Les Québécois consomment toujours beaucoup trop d’aliments à faible valeur nutritive

Les jeunes âgés de 18 à 34 ans consomment plus de calories issues d’aliments riches en gras saturés, en sucre ou en sel, selon l'étude.
Photo: Alex Potemkin Getty Images Les jeunes âgés de 18 à 34 ans consomment plus de calories issues d’aliments riches en gras saturés, en sucre ou en sel, selon l'étude.

L’alimentation des Québécois ne s’est pas vraiment améliorée au cours des 10 dernières années. Encore aujourd’hui, près du tiers des calories qu’ils absorbent quotidiennement sont issues d’aliments à faible valeur nutritive, c’est-à-dire riche en gras saturés, en sucre, en sel. C’est du moins ce que révèle une enquête menée en ligne en 2015 auprès de 1147 adultes provenant de cinq régions du Québec, et dont les résultats sont publiés dans le Nutrition Journal.

29 %

Les Québécois de langue française consomment quotidiennement en moyenne 723 kilocalories provenant d’aliments à faible valeur nutritive, ce qui correspond à 29 % de leur apport calorique total quotidien. Cette proportion pourrait même être plus élevée, préviennent les auteurs de l’étude car « les personnes détenant un diplôme universitaire sont surreprésentées » parmi les 1147 participants de l’enquête et on sait que l’éducation est associée une qualité alimentaire généralement plus élevée ».

Le fait que des études populationnelles effectuées en 2004 étaient arrivées à des résultats comparables indique qu’« il ne semble pas y avoir de tendance vers une amélioration, ni vers une détérioration », affirme l’auteur principal de l’étude, Benoît Lamarche, chercheur en nutrition à l’Université Laval.

18 %

Prisées des Québécois, les pâtisseries comptent pour 18 % des aliments à faible valeur nutritive qu’ils ingurgitent, l’alcool pour 15 %, les sucreries pour 13 %, les croustilles et le maïs soufflé pour 6 % et les boissons sucrées pour 6 %. Les auteurs de l’étude définissent les aliments à faible valeur nutritive comme des denrées dont la teneur en gras saturés, en sucre ou en sel « dépasse les valeurs limites et qui ne sont pas recommandées par le Guide alimentaire canadien. »

41 %

Les chercheurs ont également remarqué que 41 % de ces aliments à faible valeur nutritive sont incorporés au repas du soir, et 23 % sont mangés sous forme de collations.

31 %

Les hommes semblent préférer ces aliments plus que les femmes car ces derniers constituent 31 % de leur apport calorique quotidien contre 28 % chez les femmes.

7,8 %

Les chercheurs ont pu établir une corrélation entre la proportion d’aliments à faible valeur nutritive consommée et les facteurs de risque de maladies cardiométaboliques. Ils ont calculé que chaque portion de 250 kilocalories provenant d’aliments à faible valeur nutritive augmente de 7,8 % les triglycérides sanguins, de 0,12 millimole / litre le cholestérol, de 0,6 cm le tour de taille et de 1,7 kg/m2 l’indice de masse corporelle, qui sont autant de « facteurs qui accroissent le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète et de cancer », souligne M. Lamarche.

31,2 %

Les jeunes âgés de 18 à 34 ans consomment 3,4 % plus de calories issues d’aliments riches en gras saturés, en sucre ou en sel, que les adultes de 50 à 65 ans, et 2,9 % de plus que les 35-49 ans, ce qui représente 31,2 % de leur apport calorique quotidien. Ces chiffres ne surprennent pas M. Lamarche : « on sait qu’en général, au niveau populationnel, les personnes plus âgées ont tendance à avoir une alimentation globalement de meilleure qualité que les plus jeunes. Ces personnes ont encore une littératie alimentaire que les jeunes n’ont plus. Les jeunes ont un peu perdu l’aptitude à cuisiner, ils consomment plus de plats déjà préparés », dit-il.

Pendant plusieurs années, on a beaucoup misé sur l’éducation et sur l’information, ce qui n’a visiblement pas porté fruit. « Il faut plutôt rendre le choix [des aliments sains] plus accessible et plus facile, comme, par exemple, en remplaçant les boissons gazeuses par de l’eau dans les écoles. Il faut rendre les aliments sains accessibles physiquement et économiquement à tous. Manger bien coûte souvent plus cher que la malbouffe. Les gens doivent réapprendre à cuisiner, à prendre le temps de cuisiner et développer le goût de le faire », fait-il remarquer.

Selon M. Lamarche, « un étiquetage sur les emballages qui permettrait d’identifier clairement les aliments qui sont riches en gras saturés, en sucres et en sel guiderait les consommateurs vers un choix plus sain, et aussi forcerait l’industrie à modifier ses produits ». « Une autre option serait de taxer les aliments à faible valeur nutritive afin de décourager les consommateurs, et cet argent pourrait ensuite servir à améliorer l’accès des populations vulnérables à des aliments plus sains. »