
  • Jacques Pellerin - Abonné 3 octobre 2019 05 h 41

    Encore de la culpabilisation....

    Les femmes qui prennent du lait maternisé n'ont pas toujours le choix

    ...et si le cout de la vie crée de la pollution carbone, pourquoi ne questionne-t-on pas les subventions aux journalisme
    ...est-ce que ca ne crée pas de la pollution aussi?

    • Roxane Bertrand - Abonnée 3 octobre 2019 12 h 16

      Si seulement 19% des femmes sont physiquement capable d'allaiter....je ne m’explique pas la survie de l’humanité.

      Cependant, les mères donnent tout ce qu’elles peuvent. S’il y a si peu de femmes qui allaite, le problème ne doit pas être remis sur le dos des mères.

  • Robert Beaulieu - Abonné 3 octobre 2019 09 h 53

    Allaiter est bel et bien un choix

    Les ''problèmes'' d'allaitement qui sont évoqués le plus souvent, du genre, insuffisance de lait ou inaptitude du bébé à extraire une quantité suffisante du précieux liquide ne sont jamais à vrai dire insurmontables. Ils ne sont dûs ni à la physiologie défaillante de la mère ou au manque de talent pour s'alimenter du poupon. Dans la très grande vaste majorité des cas il s'agit plutôt de raisons attribuables à la culture de la maman et de son entourage ainsi que de celle du personnel médical impliqué. Le manque de préparation et d'information de la mère, les mauvais conseils d'autres femmes qui n'ont pas allaité, le manque d'encouragement du conjoint et du milieu en général sont suffisant pour faire déraper le processus normal d'allaitement, à la fine pointe du développement humain. En 2019, avec la facilité d'accès à l'information, le sentiment de culpabilité ne peut être attribué à ceux qui transmettent la meilleure information possible pour l'alimentation optimale des bébés. De plus, le congé de maternité rend possible depuis longtemps au Québec cette pratique idéale, imbattable à tous points de vue. Les mères qui se retrouvent dans une situation défavorable à l'allaitement peuvent trouver de l'aide à l'extérieur de leur milieu auprès d'organismes tel que Nourri-source et la Ligue La Lèche.

    • Mélissa Basora - Abonnée 4 octobre 2019 10 h 22

      Vous ne semblez pas tenir compte de la réalité des femmes qui viennent seulement d’accoucher dans votre commentaire. Devenir mère est déjà en soi une grande adaptation et les premiers jours avec bébé sont cruciaux pour réussir l’allaitement. L’allaitement est un apprentissage en soi à part entière qui peut difficilement s’apprendre d’avance. Chaque femme apprend par essais/erreurs et il en va de même pour le poupon. Faut-il encore avoir la patience et la disponibilité dans ces moments généralement remplis de joie mais aussi de grande vulnérabilité. Certaines complications peuvent en effet décourager les femmes d’allaiter. Des contraintes médicales pour le bébé ou la mère peuvent ainsi défavoriser l’allaitement. Les allergies intenses de certains poupons peuvent également orienter le choix des parents vers des formules pour nourrissons. Les inquiétudes liées à la prise/perte de poids des nourrissons qui, avouons-le, peuvent tourner à l’obsession, finissent par dissuader les femmes d’allaiter aussi! C’est plus simple de donner de la formule et de savoir exactement quelle quantité l’enfant a bu. Les organismes que vous mentionnez existent mais est-ce bien le cas partout en région? Sont-ils connus ou accessibles partout ? Car va-t-on aussi se compliquer la vie en plein hiver avec un poupon si l’allaitement ne se passe pas bien? C’est toutes ces questions prises ensembles qu’il faut considérer.

    • Mélissa Basora - Abonnée 4 octobre 2019 10 h 26

      Les femmes peuvent prendre jusqu’à un an de congé de maternité au Québec, mais parfois, le % du salaire auxquels elles ont droit ne suffisent pas à payer toutes les dépenses courantes. Que représente 70% ou 55% du salaire minimum? Et qu’arrive t-il si elles sont seules? Un des grands problèmes que je constate au Québec par rapport à d’autres cultures plus traditionnelles, c’est que bien souvent, les nouvelles familles n’ont pas ou très peu de soutien de leur communauté et de leur propre famille. Combien de fois ai-je entendu : « Le choix d’avoir ou non des enfants est personnel! Assumez-le donc et arrêtez de vous plaindre! ». Les employeurs considèrent à peine la différence entre prendre congé pour un enfant malade et prendre des vacances! Je me le suis fait dire en entrevue; « il faut rester équitable entre ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en ont pas! ». Dans ces circonstances, il est difficile de remettre toute la responsabilité du poids environnemental sur le dos des mères, elles font ce qu’elles peuvent avec les moyens et l’aide qu’elles ont.

  • Mélissa Basora - Abonnée 3 octobre 2019 12 h 45

    L'allaitement devrait toujours être d'abord et avant tout un choix personnel qui revient à la femme qui allaite

    Je pense également que ce type d'arguments ne fait qu'augmenter la culpabilité des femmes qui choississent le "lait maternisé" pour diverses raisons, aussi valables les unes que les autres. Je trouve intéressant que des chercheurs s'intéressent à l'impact environnemental de la production de substitut de lait et/mais je suis d'avis que le reproche sur les méthodes de production devrait plutôt s'adresser à l'industrie qui le produit plutôt qu'aux consommateurs qui n'ont bien souvent pas d'autres options. Toutes les femmes ne peuvent pas allaiter naturellement, parfois pour des raisons biologiques et souvent en raison de contraintes financières liées au travail. Par ailleurs, pour avoir moi-même allaité mon fils pendant 3 ans, je sais également que l'allaitement maternel est très exigeant physiquement et même sur le plan mental (!) - cela peut également mener à l'épuisement / troubles de sommeil, etc.! - dans certaines cas, ces préparations ont joué un rôle extrêmement positif dans la vie des femmes modernes. Un des grands avantages que j'entrevois par ailleurs aux préparations pour nourissons consiste en la répartition plus équitable des tâches entre homme et femme, puisqu'un homme est tout aussi bien en mesure de nourrir son nourrisson au biberon que la femme! Allaiter ou non son enfant est d'abord et avant tout un choix personnel qui devrait être certes encouragé beaucoup plus largement socialement et également guidé par une meilleure compréhension des différents impacts possibles pour la mère, l'enfant et l'environnement, mais en tenant également compte des aspects propres à chaque situation. Certainement, les pratiques pourraient être améliorées, le soutien aux nouvelles mères, plus fort. L'allaitement ne va pas toujours de soit, surtout en Amérique du Nord où nous avons peu de modèles et d'expériences sur lesquelles nous appuyer, mais la culpabilisation des consommateurs n'amènera que peu de résultats. Voyons plutôt comment améliorer les impacts négatifs!

  • Alain Bolduc - Abonné 3 octobre 2019 17 h 52

    bientôt

    Bientôt pour l'humain faudra dire ''excuse me for living'' comme disent les Chinois.

  • Alexandre Nadeau - Inscrit 4 octobre 2019 20 h 03

    Mauvaise science

    La chercheuse prétent que l'empreinte écologique du lait maternel est très faible, voire nulle. Hum... Pour produire son lait, la femme a bien dû se nourrir davantage pour aller chercher l'équivalent de 700 calories supplémentaires par jour. L'humain est au sommet de la chaîne alimentaire et mange... du boeuf. Donc l'empreinte écologique du lait maternel est logiquement plus grand que celui du lait maternisé.
    La prémisse de la chercheuse était que le lait maternel est produit à partir... de rien? lol