Une vive concurrence dans la chasse aux exoplanètes

Alors que l’équipe britannique fait également état de la présence de vapeur d’eau dans l’atmosphère de K2-18 b, celle de Montréal va encore plus loin en révélant la présence de fins nuages dans les couches médianes de l’atmosphère.
Photo: M. Kornmesser / ESA / Hubble via AP Alors que l’équipe britannique fait également état de la présence de vapeur d’eau dans l’atmosphère de K2-18 b, celle de Montréal va encore plus loin en révélant la présence de fins nuages dans les couches médianes de l’atmosphère.

La compétition dans la course à la découverte d’exoplanètes qui hébergeraient la vie est féroce. Un astronome de l’Université de Montréal en a fait les frais au moment où une équipe de l’University College de Londres annonçait mercredi dans la revue Nature Astronomy la détection de vapeur d’eau dans l’atmosphère d’une exoplanète qui orbite dans la zone habitable de son étoile, et ce, en utilisant les données obtenues par l’équipe montréalaise, laquelle s’apprêtait à publier la même découverte et même plus dans l’Astronomical Journal !

Pour l’astronome Robert Lamontagne de l’Université de Montréal, cette façon de faire est « disgracieuse » de la part de l’équipe britannique, mais elle montre à quel point « la compétition est féroce dans la chasse aux exoplanètes qui ressemblent à la Terre ». La découverte effectuée par l’astronome Björn Benneke et son équipe de l’Université de Montréal est prometteuse, car K2-18 b est la seule planète connue à ce jour à l’extérieur du système solaire dont la température autorise la présence d’eau liquide et qui possède une atmosphère contenant de la vapeur d’eau, deux conditions nécessaires à la prolifération de la vie.

L’existence de cette exoplanète a été confirmée en 2017 par Björn Benneke et son équipe grâce au télescope spatial Spitzer. À l’époque, leurs observations leur avaient permis de déterminer la distance à laquelle K2-18 b se trouve par rapport à son étoile, ainsi que la brillance et la température de cette dernière. Comme l’étoile est une naine rouge « beaucoup plus petite que notre soleil, elle rayonne donc beaucoup moins de lumière et de chaleur. Mais comme K2-18 b se situe beaucoup plus proche de son étoile — elle fait une orbite autour de son étoile en 33 jours — que la Terre par rapport au Soleil, K2-18 b reçoit autant de chaleur de son étoile que la Terre du soleil », explique Björn Benneke.

L’équipe de Londres a simplement utilisé les données que nous avions produites [une fois qu’elles sont tombées dans le domaine public] et a écrit un article dans "Nature Astronomy" sans nous avoir joints pour collaborer et en ayant comme principale motivation d’aller plus vite que nous

En collaboration avec des collègues de Toronto, les chercheurs de Montréal ont ensuite mesuré la masse de cette exoplanète qui est 8,6 fois plus grande que celle de la Terre, et dont le rayon est 2,5 fois celui de notre planète.

« Très tôt, nous avons identifié cette planète comme une cible très intéressante dont on devrait caractériser l’atmosphère en priorité car elle se situe dans la zone habitable de son étoile. En 2018, nous avons obtenu l’accès au télescope spatial Hubble [qui est extrêmement convoité]. Nous avons effectué nos observations en collaboration avec la NASA, puis téléchargé les données de ces observations et procédé à leur analyse. Nous avons finalement soumis un article relatant nos principales découvertes, dont notamment celle de vapeur d’eau dans l’atmosphère de la planète. L’équipe de Londres a, quant à elle, simplement utilisé les données que nous avions produites [une fois qu’elles sont tombées dans le domaine public] et a écrit un article dans Nature Astronomy sans nous avoir joints pour collaborer et en ayant comme principale motivation d’aller plus vite que nous », raconte Björn Benneke. Ce dernier, en apprenant la publication imminente des chercheurs britanniques, a demandé que la publication de son article qui avait été soumis à l’Astronomical Journal soit devancée à mardi soir.

Alors que l’équipe britannique fait également état de la présence de vapeur d’eau dans l’atmosphère de K2-18 b, celle de Montréal va encore plus loin en révélant la présence de fins nuages dans les couches médianes de l’atmosphère dans lesquels « l’eau peut se condenser ». « Nous détenons des données probantes indiquant que de l’eau liquide sous forme de gouttelettes forme des nuages semblables à ceux que nous connaissons sur Terre. On peut donc imaginer que certaines régions de la planète reçoivent de la pluie. Toutes ces caractéristiques font de K2-18 b une planète très similaire à la Terre », fait remarquer M. Benneke.

« Toutefois, K2-18 b est très différente de la Terre, car elle ne possède pas de surface rocheuse comme elle. Cette planète est en majorité constituée de gaz, principalement de l’hydrogène. Mais à mesure que l’on s’enfonce dans l’atmosphère, cette dernière devient de plus en plus dense jusqu’à ce qu’on atteigne un fluide épais et dense. Il s’agit donc d’une planète hybride entre une planète rocheuse et une géante gazeuse, que l’on pourrait appeler une mini-Neptune, explique-t-il. Pour posséder une surface rocheuse, il aurait fallu que K2-18 b ait une masse 20 fois plus grande que celle de la Terre compte tenu de sa plus grande taille. »

« On ne trouve sûrement pas de formes de vie, comme des reptiles ou des humains sur cette planète. Mais étant donné que, dans le milieu de l’atmosphère, on retrouve des conditions semblables à celles sur Terre, il est possible que des bactéries terrestres puissent survivre à cet endroit », affirme l’astronome, qui est impatient de faire des observations avec le futur télescope spatial James Webb. Son équipe y aura accès en priorité car l’Université de Montréal fournit l’un des principaux instruments qu’il comportera.