La confiance des Canadiens envers la science s’érode, selon un sondage

Photo: Joe Raedle Getty Images/AFP À une époque où les changements climatiques et la perte d’espèces sauvages placent la science au sommet de l’ordre du jour public, le sondage indique que 32 % des personnes interrogées sont sceptiques à ce sujet.

Un sondage suggère que la confiance que les Canadiens ont envers la science est peut-être en train de s’éroder.

L’enquête, réalisée par le cabinet de sondage Ipsos pour le compte de la multinationale 3M, révèle que près de la moitié des personnes interrogées considèrent que les scientifiques sont élitistes et qu’un nombre important de personnes interrogées ignorent les découvertes scientifiques qui ne concordent pas avec leurs convictions personnelles.

« Bien que les sceptiques de la science représentent une minorité de Canadiens, leur nombre augmente », a déclaré Richard Chartrand de 3M Canada. « Cette tendance est préoccupante, car elle montre que la méfiance est en hausse. »

Ces données canadiennes sont tirées d’un sondage mondial mené entre juillet et septembre 2018 auprès de plus de 14 000 personnes. C’est la deuxième année que 3M effectue ce sondage.

Il y a certainement des idées fausses [qui circulent à propos du fonctionnement de la science]. Mais vous ne pouvez pas en vouloir aux gens. Il existe une jungle de désinformation.

À une époque où les changements climatiques et la perte d’espèces sauvages placent la science au sommet de l’ordre du jour public, le sondage indique que 32 % des personnes interrogées sont sceptiques à ce sujet. Le nombre de sceptiques s’élevait à 25 % l’année précédente.

« C’est passé d’une personne sur quatre à une personne sur trois », a noté M. Chartrand. « Il est difficile pour nous de comprendre pourquoi. »

Les résultats de l’étude étaient contradictoires. Bien que le doute soit en croissance, neuf répondants sur 10 ont déclaré avoir toujours confiance dans les résultats de recherches.

Près de la moitié — 44 % — ont déclaré qu’ils considéraient les scientifiques comme des « élitistes ». Environ un tiers ont estimé que les scientifiques étaient influencés par l’ordre du jour du gouvernement. Un autre tiers pense que la science est influencée par les intérêts des entreprises.

Et 30 % ont indiqué qu’ils ne croyaient qu’aux sciences qui cadraient avec leurs convictions personnelles.

Incompréhension profonde

D’autres sondages ont fait écho à celui de 3M-Ipsos.

Un sondage Léger réalisé en 2017 pour le Centre des sciences de l’Ontario a révélé que 29 % des personnes interrogées pensent que puisque les théories scientifiques peuvent être remises en question, on ne peut leur faire confiance. Une autre question a permis de constater que 43 % des répondants estiment que la science est une question d’opinion.

« C’est déprimant, mais pas trop surprenant », a déclaré John Smol, écologiste à l’Université Queen’s, qui a écrit sur le sujet. « Il y a un réel décalage entre ce que font les scientifiques et la perception du public. »

M. Smol craint que les Canadiens ne comprennent pas comment fonctionne la science — ce sont les données qui comptent et non les croyances.

« Il y a certainement des idées fausses », a-t-il déclaré. « Vous ne pouvez pas leur en vouloir. Il existe une jungle de désinformation. »

Pour une science plus compréhensible

Ce n’est pas la faute du public, affirme aussi Stephen Johnstone, qui dirige le département des sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’Université de l’Alberta.

« Nous devons faire un effort pour communiquer dans des termes compréhensibles », a-t-il déclaré.

« En science, il y a déjà eu une éthique selon laquelle moins il y avait de gens qui comprenaient réellement ce que vous faisiez, meilleur était votre travail. Cela change. »

M. Smol abonde dans le même sens.

« Nous avons la responsabilité réelle de rendre la [science] accessible. Nous effectuons encore un travail relativement médiocre en ce qui concerne la traduction des données — généralement payée par les contribuables — et leur transmission au public. »

Le sondage montre qu’il existe une curiosité envers la science. Presque tous les répondants pensent que les résultats scientifiques devraient être partagés dans un langage facile à comprendre et 88 % souhaitent en savoir plus sur la science.

« Je regarde ces résultats et pense qu’ils sont assez positifs », a déclaré M. Johnstone. « Les gens comprennent que la science est nécessaire. Il existe un appétit insatiable pour la science. »

Le pont entre le public et le laboratoire doit être comblé, a ajouté M. Chartrand.

« Il y a un message clair dans ce sondage. »